L’obstination du perce-neige

A partir de 17


Tenir un journal pour faire front. Pour résister aux noirceurs, celles de l’époque et celles des épreuves intimes. Ecrire dans l’accueil de ce qui vient : la maladie, la vieillesse ou la joie « sans pourquoi ».
Saluer la beauté passagère, étreindre la vie si fragile soit-elle.
C’est ce que tente une fois encore Françoise Ascal dans ces nouveaux carnets
Effacer

Description

Tenir un journal pour faire front. Pour résister aux noirceurs, celles de l’époque et celles des épreuves intimes. Ecrire dans l’accueil de ce qui vient : la maladie, la vieillesse ou la joie « sans pourquoi ».
Saluer la beauté passagère, étreindre la vie si fragile soit-elle.
C’est ce que tente une fois encore Françoise Ascal dans ces nouveaux carnets 2012/2017. Irriguée par ses sources tutélaires — la nature, la musique, la peinture, les livres — elle poursuit ainsi une aventure commencée dans les années quatre-vingt, depuis Le Pré (Atelier La Feugraie, 1985) à Un bleu d’octobre (Apogée, 2016)…
Ici, le questionnement à l’œuvre dans les mots s’enrichit d’un dialogue avec les encres de l’artiste Jérôme Vinçon. Manière d’en accueillir les résonances.

L’obstination du perce-neige

Françoise Ascal appelle toujours son lecteur par des titres vivifiants et interrogeants tels des bribes de haïku : Le Bleu d’octobre, Rêve de verticalité, Table de veille … L’Obstination du perce-neige s’inscrit dans cette lignée, complétant la suite poétique. Ce carnet dévoile, par fragments, des années de vie et de réflexions de 2012 à 2017. Le lecteur est invité à entrer en intimité, pas de manière voyeuriste, plutôt pour partager, en humilité, les questions du quotidien. Comment se débrouiller pour se sentir en vie, pour louer ce qui nous est donné, malgré la maladie, malgré la violence du monde, comment cultiver l’obstination du perce-neige, « bulbe confié à la nuit » ? L’autrice ne donne aucune leçon, avoue ses doutes, ses manques, ses redites de livres en livres qui rythment sa quête. Elle décrit, comme nulle autre, ses instants d’abandon face à la praire de Melisey, moments brefs où elle sent qu’elle a « une place sans lutte, ni menace », que s’asseoir « à la petite table sous le sapin » suffit, « sans rien forcer. » L’expérience n’a rien de tiède ni de mou, malgré son apparence de « rêvasserie ». En contrepoint, il est des pages où la maladie dévore, réduit les possibles, réveille le spectre de la souffrance, son injustice, son incompréhension, même si l’empreinte de joie et de calme creuse de petites galeries souterraines. Quel courage d’avoir gardé le fil avec ses carnets malgré la méfiance grandissante vis à vis de l’écriture ! En ces traversées souffrantes du « journal du deuxième sous-sol », en ces temps de vieillissement, et même dans ces moments où seul le bonheur de vivre, d’être en adéquation avec les choses comble, continuer à écrire ne va pas de soi. Cette problématique n’est pas une mise en abyme formelle, ou une coquetterie d’auteur, non, elle est philosophique, métaphysique, taraude avec passion beaucoup de ceux qui déposent des bouts de vie dans des carnets : « cette conscience des mots qui trahissent l’amont des mots », « la difficulté d’atteindre l’observation sans lui donner forme par les mots. » Ce carnet pose la question essentielle de la vie avec ou sans l’écriture et en même temps, il est un hymne permanent et percutant à la musique, à la nature, aux livres des autres reçus comme autant de compagnons de route. A la fin de ma lecture, je me suis sentie apaisée : la quête que mène Françoise Ascal est celle que nous menons tous à notre façon, sauf qu’elle nous fait le don de ses paroles, approche pour nous la lampe du lieu vers lequel on court souvent en aveugle. La réponse à la justification de l’écriture ne peut émerger timidement qu’après coup : le carnet posé sur la table permet la vie sous les sapins et ces pages seront des cairns sur le chemin d’un lecteur, pages qu’il n’aura de cesse de glisser dans ses poches comme les cailloux du Petit Poucet mais peut-être cette fois pour mieux se perdre en forêt et s’oublier, ou sur la piste d’une pierre turquoise étrangement disparue.

