Je te nomme Tunisie

A partir de 15


Un chant d’amour pour la Tunisie

Accompagnement plastique : Lawand

30 exemplaires tirés à part sur vélin d’Arches
au format 12 x 17 cm, rehaussés de peintures originales
par Lawand, sous couverture Arches ivoire 300 gr.

 

1.000 ex. typographiés sur Bouffant édition.

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Description

Le livre

Je t’aime
Dans les lueurs étincelantes
Dans l’envolée des rayons comme des rubis
Dis au soleil
Libère ta lumière
L’éclipse est sœur des potentats
Suppôts tapis dans les pliures sans relâche
Dis au soleil
La rumeur par-delà les haies
Paraphe nos désirs de pleine lune
Cyprès figuiers de barbarie et alfa
Pour tanner nos visages
Nulle peur ne se terre
Mais la torche neuve et résolue

Ces poèmes ne répondent pas à l’urgence, ils la précèdent. Ils disent l’amour de la Tunisie, avec forte émotion et passion, revenant sur le passé douloureux du poète, le liant au présent d’un peuple qui s’est soulevé pour sa dignité et sa liberté. En Tunisie, à Paris ou en Bretagne, les souvenirs personnels, les paysages, les rythmes et les métaphores s’entremêlent pour célébrer la vie et s’opposer à la volonté de mort.


La critique

Tahar Bekri à Tunis parle de son nouveau recueil « Je te nomme Tunisie »: au delà des mots est mon coeur »
JEUDI, 02 JUIN 2011 17:16
Par Sarra Belguith
TUNIS (TAP) – Le 1er juin 2011, à 15H00, dans un café de Tunis, sur l’avenue Habib Bourguiba, bercée par ces rangées de ficus centenaires et légendaires, il s’en souvient, avec mélancolie, du jour et du mois. Il y a exactement 35 ans, depuis que « j’ai quitté le 1er juin 1976, la prison de Bordj Erroumi, portant depuis, et pendant 13 ans, le statut de réfugié en France jusqu’à 1989 », s’exprime le grand poète tunisien Tahar Bekri. Au premier jour de sa visite privée en Tunisie, cet ancien militant à l’UGET dans les années 70, parle, dans un entretien accordé à l’agence TAP, de sa jeunesse, de ses 20 ans, loin de son pays où les senteurs, les saveurs et les lieux l’ont toujours habités, pour marquer dans son oeuvre de poète citoyen voyageur, l’errance et l’exil. Avec ses mots aussi forts et fragiles comme des pétales de fleurs, Tahar Bekri parle de son nouveau recueil « Je te nomme Tunisie » (Editions El Manar, Paris) dont la parution a été fêté du 27 au 30 mai au marché de la poésie à Paris. Un recueil dans lequel, le poète, lié au présent, revient sur sa « blessure béante » et dépeint cette braise qui le tourmentait et cette douleur qui dit-il « J’espère avoir traduite: aimer son pays et payer cher cet amour »:

Du « retour sur les années elles-mêmes…Mille fois perdue dans la distance…Ton appel me sauvait des naufrages ». Ces extraits furent à l’origine d’un premier intitulé « Chants pour la Tunisie » avant que le recueil ne devienne « Je te nommes Tunisie » où vous évoquez « Tous ces rameaux se lèvent pour fleurir la belle Tunisie ». Racontez-nous ce parcours dans l’écriture ?
Effectivement, j’ai commencé l’écriture en 2009, au Pouldu face de l’île de Croix, où vivait Gauguin et fut exilé Bourguiba. J’ai écrit les premiers poèmes, dont quelques extraits ont été publiés d’ailleurs au Liban, à Marseille, à Bruxelles, en Turquie… C’était à l’origine « Chants pour la Tunisie » où je reviens sur ma jeunesse éloignée, cette terre lointaine que j’ai toujours porté en mon coeur, en vivant dans l’exergue d’un poète turc Yunus Emre »: au delà des mots est mon coeur ». Dans ces « Chants » au début, il y’a certainement Chebbi car le verbe chanter est très fort en poésie, il est un hymne. Depuis le 17 décembre « décembre de la colère », je me devais en tant que poète nommer ce qui s’est passé à ma façon avec cette évocation des éléments naturels, sensibles, concrets et matériels y compris nos fleurs, nos plantes, et nos lieux d’une façon générale.

