Livre d’Isis (Le)

A partir de 15


600 ex. typographiés sur Bouffant édition ;
couverture typo quadri

20 exemplaire de tête typographiés sur Arches, rehaussés d’un manuscrit inédit de l’auteur. 60 €

Isis, épouse et sœur exemplaire, réussit à rapailler le corps d’Osiris, son frère et époux : elle le ressuscita le temps d’une union d’où naquit le dieu Horus.
A l’époque gréco-romaine elle devint la déesse universelle, invoquée tant en Egypte que dans tout le bassin méditerranéen, et au-delà. Elle irrigue encore l’imaginaire occidental…

Sylvestre Clancier a publié diffférents ouvrages de réflexion et d’érudition (Freud, Le Testament de Mao, La Vie quotidienne en Limousin au XIXe siècle, La Voie des poètes …). Il a surtout publié des poèmes et des fantaisies en prose, d’abord en revues, puis en recueils. Il préside la Commission de poésie de la Société des gens de lettres de France, et est également Secrétaire général du P.E.N. Club français et de l’Académie Mallarmé.

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Description

La critique

Un Jardin où la nuit respire, Ed. Phi/Les Écrits des forges, 2008.
Le Livre d’Isis, Ed. Al Manar, 2009.
La Promesse des morts, tiré à part de la revue Poésie en voyage, 2009.

Cette singulière deuxième personne…

Les trois dernières livraisons du poète Sylvestre Clancier marquent à l’évidence un tournant dans son oeuvre. De prime abord, le lecteur fidèle semble en terrain connu. Les textes
s’organisent, comme presque toujours chez Sylvestre Clancier, en strophes indépendantes, comme esseulées, une strophe par page et pas plus ; ou bien en courts poèmes non rimés où le rythme et la prosodie épousent étroitement le propos. Il n’est jamais question d’utiliser le blanc du papier pour faire illusion, pour jouer avec une disposition maligne et inutilement chaotique des mots. Le texte est aligné canoniquement, sans faux-semblant ni faux-fuyant. Le texte, et rien d’autre.
Qui est « tu » ?
La deuxième personne du singulier est la « marque » de la poésie de Sylvestre Clancier. Ce « tu » qui court les textes est presque toujours une apostrophe. Le poète apostrophe l’homme, et l’homme apostrophé est celui qui écrit, celui qui lit, celui qui écoute. L’utilisation de cette singulière deuxième personne permet à un propos centré sur une seule personnalité d’acquérir une valeur simplement humaine. Le poète parle à l’homme qu’il est, et aux hommes que nous sommes, à l’humanité que nous formons, tous. Ses interrogations sont les nôtres. Les références strictement familiales – évocation de lieux et d’êtres en rapport avec l’histoire personnelle de l’auteur – sont traitées sur le mode personnel, mais déchiffrables par chacun. Ainsi, Clancier évite le piège de l’apitoiement et de la déploration d’un passé égocentré et permet une interprétation immédiatement partageable, et partagée.

Le temps pluvieux, le temps serein
Ne changeront ta mémoire.
En elle tu navigues et te perds1.
Ton sang est ce passage ombreux
Plein du mystère de ta naissance
Il te change en tes aïeux
Plus tu regardes par leurs yeux

Cette utilisation du « tu » amorce, dans les derniers recueils, une translation vers le mythe. L’apostrophe est lancée à la Lune, puis à Horus – autant dire au symbole féminin, et à la représentation du fils.

Isis ta mère (…) Lui, ton père 3

Dans Le Livre d’Isis, la légende est racontée selon différents points de vue qui induisent les personnes verbales. Quatre parties dont les trois premières sont centrées respectivement sur Isis, Osiris et Horus, et une quatrième qui ramène le mythe vers les hommes. Le premier mouvement du recueil donne la parole à la déesse pour une déploration, le second mouvement est un monologue d’Osiris. Dans les deux cas, c’est le « Je » qui s’exprime, les dieux ont la parole. Mais le troisième mouvement revient au « tu » récurrent de l’oeuvre de Clancier, le poète s’adresse au fils d’Isis et d’Osiris, de la même manière que dans ses autres textes, la plupart du temps, le poète s’adresse à l’homme. Le raccourci serait ici un