Françoise Ascal parvient, dans ce journal où la maladie est omniprésente, à proposer un livre d’une grande force, de cette force qui déborde de soi pour aller rayonner chez le lecteur. Même aux jours de désespoir, les pages dégagent quelque chose de solaire, qu’on peine à quitter, vers lequel on voudrait revenir à peine le livre quitté. Une phrase, à l’entrée du 15 novembre 2016, pourrait résumer ce volume – comme, rétrospectivement, ceux qui lui sont antérieurs : « Je suis en vie ».

Les encres de Jerôme Vinçon accompagnent chaque transition d’une année à l’autre, de leur noir profond et lumineux, comme une pause accordée, une autre forme possible de méditation.

« Pour mes dernières années, je choisis la gratitude et la lumière ».

Marcelline Roux et Frédérique Germanaud in L’atelier du passage, juillet 2020


Françoise Ascal, L’Obstination du perce-neige et Variations-prairie

par Angèle Paoli
Françoise Ascal, L’Obstination du perce-neige (Carnets 2012-2017),
éditions Al Manar, Collection Approches & Rencontres, 2020.
Encres de Jérôme Vinçon.
Françoise Ascal, Variations-prairie,
suivi de Mille étangs, Lettre à Adèle, Colomban,
éditions Tipaza, 2020.
Peintures de Pascal Geyre.

Lectures d’Angèle Paoli 

« JE DÉROULE LE RITUEL, CANTATE DE BACH, CIGARE »

Je lis Françoise Ascal. Je lis en alternance Variations-prairies et L’Obstination du perce-neige. Les deux ouvrages me sont parvenus quasi simultanément. Comment ne pas naviguer-divaguer devant pareille coïncidence. Comment ne pas me laisser porter par elle ?

Dans les Carnets qu’elle tient de 2012 à 2017, carnets intitulés L’Obstination du perce-neige, Françoise Ascal évoque, par touches disséminées entre les pages, les textes de différents chantiers d’écriture en cours. Dont celui de Variations-prairies. Lecture en regard, d’un livre l’autre. Des encres de Jérôme Vinçon aux peintures de Paul Geyre. Variations de verts et de bruns pour le premier recueil. Paysages d’encres noires pour le second. Ponctuations. Respirations. Les Carnets comme laboratoire d’une écriture en cours d’élaboration. Les Carnets comme quête constante de concision/tension/économie, dont l’idéal serait le « poème-journal » ; à la façon d’Antoine Émaz dans les poèmes de Limite ; ou à la manière de Yannis Ritsos dans son Journal de déportation. Résister à « l’ensorcellement du langage ». À la manière de Wittgenstein. Un pari difficile. Ou bien se tourner vers la pratique du haïku dont le poète américain Richard Brautigan louait la faculté de « concentrer l’émotion, le détail et l’image pour aboutir à une espèce d’acier trempé dans la rosée » (19 janvier 2017).

L’Obstination du perce-neige est questionnement incessant sur la vie et sur les choix que celle-ci met au jour. Sur l’irruption de la maladie qui infléchit le cours des choses. En même temps qu’elle transforme le regard posé sur tout ce qui leur donnait un sens ; qui impose de faire le point sur l’essentiel – le vital – et le superflu ; qui interroge l’écriture au jour le jour dans son rapport avec le monde et dans sa relation à l’autre ; qui expose au grand jour les doutes et les découragements que la maladie engendre inévitablement ; et révèle les multiples façons qu’a la poète de rebondir. Grâce aux forces vives que sont la musique (Bach, Schubert qu’interprète Radu Lupu, Beethoven, Mendelssohn…) et la peinture (Gérard Titus-Carmel, Alexandre Hollan…) ; la poésie et la calligraphie ; grâce à l’ouverture qui est celle de la poète à d’autres modes de pensée et manières de se penser ; grâce à sa culture, qui est vaste, et grâce à son inépuisable champ de lectures qui ouvre sur de multiples horizons ; grâce à son regard tendre et bienveillant sur la nature qui l’entoure et sur les beautés qu’elle recèle. Si modiques soient-elles ; et qui l’emportent sur toutes les contingences, les pesanteurs et les peurs, innombrables, qui ne sauraient avoir raison de sa vie. Pareille au perce-neige, la poète rejoint « ces petites vies qui cultivent le ralentissement et la profondeur protectrice ». Avec quelle force vitale !