Donc ces poèmes ne répondent pas à l’urgence de la révolution?
Certainement pas. Ca serait opportuniste de ma part. Ce recueil est la continuité de ma manière d’écrire et de l’Histoire dans laquelle je m’inscris. Je ne me prétends pas comme un visionnaire, mais je pense que le créateur en général devance les événements. L’émotion ne vient pas en réplique, elle est là en gestation permanente. Les événements qui surgissent ne font, en fait, que bousculer ou accélérer le rythme de l’écriture » du poète, dont le devoir est de nommer les choses telles qu’elles sont.

Vous parlez d’appellation. Certains nomment la révolution tunisienne de celle du jasmin. Etes-vous d’accord sur ce point?
C’est davantage la révolution du cactus, des steppes, du marbre, des plateaux, de la pierre, des roches, des phosphates, car ces soulèvements sont partis de ces régions lointaines et difficiles. C’est d’ailleurs ce que j’ai écrit dans ce livre « Debout comme un eucalyptus, à l’appel des probités, je te disais ami des tailleurs de marbre…Sidi Bouzid, Thala, Siliana et Kasserine, fallait-il marcher encore et encore, marcher sur l’ombre violente et dédier aux steppes ces chants…

A travers cette braise « nourrie de douleur », comment ressentez vous ce retour cette fois au pays?
Je suis heureux de me retrouver ici dans un café entouré de gens enfin capables de parler à voix haute sans avoir peur de parler ou d’être surveillés. Je pense que c’est une grande victoire pour le citoyen tunisien et pour son devenir.

Dans vos derniers vers du recueil on lit « Pour tanner nos visages, nulle peur ne se terre, mais la torche neuve et résolue ». Comment voyez-vous le futur de la Tunisie?
La révolution tunisienne a donné une grande leçon en démontrant que la chasse des dictatures et le champ de la liberté sont possibles. Il faudrait préserver les acquis énormes de cette révolution contre toute menace pour qu’elle ne soit pas hypothéquée par des forces obscures. La question est comment faire pour construire une nouvelle culture qui soit libre, belle, généreuse, fraternelle, démocratique et ouverte à toutes les régions et à tous les créateurs et expressions artistiques.

Vous considérez la Tunisie comme une mosaïque humaine depuis l’Histoire, est-ce qu’il y’a aujourd’hui après cette révolution, menace sur cette image du pays?
Il faut que cette diversité soit toujours perçue d’extraordinairement positive dans la tolérance et la paix. Je pense que si les Tunisiens ont lutté pour la démocratie, c’est pour qu’ils puissent s’exprimer avec acte de civilité. Ce devoir de tous doit être fait loin de l’intransigeance, en gardant cet esprit voltairien « je suis différent de vous mais je suis prêt à mourir pour que vous puissiez vous exprimer ». Le durcissement politique de certains courants est bien réel et il ne traverse pas seulement la Tunisie. Dans tous les moments révolutionnaires de l’Histoire, on saisit que le durcissement s’installe aussi dans ces moments de positionnement pour chacun. Ce qu’on peut craindre parfois c’est que les politiques se positionnent pour se payer une place parfois violemment. C’est pourquoi, j’estime que la maturité du peuple tunisien doit être aux aguets pour empêcher cette violence, laquelle était source d’embrigadement idéologique et de censure de la presse. Si le silence était la parole absente sous la dictature, aujourd’hui, il faut être attentifs et vigilants pour ne pas être injustes et oppressifs car toute révolution porte au fond d’elle même des valeurs profondes qui sont la dignité et la liberté, acquis énormes à sauver, par tous les Tunisiens, qu’ils soient ici ou ailleurs.

Est ce que vous envisagez un retour définitif en Tunisie?
Non, moi je suis tunisien où que je sois. Je me qualifie de palmier volant enraciné dans sa culture mais qui a besoin de voyager et de partager et je n’ai pas d’autre fonction que celle d’aimer mon pays. Ainsi, je perçois la beauté du monde.

