La craquelure

15


Quatrième de couverture

Domi Bergougnoux écrit la souffrance, celle du fils et celle de la mère. L’amour s’y entend comme un cri qui serait murmuré, se dessine en rythmes, en images, en musique.

Dessins de Jean-Denis Bonan.

Description

Souviens-toi de mon chant

Je sais…
Toi damné à genoux
tes blessures lancinantes
tes joies décapitées
la chute de la nuit à la tombée du ciel l’effroi transparent des voix
dans ton regard humide
le collier âcre du soir à tes épaules
le cri fêlé qui surprend la terre

Mais je sais l’émerveillement contre tout appel Je sais

que la mer t’appartient
que le soleil luira sur tes chemins que le temps est un socle

Souviens-toi de mon chant dans le désert
comme d’une fontaine jusqu’à la montée des eaux

 

 

La Craquelure, Domi Bergougnoux (par Philippe Leuckx)

Composé de deux parties (Fêlures – Apprendre à voler), le livre de deuil de Domi Bergougnoux instille une souffrance perceptible dans les constats hissés à bout de poèmes, dans la sensible perception d’un monde raviné. Une mère décrit et pleure son fils, un homme jeune ravagé par l’alcool et la détresse de lui-même. Que peuvent les mots, les vers, les poèmes, pour soulager du pire ?

La première et longue partie de poèmes, dont les titres sont éloquents (Homme blessé – Loup blessé – Homme froissé, etc.), nous mène « cul-sec » dans la nuit de cet homme au « regard terrifié », « plein de silence », « dans l’étreinte douce du vide ». Ces textes, jamais larmoyants, gardent la gravité inscrite dans le regard d’une mère, attentive à détailler le « fracas des étoiles », « l’enfant plein de colère », celui d’« une enfance brisée ». La poète a les mots pour nous alerter de toute cette souffrance, et de l’aridité de « ces pierres ».

« Rejeté hors de lui », l’homme fait l’expérience d’une sous-vie, dans les débris, déchets, éclats d’un quotidien sordide.

Désormais

l’eau lui brûle les yeux

il fait tournoyer

dans ses bras désertés

le corps froid d’une bouteille

(p.38)

 

Ce gars, aimé, se fissure « de cris », hurle « en pleine nuit », « failles d’un homme penché ».

Le tableau, naturaliste, énumère les fêlures, les brisures, les petites morts agissantes.

« La bête au fond de toi » se désagrège, se meurtrit, « tu brûles sur les bords du ciel/ sourd à tes hurlements ».

« L’enfant muré en lui » dont « le cœur bégaie » nous touche, comme un proche, un ami ; ses douleurs sont les nôtres : qui n’a touché le fond ?

Dans une langue pure, sans apprêts, la poète sait donner à ce récit de vie qui frôle la mort les phrases sensibles d’une émotion pure (« un vent de solitude lente/ traverse ta nuque »), même s’il sidère, ce récit comporte aussi ses beautés, certes gâchées, serties d’« outre-noir ».

Quand la poésie réussit à porter témoignage d’une souffrance, elle gagne des lecteurs, elle s’ouvre à l’autre, à l’urgence.

Un très beau recueil, jamais lourd, dont l’écriture grave légère incise le cœur.

 

Philippe Leuckx

La Cause littéraire, décembre 2021

Domi Bergougnoux est l’auteure française de trois recueils de poésie, dont : Où sont les pas dansants ? (2017), Dans la tempe du jour(2020).

Caractéristiques

parution

nombre de pages

86

Auteur

BERGOUGNOUX Domi

Artiste

BONAN Jean Denis