Inspiratrice, synonyme de paix, de sérénité retrouvée, la « prairie » aimée a pour nom Melisey. Elle est le Lieu par excellence, celui vers lequel revenir toujours et se ressourcer. Où s’emplir de lumière et du chant des oiseaux. Où accueillir le ronronnement familier du tracteur et le cri des corbeaux, pareillement aimés.

« La prairie est un vide éblouissant dans l’enclave des jours. Une porte qui s’ouvre sur le tokonoma intérieur », écrit Françoise Ascal dans Variations-prairies. 

La prairie et ses racines multiples, archaïques. La poète lui redonne vie en assemblant dans un même damier de verdure – Variations-prairie – des textes aussi divers par leur forme et par leur propos que Mille Étangs, Lettre à Adèle et Colomban. C’est que Françoise Ascal s’y entend pour établir des passerelles. Entre les hommes, les espaces et les temps. Continuité et métamorphoses.

Dans la prose poétique de Mille Étangs, la poète se laisse aimanter par le mot « source » qui draine avec lui toute une toponymie où l’eau perce « sous toutes ses formes, avec ces gouttes et goulottes, ces noies et ces fonts, ces gouilles et ce Ruisseau de la Mer qui prend source sur le plateau, rappelant un passé lagunaire, encore visible dans les couches de grès coquilliers. »

En écho au « monde flottant » de Mille Étangs, ces notes du 2 mai 2015 :

« Melisey avec V. Tout le voyage sous la pluie battante […] Dès notre installation faite, nous partons avec bottes et parapluies à l’étang de la Pierre plate. Vision japonisante des rochers luisants, moussus, des jeunes pousses d’épicéa, des boutons de saule. Ça ruissèle de partout. Rivières et étangs ont un haut niveau, parfois sont en crue […] Tout est simple. Harmonieux. Accordé… »

À la date du 27 juillet 2014, Françoise Ascal évoque le poème qu’elle écrit pour Adèle. L’aïeule ? De « l’avant-naître » (Lettre à Adèle) :

« Écrit à partir du noir des myrtilles. Le texte m’emporte dans une exploration de substance à la manière des rêveries bachelardiennes. Je laisse les associations venir librement, comme dans le poème pour Adèle avec l’apparition “des baies de datura” dont je viens de découvrir qu’elles étaient utilisées dans l’antiquité par les sorcières. »

« Adèle, ma source et mon fardeau. Ma pesante poignée d’humilité. Liens de paille et de chanvre, nœuds de raphia, baies de datura au creux de la paume.

Adèle ma douce empoisonneuse

ma semblable

ma sœur. »

confie la poète dans le poème au datura (Lettre à Adèle). Je relis la Lettre à Adèle. L’énigmatique Adèle, la silencieuse de l’enfance. La presque invisible. Pourquoi écrire sur cette aïeule un long poème épistolaire ? Sur le tard ? Qu’attendre du mystère de la paysanne en tablier ? Sans doute une délivrance. Que la poète exprime dans cette adresse inattendue mais claire et décidée :

« Chères ancêtres, je vous ai assez retenues sous ma peau. Je peux me permettre d’évacuer vos traces. Faire dans la maison ce que mes reins ne parviennent plus à faire dans mon corps. »

Ainsi s’adresse la poète à celles qui l’ont précédée. Le 6 août 2014.

Adresse, mais sans doute aussi révélation d’un amour tardif pour celle qui habite aujourd’hui dans les murs d’Adèle et contemple la même prairie que l’aïeule. Quelque chose comme une reconnaissance qui va peut-être mettre la poète sur la voie d’une réconciliation avec sa propre mère. Mère complexe dont la poète a peur et dont elle retrouve en elle la trace, la marque, la présence intimes.

