Par-delà les lueurs

A partir de 18


Le nouveau recueil du poète tunisien, accompagné par la peintre A. Le Thoër

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Description

Voici le chemin creux

Ombragé comme toujours

Devant nous la parcelle de blé

Prête pour la moisson

Elle jouxte le vert des foins

La mer tout près

Laisse entrevoir l’île au loin

Et nous debout

Dans l’incertitude de l’âge

Tout tremblants

Qui dira aux arbres dans le vallon

Pourquoi tant de clôtures

LA CRITIQUE

 

TUNIS,24 oct. (TAP)

Installé en France, le poète tunisien Tahar Bekri vient de publier son nouveau recueil « Par-delà des lueurs » paru aux Editions Al Manar, Paris.

Dans ce nouveau recueil présenté au 38ème Marché de la poésie (20-24 Octobre 2021), le poète réunit des cycles poétiques entre obscurités et lueurs d’espoir, relatant la difficile condition humaine, entre mer et terre, parcourant la planète et toujours habité par la Tunisie. Méditations philosophiques, chants du monde, devoirs de beauté, regards intimes, profondeurs des visions sur l’actualité, soutiennent cette œuvre qui donne à aimer et espérer.

Le recueil est accompagné par de belles peintures de l’artiste-peintre, Annick Le Thoër. Deux éditions du livre paraissent, courante et une autre, édition d’art, ouvrages de tête pour bibliophilie.

Né à Gabes; Tahar Bekri est un poète tunisien de langues française et arabe.

Maître de conférences honoraire à l’université Paris-Nanterre, Tahar Bekri vit à Paris (France) depuis 1976.

En octobre 2018, Tahar Bekri est récompensé du Prix international de littérature francophone Benjamin Fondane 2018.

En juin 2019, il reçoit le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises de l’Académie française 2019.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, sa poésie est traduite en plusieurs langues, notamment le russe, l’anglais, l’italien, l’espagnol, le turc, etc. Elle est également l’objet de travaux universitaires et de création artistique.

Son œuvre, marquée par l’exil et l’errance, évoque des traversées de temps et d’espaces continuellement réinventés. Parole intérieure, elle est enracinée dans la mémoire, en quête d’horizons nouveaux, à la croisée de la tradition et de la modernité. Elle se veut avant tout chant fraternel, terre sans frontières. Tahar Bekri est considéré aujourd’hui comme l’une des voix importantes du Maghreb.


Slaheddine Dchicha: Par-delà les lueurs, de Tahar Bekri

Slaheddine Dchicha: Par-delà les lueurs, de Tahar Bekri

Tahar Bekri, l’enfant de Gabès, est un poète prolifique. Par générosité. Il vient de nous gratifier d’un  nouveau recueil «Par-delà les lueurs»* enrichissant ainsi un œuvre déjà  imposant.

Outre huit poèmes inédits, ce magnifique recueil reprend et rend accessible à un plus large public un  long  poème «Les arbres m’apaisent» qui a fait l’objet, en 2017, d’un tirage très limité, en  livre d’artiste avec la peintre Annick Le Thoër. Ainsi, il est donné à un plus grand nombre de lecteurs  l’occasion et la chance d’admirer quatre superbes  acryliques de l’artiste bretonne avec qui  le  poète  tunisien a déjà travaillé en 2014 sur son recueil «La nostalgie des rosiers sauvages». 

 


L’un des 12 tirés à part sur BFK Rives

 

D’ailleurs notre  barde est  habitué à la collaboration avec des  peintres (Jean-Luc Herman, Wanda Mihuleac, Michel Mousseau, Jean-Michel Marchetti) mais le travail avec Annick Le Thoër semble  plus  impératif et nécessaire puisqu’ une grande partie du  nouveau fascicule, comme le précise  l’auteur, a été conçue au Pouldu, ce port breton qui a été élu par certains peintres au XIXe et XXe  siècles.  N’a-t-il pas vu se rassembler ceux qui se  sont appelés «Synthétistes» et qui  ont  été  regroupés plus tard  dans «l’École  de Pont-Aven»: Gauguin, Sérusier, Filiger, Meyer de Haan… ? et le  chemin évoqué à plusieurs reprises par le poète  n’est-il  pas une allusion au fameux «chemin des peintres» aménagé pour leur  rendre hommage  au Pouldu?

