Description
De mémoire de labyrinthe
le cœur est une île
et le texte s’écrit
en migrations d’usage
derrière le vol des grues
voile blanche ou voile noire?
c’est le sort qui décide de nos voyages de nos traversées
de nos distances de nos rencontres
de nos rendez-vous ( du dernier)
tu crois encore – dit la troisième grue sur un ton de reproche
qu’un conte triste fait mieux l’hiver ?
Deux des dessins de Sylvie Turpin accompagnant le texte
LA CRITIQUE
L’heure d’hiver, par Jacques Morin (Décharge / Le Magnum)
ça dure toujours aimer
c’est du bois sec un peu mal rangé
mais prêt à réchauffer des cimetières entiers.
Le titre n’y va pas par quatre chemins. Il s’agit de dire cette saison qui n’est pas la plus réjouissante à vivre.
D’autant que, d’une part, on est soi-même entrée dans un âge que le mot vieillesse peut incarner, avec ces deux débuts de poème :
S’en aller sans quitter la vie
s’absenter un instant parmi les ombres
également :
Entrer dans l’hiver de ma propre perte
c’est dessiner une tête de morte…
et que, d’autre part, le compagnon est parti, deuil constant, avec ces deux autres débuts :
Dans ma solitude je sais que nous sommes deux
Et aussi :
Ton dernier baiser d’amour et de désir
était un baiser fatigué
Ainsi faut-il tenter de se redéfinir :
je suis une femme qui marche au milieu du vide
Ou bien
une jeune femme s’étire dans mon corps vieilli
il faut durer devient le leitmotiv qu’on doit reprendre jour après jour.
Pour ce faire, l’autrice peut compter sur deux alliés indispensables, d’un côté, les légendes, les contes – même tristes et les histoires qui restaurent et ravaudent la réalité, et aussi les oiseaux qui accompagnent les aubes et les ciels, grues, huppes ou mésanges.
il faut durer car demain ce sera une autre saison, la vie continue…
…la vie comme une pièce de théâtre
certains acteurs ont perdu leur texte
leur ombre active encore en fond de scène
je viendrai saluer les fauteuils vides.
Jacques Morin
18 €. www.editmanar.com