Et quelle est la laideur du monde à vos yeux?
C’est le fanatisme, l’intolérance, l’agressivité et la fermeture. « Pour libérer la tempête de son du, combien d’années dois-tu nourrir pour alléger la rose de sable de son silence de verre » (extrait du recueil).

Est ce que Tahar Bekri sera parmi nous à la foire internationale du livre de Tunis 2011?
Si je suis invité, ça sera avec grand plaisir.

Votre mot de la fin!
Mon rêve est de voir la Tunisie bâtir une vraie démocratie, ma crainte que certains fanatiques ou obscurantistes l’emportent. Et l’espoir est dans ma poésie. « Détrompe-toi, les grains ne rêvent pas de devenir des pailles, mais d’être levés pour les justes raisons ».

La complainte de Tahar Bekri

 

Je te nomme Tunisie de Tahar Bekri

Paru chez Al Manar, éditeur auquel le poète reste fidèle (1) depuis 2002, Je te nomme Tunisie (2) est le nouveau recueil de poèmes de Tahar Bekri. Au moment où la Tunisie se réveille, au début d’un printemps qui n’en finit pas de durer, le poète nomme son pays. Peut-être les poèmes précèdent-t-il l’urgence comme le laisse entendre la quatrième de couverture ? Ces poèmes n’ont pas entamé une course contre la montre d’une révolution faite par un peuple en quête de liberté. Certains extraits ont été publiés ailleurs. La poésie fait partie des vents calmes ou des tempêtes qui soulèvent le corps des rêves et ouvrent la porte des souvenirs. Peut-être ces mots ont-ils toujours été là, accompagnant le poète dans ses multiples voyages, ses pas de nomade d’une ville à l’autre. Pourtant, comme l’annonce le Prologue, « L’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid vint d_cider de la suite du poème ». Quoi qu’il en soit, ils arrivent à point nommé pour apporter leur musique fraternelle en vue de célébrer la joie de vivre retrouvée. Mais nommer c’est d’abord reconnaître que l’on n’est pas seul, c’est faire le choix d’une pause près d’un être ou d’un objet. Quand il s’agit d’un pays, n’est-ce pas dire la singularité d’une relation ?
C’est de cette relation qu’il s’agit, jamais lin_aire, avec ses ruptures et ses points de suspension, ses séparations et ses retrouvailles, comme si le poète emportait sur le chemin du départ des traces qui le ramènent toujours à ses lieux qui ne le quittent pas. Il arrive qu’une émotion longtemps contenue se libère. Un moment où une passion secrète s’exprime par des mots familiers qui désignent le pays adoré. Une prison évoquée comme une blessure. Et les étapes de l’errance. La mer et ses vagues et ses rivages. Mais aussi les terres et les villes traversées. Quand surgit l’interrogation : « Pourquoi avez-vous égaré mon ancre / Les cordes usées de tant d’incendies » le temps des solitudes et de l’errance remonte déjà à la surface. Ce sont les « terrasses des étés », les toits des maisons, les arbres, les oiseaux – merle, mouette, cigogne, corbeau, aigle, goéland_- les oueds et les lacs, les jardins fleuris, les collines et tant d’autres paysages, les sons et les parfums qui forment l’épaisseur des songes et des souvenirs parmi lesquels le pays nommé est plus vivant que jamais.
Le poème, comme « Cette chanson lointaine« , nomme ses musiciens préférés, Haendel ou Jean-Sébastien Bach. Les instruments de musique sont toujours là, flûte et violon et bien d’autres inattendus, peut-être en vue d’une in_vitable catharsis. Le po_te revient au pays, il parle au « vieux désert« , il reconnaît les siens, il chante avec eux une parole au long souffle au moment où « Les douilles tombaient indignes / Voleuses de souffles et de vies ». Une annotation indique des lieux et dates (3). Hors de toute urgence, l’événement peut accélérer la saison du poème qui veut célébrer la vie et le désir de liberté.

