Le nom de ce qui ne dort pas

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Juin 2020 : parution de ce cinquième recueil de Marie Huot chez Al Manar.

« Le fleuve, la mémoire et la nuit ceinturent tour à tour la mort indicible…

Et passent les corneilles. »

Description

Ce que je voudrais par dessus tout
une nuit
dormir
comme une loire

Le titre que Marie Huot donne à son livre, Le nom de ce qui ne dort pas, aux éditions Al Manar, ne fait pas mystère du sens de la recherche où elle va nous entrainer pas à pas, poème après poème : non seulement de ce qui ne dort pas, mais conséquemment de ce qui empêche la narratrice de dormir.

Dessins de Bessompierre
Page intérieur de titre.


Il y aura, dans la résolution du dilemme, des avancées, des surgissements d’indices qui laisseront espérer qu’on approche d’un éclaircissement, des souvenirs : par exemple,

Quelque chose dont j’ignore le nom
est enterré sous la neige
à un petit carrefour de Colmar

mais aussi des espoirs déçus, des rappels à la réalité : bien que le moteur de l’ouvrage soit un lent dévoilement, nous ne sommes pas dans un polar dont l’énigme sera en fin de compte résolue, mais dans une écriture poétique, cherchant à se saisir de choses imperceptibles, de silences inclassables, de résurgences.

J’ai voulu prendre la poésie entre mes doigts
l’ai attrapée délicatement 
mais comme la queue du lézard elle s’est coupée en deux
ne laissant dans ma main qu’un petit bout vivant et froid
une chose écailleuse dont je n’avais rien à faire 
et qui manquait cruellement à la bête

Dans le jeu de mémoire où nous entraine la narratrice, surgissent ici des lieux (ce mystérieux Tchevengourchemins de farine et de neige, seulement nommé un fois, à la différence du ressassement autour du carrefour de Colmar) et aussi et surtout le nom du père en même temps que la voix de l’enfant, voix de contrebande, chantonne des refrains, des bribes de comptine : de chifoumi au grelin grelo combien j’ai d’pierres dans mon sabot. Tout cela en vain ?

Jamais rien ne sera rendu et on ne se baigne jamais deux fois, mais ici s’ébauche mon voyage vers le bien-aimé défunt.

Mais au terme de ce voyage, qu’y avait-il d’autre à trouver qu’une suite jamais achevée de poèmes, dont il nous revient, lecteur et jouisseur, d’apprécier le charme mélancolique et la délicatesse ?

Ma voix brûlée demande :

Qu’as-tu enterré sous la neige derrière le tas de bois
à ce carrefour de Colmar

Comment crois-tu que les choses arrivent
petite oiseau ?

Retourne sur tes pas
c’est un travail de patience
une épuisette
avec quoi tu voudrais vider la rivière

Femme soucieuse
entre ciel et eau
comme elle est fragile la ligne de flottaison du chagrin

Claude Vercey, Décharge, 28 octobre 2020

Caractéristiques

exemplaire

L'un des 500 ex de l'édition originale

format / papier

13 x 19, Bouffant édition

isbn

978-2-36426-264-5

nombre de pages

56

parution

,

Auteur

HUOT Marie

Collection

Poésie