Ainsi de cette litanie des peurs du 10 novembre 2017 :

« Peur de ce que j’ignore de mon enfance. Peur d’avoir mal connu ma mère. Peur de ma mère. Peur de ne pas l’avoir aimée. Peur de revenir à la solitude de mes cinq ans. »

Et, quelques jours plus tard, cet aveu du 7 décembre lié aux derniers souvenirs et à l’avant-dernière page de L’Obstination du perce-neige :

« Près du feu, dans le fauteuil d’osier, je revois ma mère âgée au moment des Noël, lorsqu’elle venait passer quelques jours ici. Je sens ses gestes dans les miens. Je retrouve dans mes paumes la manière particulière dont elle joignait les mains. Je suis celle qu’un doigt de whisky et un peu de musique raniment pour un instant. Je suis à sa place. C’est mon tour. Je vois son vieux châle mauve, hérité de sa propre mère, jeté frileusement sur ses épaules.
Il faudrait accepter comme elle-même l’a fait.
Sans gémissements.
Sans peser sur personne. »

De l’une à l’autre femme, un même aveu d’amour. Une même leçon de vie. Qui prend en compte la mort.

« Je ne sais pas qui tu es. Mais j’existe, à tes côtés.

Là plus qu’ailleurs. » (Lettre à Adèle)

Quant à Colomban, moine irlandais du VIe siècle à qui la poète consacre réflexions et pensées, Françoise Ascal en doit la découverte à sa dilection pour la région de Melisey :

« Si j’ai découvert Colomban, c’est en raison de mon attachement au pays des mille étangs et non l’inverse. Cependant je ne soupçonnais pas que j’allais croiser chez lui une passion de l’écriture qui allait faire écho à la mienne. Des années durant, j’ai travaillé le geste calligraphique auprès d’un maître irakien, dépositaire de la tradition de l’époque de Bagdad… ».

Et, à la date du 10 août 2017, la poète note dans ses Carnets :

« Balade à Saint-Colomban. C’est un lieu qui évoque les petites chapelles bretonnes visitées durant plusieurs étés au moment de “L’art dans les chapelles”. Rencontre alchimique entre la roche, les arbres, la pierre, le ciel. Une densité qui diffuse son énergie. »

Le terreau commun à ces textes, leur lien intime et presque charnel, c’est le pays de Melisey, ses déclinaisons de verts, ses jeux d’ombres et de lumières, et les reflets toujours changeants de Mille Étangs. Un univers de fougères et de mémoire, propice à la méditation mais tout autant aux vagabondages de la pensée. Au voyage intérieur. Bashô n’est jamais bien loin, ni les leçons d’un Tchouang-Tseu.

Melisey. Un nom tout en miel et en douceur. Le 14 septembre 2015, Françoise Ascal note :

« Commencé un premier texte sur le thème “Variations-prairies”. »

La prairie de 2015 – qui a remplacé le « pré » de l’enfance à Villemomble – appartient à la « mythologie » personnelle de la poète, celle qu’elle s’est construite au fil du temps et qui fait partie intégrante de sa personne. Elle est le lieu fondateur, ce lieu qui la met provisoirement en correspondance avec les mots de Pascal Quignard :

« Nous dépendons de nos lieux plus encore que de nos proches » (Dernier royaume, IV)

et qui lui fait écrire, le 27 août de la même année :

« Ici, la prairie est un tapis de prière aux contours limités qui crée à la fois un espace d’intériorité et une vastitude dont on se sent faire partie. Ma discipline de chaque jour est de contempler la prairie de telle sorte que j’y apprenne sa vérité ; et qu’ainsi elle m’apprenne la mienne. »

La prairie de Melisey, « un espace mandala » nécessaire à la re-centration de soi, laquelle passe par l’observation attentive du minuscule qui surgit à ras de terre, par la rêverie fluide sans contrainte et par la méditation. Et toujours, lorsque le regard s’élève, ce jeu de la lumière à travers les grands arbres. Et les ciels dans leur mouvance. Corot, le peintre tant aimé, n’est jamais éloigné dans la pensée de la poète, qui écrit :

« Étrange, cette obsession de la peinture en surimpression du paysage réel. » (10 août).