Tanella BONI

1. Même s’il publie, au cours de cette période, chez d’autres éditeurs comme Elyzad.
2. Paris, Al Manar, mai 2011, poèmes accompagnés par des dessins de Lawand.
3. Tunisie-Bretagne-Paris (2009-2011)

Un chant lyrique à travers brumes et songes

« J’entendais ta voix au lever du jour / Comme une aube écarlate / Accouchée dans les ténèbres / Le retour des années / Sur elles-mêmes /Berçant le flux et le reflux / Au bord de la mer / Pleine et vide /Et captait ta lumière / Mille fois perdue dans la distance / Mille fois retrouvée / Par delà les brumes / Par delà les songes / Contre les récifs inondés / Ton appel me sauvait des naufrages »
Tel est le morceau inaugural par lequel le poète tunisien vivant en France Tahar BEKRI ouvre le chant de la vie qu’il dédie à notre pays et qu’il intitule Je te nomme Tunisie.
Lyrique, mais avec modération, ce nouveau recueil de Tahar BEKRI qui se compose d’un poème-fleuve réparti en 23 sections (nées au sortir de 23 années de dictature !) hétérométriques, construites sur des mètres à volumétrie variable ayant plutôt tendance à l’amplitude et auxquels est imprimé souvent un rythme long et vif, incantatoire, qui s’apparente à celui des psalmodies exécutées d’une voix tendre et enchanteresse s’en allant chercher le jour là où se décante le temps de l’exil, de l’absence et de l’usure, est marqué de part en part par une palpitante émotion qui fait toute sa saveur vive.
Ecrite en grande partie avant le 14 Janvier 2011, cette énergique et belle poésie de Tahar BEKRI est rattrapée à la clôture par la Révolution des jeunes et des chômeurs tunisiens à laquelle elle rend, loin de toute récupération politique et de toute démagogie, un pudique hommage qui aux slogans ordinaires de la Révolution préfère les mots neufs et bleus, heureux, du poème.
Soigneusement imprimé sur de beau papier verger et illustré par des dessins du peintre syrien Lawand, ce nouveau petit livre de Tahar BEKRI que publient cette année, en France, les éditions « AL Manar », dans la collection « Poésie du Maghreb », est à lire et à offrir comme un bouquet de jasmin !
Bravo poète !

Ridha BOURKHI

KULTUR : Tahar Bekri : Je te nomme Tunisie

La poésie, expression difficilement contrôlable de geysers subconscients, mystérieuses pulsions et sentiments spontanés, se prête mal à l’affirmation d’idéologies, aussi nobles soient-elles. Peu nombreux furent les poètes européens et américains – et des plus grands –, dont les idées et idéaux défendus en vers ne se pervertirent pas en images d’Épinal, plats dithyrambes ou autres baudruches déclamatoires. Les poètes du Proche Orient et du Maghreb me semblent pourtant mieux parvenir à éviter ces travers. Les Tawfiq Zayyad, Nazim Hikmet, Mahmoud Darwich, Jalel El Gharbi, Moncef Ghachem, Mokhtar El Amraoui, Ahmed Ben Dhiab, Salah al Hamdani, Abdellatif Laâbi et, justement, Tahar Bekri, pour ne citer que ceux-là, savent en effet poétiser les idéologies de la libération, du patriotisme, de la justice et de la fraternité sans s’empêtrer dans le pompier, l’héroïsation, la grandiloquence ou le chauvinisme.

Voilà un peu plus d’un an que je vous présentai dans ces colonnes (1) l’essayiste et poète Tahar Bekri à travers son livre-journal-pamphlet « Salam Gaza, carnets », paru aux Éditions Elyzad de Tunis. S’insurgeait-il encore à l’époque comme nous tous sur la razzia d’Israël contre Gaza et tonnait-il contre l’occupation indigne des villes et territoires palestiniens de Cisjordanie, qu’aujourd’hui il peut user d’accents plus optimistes. Ailleurs, bien sûr, car l’espoir ne point toujours pas en Palestine. Mais la chute des Ben Ali et des Moubarak, liés à Israël via la maffia des dictateurs et des multinationales du système néocolonialiste, lui entrouvre un soupirail, aussi, quand Tahar Bekri chante sa Tunisie libérée, il ne s’y limite pas, loin de là. La Tunisie qu’il nomme n’a que faire – peut-être malgré elle – des races, des haies, des frontières ; elle a été au 3ème millénaire le flambeau et l’étendard de la liberté des peuples. Saura-t-elle devenir leur exemple ? Mais l’auteur n’est pas ici dans l’évènement, qui ne saurait qu’être catalyseur ; il s’explique :

