Description
(…)
Et à perte de vue des constructions ravagées, un paysage de dévastation, une ville en ruines : Gaza.
Gaza ciblée, Gaza criblée.
Une jeune femme a saisi ces images dans les rues de sa ville. Elle s’appelait Fatma Hassona. Elle photographiait pour documenter les destructions et massacres perpétrés par l’armée israélienne dans son entreprise d’écrasement systématique, et pour témoigner d’une vie qui continue comme elle peut sous les bombes, dans le chaos et le fracas quotidiens, en dépit des souffrances, de la peur et du malheur.
LA CRITIQUE
(…) Fatma Hassona, sous les bombes, a bravé le danger en conscience. En témoin solidaire, Jean-Pierre Chambon, avec justesse et émotion, lui rend hommage dans un livret intitulé Ne pas fermer les yeux. Poète du présent, il amplifie le cri, ajoutant au poids des images le poids des mots. Chroniqueur exigeant, d’une même voix sensible et précise, il informe factuellement du désastre, des spoliations forcenées. Il note les efforts d’un collectif israélo-palestinien pour documenter les expropriations brutales et la colonisation redoublée en Cisjordanie.(…)
Michel Ménassé, extrait d’un article à paraître dans Europe
(…) un ouvrage, court et incisif, rend compte de cette même tragédie, sous le titre impératif : Ne pas fermer les yeux, de Jean-Pierre Chambon, aux éditions Al Manar. Point de préambule, ici : le drame nous saisit dès les premières lignes.
Des bâtiments éventrés, des carcasses d’immeubles aux murs béants qui divulguent au gré des étages les vestiges d’intérieurs, qui exposent à tous les regards des pans d’intimité, comme les décors d’un théâtre du quotidien où n’entrera plus désormais aucun acteur, plus aucun figurant, plus aucun vivant.
Gaza, bien sûr. La focale va bientôt se resserrer sur l’assassinat par l’armée israélienne de la photographe palestinienne : Fatma Hassona, dont le travail fut notablement révélé par la réalisatrice iranienne Sepideh Farsi dans son film : Put your soul on your hand ans walk, sélectionné comme on sait pour le festival de Cannes 2025. Dans la nuit suivant cette annonce, deux missiles viendront ravager l’appartement où vit avec sa famille la photographe. 7 personnes meurent avec elle. Quels mots, quels poèmes, diront le désastre ? :
… Les enfants ne jouent plus, ne sautent plus à cloche-pied sur les marelles de la nuit, ne marchent plus sur les ombres, les enfants ne jouent plus ; des deux côtés de la frontière il n’y a plus d’enfants, plus jamais ; les territoires sont labourés mais ne donneront plus rien, plus de moissons, plus de récoltes et tous et toutes, chaque une et chaque un ne mangeront plus que le pain de la poussière, ne boiront que les larmes et le sang…
Jean-Pierre Chambon cite ainsi, plus longuement que la phrase que je présente ci-dessus, un poème de Mickaël Glück, mêlé à ceux d’Olivia Elias, poétesse de la diaspora palestinienne. La poésie alors, en des temps de catastrophe, se justifie,
parce qu’elle fait résonner plus haut le cri de douleur et de protestation, parce qu’elle peut, sinon faire entendre, du moins ressentir, l’indicible. Pare qu’elle fait vibrer la langue autrement, et qu’elle défait, prive de sens par une autre vitalité, les mots des discours et de la propagande.
Claude Vercey, Décharge, Magnum avril 2026