1 « Quand vient le soir », in Jardin, p.73
2 Promesse
3 Livre d’Isis, p.58-59

peu trop facile : l’apostrophe à Horus serait l’indice de la marque « filiale », le poète considérant qu’il n’a pas encore déployé tout à fait ses ailes et que l’ombre du père est lourde à porter. Ce monologue distancié par le « tu » est un masque trop évident pour que l’on s’arrête à cette première analyse – trop simpliste. Sans doute serait-il plus pertinent de fouiller du côté de l’héritage initiatique du dieu-faucon, comme on pourrait le faire également en ce qui concerne l’apostrophe à la Lune « avec [ses] voiles et [ses] mystère » 4, Lune qui préside à l’ « immense baptême de moi-même à moi-même » 5. La partie du recueil Un Jardin où la nuit respire où apparaît l’apostrophe à la Lune est intitulée « sans peur ni dieu ». Le lecteur y décèle d’emblée le changement de cap du propos de la poésie de Clancier. L’oeuvre, en amont, s’est bâtie sur la nostalgie de l’enfance, sur les paysages familiaux ou les terres de voyage. À présent, le retour sur les sensations enfantines, sur la renaissance adolescente, s’opère dans la perspective de l’âge qui avance, et dans le déchiffrement des arcanes du monde. Dans Isis, dans Le Jardin, quand le « Je » apparaît, la mort rôde. Déploration de la déesse, monologue du dieu dépecé, confession du poète :

Sans peur ni dieu
Je reviens d’un voyage
Et pourtant me prépare
Pour un autre départ
6.

Dans cette approche, la singulière deuxième personne prend des tournures d’injonction philosophique. Au remâché « connais-toi toi-même », Clancier ajoute la conjoncture :

Ta quête pourrait-elle conjurer le malheur
Né du non-sens et de l’indifférence ?
7

4 « Sans peur ni dieu », in Jardin, p.57
5 Op. Cit. p.60
6 Op. Cit. p.62
7 « Ce sang qui ne saurait mentir », in Jardin, p.25

Et, reprenant Protagoras, mais nuançant la pensée grecque, il poursuit :

Croyant en ton étoile
Te connaissant toi-même
Tu penses en être la mesure
8.
Cher Gérard, cher Paul…

Si la mort rôde, si le monde est encore à déchiffrer avant de le quitter, le travail du poète change de cap. La voie à suivre dévie imperceptiblement, et les ombres tutélaires sont nettement affirmées. Un Jardin où la nuit respire offre en exergue des citations de Valente, Camus, Meschonnic, Frénaud, Tardieu, Borges, Miron, tous écrivains dont on reconnaît que le fond est au moins autant littéraire que philosophique. Et tous écrivains du XXème siècle. Mais le grand inspirateur, le maître à qui Clancier rend hommage, et qu’il bouscule quelque peu, c’est Gérard de Nerval. Le livre d’Isis s’ouvre sur une citation du Voyage en Orient, et la dernière partie du Jardin où la nuit respire est tout entière dédiée à l’auteur des Chimères. La mort de Nerval apparaît chez Clancier comme la marque de l’énigme non résolue de notre présence au monde, comme le signe de l’impuissance hermétique, comme la défaite inéluctable du poète face à la résolution des mystères. Dans la partie dédiée à Nerval, intitulée « Attends la fin de la nuit », les références nervaliennes sont des clins d’œil au lecteur – chimères, mélancolie du Prince d’Aquitaine, étoile, feu, etc. – mais également des emprunts
de connivence qui visent à mettre en relief la convergence des quêtes, et l’échec – l’échec ? – de cette quête. La mort de Nerval est comme un phare terrible et dérisoire qui éclaire la route à suivre, mais ouvre sur le gouffre. La mort est le mystère.

8 « Comme un jardin secret », in Jardin, p.33

Autre clin d’oeil – et pas des moindres : la partie consacrée à Nerval s’ouvre sur une
référence à… Paul Valéry.

Des jours
Des jours
Toujours recommencés
9

Là encore, et surtout en ce qui concerne Le Cimetière marin, la référence philosophique est indéniable. La tutelle revendiquée de Nerval et de Valéry orientent les derniers recueils de Sylvestre Clancier vers la voie étroite, et royale, de l’hermétisme poétique, qui est la face noble et généreuse de la poésie hermétique. Les huit poèmes de la partie intitulée « Herméneutique » du recueil Un Jardin où la nuit respire sont à ce titre emblématiques du changement de cap opéré par Clancier : le dévoilement du monde et de la logique de sa marche est bien l’objet de la quête poétique. Et tant pis si la quête est sans fin, et le dévoilement impossible.

9 « Attends la fin de la nuit », in Jardin, p.79

Christine Bini

Caractéristiques

exemplaire

courant, de tête

parution

isbn

978-2-913896-68-0

Auteur

CLANCIER-Sylvestre

Collection

Essais