«Dans l’enclos de la chapelle
Où sont gravés dans la stèle
Les noms de Gauguin
Ceux de ses Compagnons»
 (p.62)

En tout cas, le résultat est heureux. Cette harmonieuse rencontre-collaboration entre poésie et peinture  donne naissance à cet objet somptueux qui comble tous les sens. Le plaisir sensuel doux-rugueux au  toucher de la couverture et des pages ; le  ravissement de l’œil contemplant les tableaux et bien sûr les émotions  et les sensations suscitées  et  exacerbées par le poème.

Tout  cela se trouve facilité par une petite particularité mais de la plus haute importance, l’absence  de tout signe de ponctuation. Le lecteur ne rencontrera ni point, ni virgule, ni point d’interrogation, ni celui d’exclamation, ce qui contribue à débrider le souffle poétique et à libérer l’interprétation  et  la prolifération  du sens.

En effet, les éléments de l’espace pictural et ceux de l’espace poétique s’appellent, se répondent  et  se  correspondent, et cette entente harmonieuse se trouve symbolisée par l’usage fréquent  du «nous». le poète et la peintre poursuivent la même quête: les couleurs, les formes et la composition  de l’une et les métaphores, les images et mots de l’autre tendent vers la beauté, l’harmonie voire l’amour.

Ainsi, «la terre, les arbres, l’océan, la mer, les végétaux, les oiseaux» sont convoqués pour contribuer au poème. Et cette  quête ne connaît aucune limite, elle se déploie partout  par le vaste  monde:  en bord de la Seine, à l’île de Gorée, à  Boston, Ramallah, Sarajevo, Greve  Strand, Madelin,   Nouakchott, la  Havane, Wadi al hijara, en Andalousie…

Cependant, les  deux lieux qui manquent à l’appel car non-nommés  sont d’une part, le lieu de naissance et de la nostalgie et d’autre part, le lieu de vie et de bonheur présents, mais qui sont présents par la magie du verbe. Les «dolmen, goémon, calvaire, goéland» évoquent nécessairement La Bretagne et Gabès est dessinée par les «Palmiers, palmeraies, Figuier, olivier, les calèches» 

Le poète nous met et se met en garde: ces escales  familières ou exotiques et ces longs voyages en  des pays lointains ne relèvent pas de l’errance;

«tu n’es pas Ulysse
Sur le chemin du retour
Ni Pénélope ne t’attend» 
(p27)

Mais de l’Universel. En effet, le poète en citoyen du  monde, il est de partout, il  appartient  à  la large famille des poètes , ses semblables: Darwich, Gibran, Lorca, Stétié, Machado, Apollinaire, mais  il est aussi solidaire de ses frères humais, les exclus, les  exilés et les migrants, victimes de la  violence  et  des  menaces  climatiques:

«Et des errants loin de toi
Sans refuges à vau-l’eau
Les guerres allumées
Dans l’outrage des champs»
 (p.69)

Mais cet universalisme et cet humanisme ne lui font pas oublier d’où il vient:

«Où que j’aille Terre
Comment oublier Tunis»
 (p.81)

Tunis et la Tunisie dont le bleu des tableaux  d’Annick Le Thoër  rappelle  le ciel,  les côtes interminables et les touches qui criblent la blancheur de Sidi Bou Saïd.

* Tahar Bekri, Par-delà les lueurs, Peintures d’Annick Le Thoër, Al Manar, 2021, 18€

Slaheddine Dchicha, Leaders, 4/11/2021


Par-delà les lueurs, le recueil de l’apaisement

par Salah El-Gharbi

Tahar Bekri, qui reste le plus prolifique, mais aussi l’un des plus importants des écrivains tunisiens francophones, est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essentiellement des recueils de poésie, souvent traduits en plusieurs langues, notamment l’anglais, l’italien et l’espagnol, et qui font l’objet de travaux universitaires. Cette œuvre riche a permis à notre poète d’être couronnée de plusieurs prix. Le dernier en date est celui du rayonnement de la langue et de la littérature françaises, accordé par l’Académie française, en 2019.

Par Salah El-Gharbi *

 

Avec son dernier recueil, «Par-delà les lueurs» (éd. Al Manar, avec des illustrations d’Annick Le Thoër, 2021), Tahar Bekri semble avoir choisi de rompre, sur le plan thématique et esthétique, avec les œuvres précédentes. En effet, si dans les dernières œuvres du poète la verve poétique apparaît au service de certaines causes, donnant naissance à des œuvres comme «Salam Gaza» (éd. Elyzad, 2010), un chant de la vie quotidienne en Palestine, ou «Poésie de Palestine» (éd. Al Manar, 2013), mais aussi, comme «Je te nomme Tunisie» (éd. Al Manar, 2011), et son accent enflammé chantant le printemps arabe, suivi, quelques années après par «Mûrier triste dans le printemps arabe» (éd. Al Manar, 2016), le recueil du désenchantement, avec le nouveau recueil, on est loin du ton exalté, enthousiaste ou amer. Désormais, le temps est à l’apaisement.