Un mois plus tard, alors que la maladie taraude, qu’elle ramène l’angoisse au premier plan, la poète note : « Développer le côté “prairie” et sa lumière. » Camille Corot, le maître, le guide plutôt, et sa présence apaisante, sa modestie qui lui fait dire, regardant le ciel par la fenêtre ouverte, peu avant sa mort : « il me semble que je n’ai jamais su faire un ciel. » Corot qui peignait dans la lenteur et le silence, en pleine nature. Corot à qui Françoise Ascal a consacré tout un livre : La Barque de l’aubeMais « la figure bachelardienne » de Corot n’est pas seule à inspirer la réflexion de Françoise Ascal. Avec Corot, il y a Constable, ses ciels et ses nuages. Constable et sa campagne anglaise, son souci de « voir le paysage comme il est, sans lui superposer une narration… ». Constable qui s’inscrit tout entier dans la lignée de Claude Lorrain. Mais Corot, son « fil de lumière », toujours revient sous la plume de la poète. Sa quête personnelle la ramène sans cesse à lui. Ainsi, le 19 mars 2017, écrit-elle :

« Mon texte sur Corot vient au jour avec fluidité. Corot est un humble, un modeste. Il ne fait pas peur façon Grünewald. C’est un proche. »

Avec Mathias Grünewald et la majesté imposante du retable d’Issenheim, Françoise Ascal parviendra-t-elle au bout du chantier auquel elle s’est attachée ? Ce travail l’obsède, qui la met à mal et qui nourrit ses doutes :

« Relu le poème de Margherita Guidacci sur Grünewald. Il me faut porter sur l’œuvre un regard aussi pénétrant que le sien… » (20 février 2016).

Ou encore :

« Je travaille le Grünewald. Hâte de tourner la page de la douleur. Développer le côté « prairie » et sa lumière. Creuser la lumière » (28 septembre 2016).

Et le 7 octobre de la même année :

« J’ai retravaillé mon Grünewald. Je rêve déjà à autre chose. Fermer les yeux et laisser la main courir. Vers ce que j’ignore, vers l’inconnu de soi, car même à mon âge il y a de larges plages d’inconnu. »

Françoise Ascal exploratrice. Exploratrice de mondes lointains, dans le temps et dans l’espace. Mais en elle-même aussi. Et là est sa plus haute interrogation, son arrière-pensée d’angoisse la plus prégnante :

« Après des mois de vie affadie par les problèmes de santé, puis-je renouer avec l’intensité d’une vie intérieure colorée, vibrante ? (25 octobre 2016).

Lucide et inquiète, la poète appartient « à un monde en voie de disparition », un monde qu’elle ne reconnaît plus. Dont l’étrangeté et la cruauté la font souffrir. Pourtant, il n’est qu’à lire les pages des Carnets pour croiser un nombre infini de noms familiers. Écrivains, poètes, éditeurs, artistes forment et animent à ses côtés ce petit « monde clos de la poésie ». Françoise Ascal le fréquente de longue date. Ce dont témoigne l’œuvre imposante qui est la sienne.

Il n’empêche. Les interrogations multiples qui traversent la poète, les doutes qui la fragilisent, nous la rendent tout à la fois très proche, très humaine, et très tendrement présente. Ma proximité avec la poète s’est affinée à la lecture de ces deux ouvrages et je peux aujourd’hui avouer que cette proximité est grande. Ainsi, comment ne pas partager cette réflexion du 13 février 2017 dont je perçois bien les mille nuances ?

« Je crains que mes prairies métaphysiques soient loin de ce qu’attend un lecteur d’aujourd’hui. Je suis dans une lenteur méditative contraire à l’air du temps.

Je ne peux pas parler de ce que je ne connais pas. La ville. Les réfugiés. L’exil. La guerre. Cela a-t-il encore un sens d’évoquer la lumière sur une lisière d’arbres ? Est-ce un luxe insolent ? Une provocation dans le désastre ambiant ? Une ultime résistance ? »

Et comment ne pas avoir un sourire complice à la lecture de cette note écrite loin de Melisey ?

8 septembre (2017)

« Retour à St. B. Aujourd’hui premier feu. Je déroule le rituel, cantate de Bach, cigare. C’est peut-être le seul moment qui pourrait ressembler à ce qui se passe de singulier face à la prairie. »

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli

Caractéristiques

Dimensions N/A
exemplaire

L'un des 500 ex de l'édition originale, Tiré à part

format / papier

13 x 19, Bouffant édition, sur Arches, Tirage de luxe

isbn

978-2-36426-260-7

nombre de pages

140

parution

,

Auteur

ASCAL Françoise

Artiste

VINÇON Jérôme