« … j‘ai commencé l’écriture (de ce recueil) en 2009, au Pouldu face à l’île de Groix, où vivait Gauguin et fut exilé Bourguiba. J’ai écrit les premiers poèmes, dont quelques extraits ont été publiés d’ailleurs au Liban, à Marseille, à Bruxelles, en Turquie… C’était à l’origine « Chants pour la Tunisie » où je reviens sur ma jeunesse éloignée, cette terre lointaine que j’ai toujours porté en mon coeur, en vivant dans l’exergue d’un poète turc Yunus Emre « : au delà des mots est mon coeur ». Dans ces « Chants » au début, il y’a certainement Chebbi car le verbe chanter est très fort en poésie, il est un hymne. Depuis le 17 décembre « décembre de la colère », je me devais en tant que poète nommer ce qui s’est passé à ma façon avec cette évocation des éléments naturels, sensibles, concrets et matériels y compris nos fleurs, nos plantes, et nos lieux d’une façon générale. »

Cependant, si dans « Je te nomme Tunisie » (3) sept lustres d’exil arrachent au poète des vers d’un lyrisme vibrant, empreints de patriotisme et d’une poignante nostalgie – l’oliveraie à perte de vue, le vol de la huppe, les étangs et les roseaux de sa terre natale – sa vision porte bien plus haut et plus loin. Est-il seulement conscient lui-même combien sa poétique est universelle et proche d’un Mahmoud Darwich écrivant « …Et je m’en suis allé chercher mon espace / Plus haut et plus loin / Encore plus haut, encore plus loin / Que mon temps… ». En effet, au-delà de la terre, de sa terre, de celle que Tahar Bekri nomme Tunisie, sa Tunisie devient allégorie, se transfigure en Tunisie mystique, souffle de liberté dont le parfois hésitant, mais inéluctable crescendo explose dans son dernier poème : « Je t’aime / Dans les lueurs étincelantes / Dans l’envolée des rayons comme des rubis / Dis au soleil / Libère ta lumière / L’éclipse est sœur des potentats / Suppôts tapis dans les pliures sans relâche / Dis au soleil / La rumeur par-delà les haies / Paraphe nos désirs de pleine lune / Cyprès figuiers de barbarie et alfa / Pour tanner nos visages / Nulle peur ne se terre / Mais la torche neuve et résolue ». Quant aux points de suspension absents, qui pourraient laisser le poème ouvert, il faudra vous les imaginer, amis lecteurs, car d’une part la poésie de Tahar Bekri se passe de ponctuation et d’autre part rien n’est achevé. Tout au plus peut-on se l’imaginer dire, comme Jean Sénac : « Et maintenant nous chanterons l’amour / Car il n’y a pas de Révolution sans Amour… »

« Né en 1951 à Gabès en Tunisie », lit-on un peu partout sur le net, Tahar Bekri vit depuis 1976 à Paris, qu’il a rejoint après deux séjours dans la prison de Borj Erroumi, et ne pourra pas revoir son pays natal avant 1989. « Je quittais la prison de Bordj Erroumi / La blessure béante / Sanguine comme un bourgeon charnu / Le mauvais sang serré entre les dents / Retourné dans l’infamie / Que des plumes perdues au rêve… », nous dit-il en effet au chant XIII. Et de nous rappeler du même coup, que le printemps tunisien pousse ses racines bien plus loin que le 4 janvier 2011 et jusqu’aux immortels vers de Chebbi, « Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, / Force est pour le destin de répondre / Force est pour les ténèbres de se dissiper, / Force est pour les chaînes de se briser… » (4) et au-delà. Chebbi, que je cite pour lui plus haut – Dans ces « Chants » au début, il y’a certainement Chebbi –, Tahar Bekri l’honore dans son chant XX : « Je te reconnais ami Aboulkacem Chabbi / Du côté des Chants de la vie / Tous ces rameaux se lèvent / Pour fleurir la Belle Tunisie / Voici ton poème sur le corps / De l’étoile entourée du croissant / Blanc et rouge pour les meilleures boutures » tout en le reliant au présent : « … Dis à la vilénie / Les despotes ne sont pas des nôtres / Ils prennent la poudre d’escampette / A toute barde leurs poches gonflées / Comme des voiles de corsaires… ».