Certes, l’amertume du poète reste quelque peu vive et elle se ressent encore à travers le poème dédié à la mémoire du poète franco-libanais, Salah Stétié, un texte émouvant qui chante le rêve assassiné d’une génération d’intellectuels arabes de gauche :

Cet Orient-là

Nous l’avons voulu poignée de pétale de rose

Ou oranger en fleurs

«De l’autre côté du très pur»

Cèdre et palmier réunis… (Cet orient-là, P. 11).

Le bruissement de la nature

Néanmoins, dans «Par-delà les lueurs», le «poète-militant», médusé, ayant déposé les armes, semble plutôt attentif au bruissement de la nature qui l’entoure, sensible à sa magie. Le temps n’est pas à cette course fébrile derrière des chimères, il est plutôt à l’exaltation des petites merveilles du monde, mais aussi de l’univers. Ravi à l’agitation du quotidien, le poète nous invite à nous attarder un instant et à communier avec les éléments et à renouveler notre perception du vivant. Tantôt ébloui, tantôt mélancolique, tantôt dans l’émerveillement, tantôt dans la méditation, le poète multiplie les tableaux où les éléments occupent une place de prédilection. Chez lui, la nature n’est pas un leitmotive, un prétexte pour s’épancher ou un accessoire, mais, elle est plutôt au cœur même de la création poétique, rendue avec ses mystères, sa force et sa fragilité, surprise dans tous ses états, qu’elle soit douce, fougueuse ou nonchalante. «Rocher», «Rivière», «Terre», mais aussi, «Vénus», sont autant d’hymnes au monde dans toutes ses dimensions aussi bien géologiques, végétales, voire même cosmiques.

Cette nouvelle approche de la réalité «physique» s’accompagne d’une ambition esthétique qui consiste à donner un nouvel élan au souffle poétique. En effet, même si, dans ses tableaux, le poète continue à procéder par des touches successives, toujours dans la suggestion et dans la concision, donnant à la parole rythmée une véritable substance, alliant l’intime et le céleste et que sa verve poétique garde de sa constante fluidité, on a l’impression que Tahar Bekri cherche à donner au mouvement une certaine ampleur qui nous rappelle, parfois, la démarche poétique d’un Saint-Jean Perse dans «Anabase» ou dans «Vents». D’ailleurs, son poème intitulé «Le train exil 04» ne fait-il pas écho à «Exil», l’un des recueils du grand poète français?

Un air de nostalgie

Comme, chez Perse et à travers les méandres des vers, enivré par son élan, le poète ne résiste pas à célébrer la poésie, cette force tranquille qui réchauffe les sens et fertilise l’esprit:

«Elle jaillit du fond du tunnel

Dans le vacarme de ton cœur

Feu dans la rigueur de l’hiver

Herbe qui fissure le ciment…» «Le train Exil 04», P. 15).

Même si le nouveau recueil de Tahar Bekri apparaît sous le signe du renouvellement, cela n’empêche que le texte respire encore cet air de nostalgie qui reste comme une constante de l’œuvre du poète. En effet, chez ce dernier, peu importe l’atmosphère dans laquelle baigne l’action, il y aura, de temps à autre, la présence totémique de «l’olivier» et surtout, celle du «palmier», pour conjurer l’oubli et rappeler les racines du poète sans pour autant que la nostalgie ne se transforme en reniement du présent, puisque, chez lui, le «palmier» associé au «peuplier» incarne, désormais, l’esprit d’ouverture et de tolérance.

Tahar Bekri : Par-delà les lueurs, éd. Al Manar, 2021 (avec des peintures d’Annick Le Thoër)

Salah El-Gharbi, Kapitalis du 9/11/2021


Caractéristiques

Weight N/A
Dimensions N/A
exemplaire

L'un des 500 ex de l'édition originale, Tiré à part, sur Arches

format / papier

15 x 21, Tiré à part : 175 x 250 sur Arches

isbn

978-2-36426-283-6

nombre de pages

86

parution

Auteur

BEKRI Tahar

Artiste

LE THOER Annick

Collection

Bibliophilie

Poésie