Chevaucher la nuit

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Le peintre Rachid Koraïchi accompagne de ses dessins l’écrivain photographe cinéaste Manuelle Roche, qui dit ici son amour du cheval – et du M’zab.

Un volume de 54 p. sur Vergé Gelder Zonen, au format 17 x 12 cm

L’un des 20 ex, rehaussé d’un dessin original de Rachid Koraïchi

Description

Texte posthume de Manuelle Roche (remis par elle à l’éditeur quelques semaines avant sa mort) dans lequel l’auteur évoque, avec bonheur, le M’zab auquel elle et son compagnon ont consacré une part importante de leur vie, et son cheval, Hassan,l’une des formes accomplies de la beauté.

(…) Les femmes se sont groupées, auxquelles naturellement je me suis jointe et l’une d’elles a étendu pour moi une partie de son voile, afin de le partager, sur une petite plaque de sable dont elle semblait craindre la pulvérulence alors que je la trouvais si confortable et si propre ; mais j’ai accepté cette hospitalité pour ne pas l’offenser, avec des remerciements. Les hommes se réunissaient de leur côté mais non loin de nous afin, ai-je compris, que nous nous sentions protégées.
Mais de quoi ? … du désert ? … de la nuit ?
C’est alors que nous les avons entendus. J’ai reconnu sans peine assez vite ce lourd ronronnement, rapidement transformé en continu tonnerre. Ils sont passés tout près de nous sans nous voir, ou sans nous prêter attention. Nous nous étions dressés puis levés, et sous la lueur de ces étoiles si grandes, nous avons perçu ces formes blanches lancées en avant, les chevaux, et ces pans de burnous qui flottaient. Les turbans clairs. Pas leurs visages, pas leurs mains. L’air qu’ils déplaçaient nous atteignait, chaud, portant du sable et leur odeur, laine, sueur, et celle des chevaux en plein effort. Avec le claquement des vêtements, au vent… Le cliquetis de leurs mors, leurs étriers, leurs boucles, leurs armes sans doute. Combien étaient-ils ? Vingt, trente peut-être ou davantage. Les femmes, et moi avec elles, avons poussé des you-yous. Ce qu’on appelle en Egypte le Zaghrit. Nous ont-ils entendues ? Sans doute. Ce cri d’allégresse ou d’encouragement est fait pour porter loin. Aucun coup de fusil ne nous a répondu. Où allaient-ils ? Rejoindre quelque fête dans un lointain campement ? une noce ? C’étaient eux, les Almoravides, les conquérants, les guerriers. A peine annoncés, à peine entrevus, ils avaient disparu. Nous avons entendu encore leur galop quelques minutes. Ce n’avait pas été une vision, seulement un rêve. Seulement une évocation historique, le souffle d’un poème. Leurs effluves sont demeurées quelque temps là, prouvant leur passage. Hassan avait vécu ainsi. »

Trois dessins de Rachid Koraïchi illustrent le texte de Manuelle Roche. Chacun des vingt-et-un exemplaires est rehaussé d’une encre originale de Koraïchi (étui réalisé par Marie-Christine Sergent).

Caractéristiques

parution

Auteur

ROCHE Manuelle

Artiste

KORAÏCHI Rachid

Collection

Contes, récits & nouvelles