Retour donc à partir du chant XVIII aux vers de combat de la première partie. Il est vrai qu’entre- temps il y a eu interlude, douloureux, mais riche, l’exil, l’épreuve, la souffrance de l’éloignement, mais aussi, en XIV, l’apprentissage de la liberté, l’épanouissement de la poésie et du rêve punique sur les rivages bretons en face de l’île de Groix : « Dans la pénombre des océans / Où finit la terre / Loin de toi ma geôlière / J’écoutais Haendel… » et, en XV : « Si j’étais cantate de Jean-Sébastien Bach / Dans la forêt aux mille chênes / Pierre de chapelle / sans calvaire (…) Parmi les embruns nourris / Des ailes du goéland ».

Tahar Bekri a publié une vingtaine d’ouvrages (poésie, essai, livre d’art) en français et en arabe. Sa poésie est traduite dans différentes langues (russe, anglais, italien, espagnol, turc, etc.) et fait l’objet de travaux universitaires. Son oeuvre, marquée par l’exil et l’errance, évoque des traversées de temps et d’espaces continuellement réinventés. Parole intérieure, elle est enracinée dans la mémoire, en quête d’horizons nouveaux, à la croisée de la tradition et de la modernité. Elle se veut avant tout chant fraternel, terre sans frontières. Tahar Bekri est considéré aujourd’hui comme l’une des voix importantes du Maghreb. Il est actuellement Maître de conférences à l’Université de Paris X – Nanterre ».

Je m’en voudrais de clore cet article sans vous signaler que ce petit livre est illustré par Lawand, peintre d’origine syrienne, qui vit et travaille à Lille. Il en a illustré l’édition courante de dessins et son tirage de tête de peintures. Le photographe et galeriste Alain Rouzé dit de lui que « … Peuplé d’ombres sorties indemnes de la souffrance d’un monde ancien, son oeuvre est chargée d’hommes renaissants aux formes encore vagues escortés de silhouettes trépassées mais précieuses. Une cohérence chargée de l’essentiel d’un tout, d’une énergique puissance à nous faire tenir debout, d’un amour des hommes sans limite ou la tendresse s’impose avec force. » Alain Rouzé se doute-t-il seulement à quel point ses mots, destinés à Lawand, frôlent – sans toutefois la cerner – la poésie de Tahar Bekri ?

***

1) Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek 11.6.2010, article intitulé « Tahar Bekri : Salam Gaza, carnets… d’un pogrom sur le ghetto & de camps-prisons en Palestine », en ligne sub www.zlv.lu/spip/spip.php ?article2937

2) Dans une interview accordée à Sarra Belguith, publiée dans Tunisie Soir du 2.6.2011-.

3) Aux Editions Al Manar, Casablanca ; Bureau français : 96, bd. Maurice Barrès 92200 Neuilly.- 1.000 ex. tirés sur Bouffant édition. 15 €. (ISBN 2-978-2-36426-001-6, juin 2011), en librairie ou en ligne sub www.editmanar.com/

4) Abou el Kacem Chebbi (1909 ? – 1934) est considéré par les tunisiens comme leur poète national. Ces quatre vers, extraits de son poème « La Volonté de vivre », sont intégrés à la fin de l’hymne national tunisien. Mais il suffit d’un coup d’oeil à la blogosphère pour comprendre que Chebbi inspire la jeunesse dans tout le Maghreb et même au-delà.

Giulio-Enrico Pisani
Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, 20 juillet 2011

E
Ouest France, 4 mars 2011

Nommer et Témoigner

Le Télégramme, 19 08 2011

Tahar Bekri, poète tunisien est l’invité du café littéraire de vendredi. Ce café littéraire aura sans aucun doute des accents particuliers puisque Tahar Bekri était en juin en Tunisie. Il s’est inscrit sur les listes électorales afin de participer aux élections du 23 octobre. Ces listes sont closes depuis le 14 août et première surprise seulement 50 % des tunisiens en âge de voter se sont inscrits. Le poète ne s’en étonne guère: il faut « apprendre la démocratie ». Aucun dirigeant arabe n’est arrivé au pouvoir par une voix démocratique. Le problème que devra résoudre l’assemblée constituante qui sera élue est le choix du régime: présidentiel, parlementaire ou mixte ? 100 partis se sont déclarés et tous ont accepté la parité homme-femme. Le pays respire, les tunisiens n’ont plus peur. La seule tension est dû à la présence de partis religieux. Cette expérience de la démocratie ne doit pas échouer pour la région et pour le reste du monde  » A ce dernier  d’être attentif ». Et le poète va plus loin: la constitution va poser la question de l’identité tunisienne. Débat intellectuel mais depuis longtemps poètes, écrivains, scientifiques y réfléchissent. La Tunisie doit réussir ce saut dans la démocratie ancrée dans les valeurs fondamentales de l’humain. Les rapports doivent changer en passant par une moralisation générale de la vie publique. Fini le mépris affiché par des européens, les tunisiens réclament reconnaissance, respect, relation fraternelle à égalité.
Egypte, Syrie, Lybie, le rôle joué par la France, par la Chine et la Russie, l’intellectuel tunisien n’écarte aucun sujet. Vendredi il vient parler de poésie et du rôle du poète, celui qui montre le beau, qui fait rêver et qui affirme que chacun doit jouir de sa liberté, goûter pleinement du spectacle que lui offre la nature…Il présentera son dernier ouvrage, « Je te nomme Tunisie », poème fleuve en 23 sections pour 23 années de dictature paru aux éditions Al Manar et illustré par un peintre syrien, Lawand. Cet ouvrage écrit en partie à Clohars est beau comme un bouquet de jasmin….

Christine Raoul

Cultures Sud
septembre 2011

«Dis vieux désert
Combien de dunes résistantes à l’ossature
Dois-tu remuer
Pour libérer la tempête de son dû
Combien d’années dois-tu nourrir
Pour alléger la rose de sable
De son silence de verre»
Tahar Bekri est l’un des grands noms de la poésie maghrébine…

À ce titre, Tahar Bekri figure en bonne place dans l’anthologie parue récemment aux éditions Gallimard : Les Poètes de la Méditérannée. Le dernier recueil de Tahar Bekri : Je te nomme Tunisie publié aux éditions Al Manar est un texte passionnant qui interroge à la fois les soubresauts révolutionnaires qui ont agité la Tunisie ces derniers mois, et creuse son soubassement ancestral, pour appréhender la réalité profonde des événements.

Dans cette entreprise ambitieuse qui consiste à faire émerger un peuple et une terre par l’écriture, Tahar Bekri sait que chaque mot compte, que donner libre cours à l’impétuosité du verbe ne doit pas signifier l’éparpillement de la langue dans un tourbillon de sens et de signes morcelés, coupés d’eux-mêmes. La langue du poète tunisien se situe dans un lyrisme maîtrisé qui ne se départit jamais d’une certaine noblesse de ton, fuyant toute trivialité.

« Les flûtes te disant ma transhumance
Jamais estompée de la fêlure
Peu importe si la meule
Écrase les noyaux
Sans saisir qu’ils furent des bourgeons »

Les premières pages du livre sont une archéologie sensible de la terre tunisienne, cette terre que l’auteur connaît intimement, dont il sait les plis et les strates et dont il révèle avec pudeur les arcanes secrètes.

« Et tu m’habites terre
Archet sur la joue du violon
Dans le hennissement de la mer »

L’écriture de Tahar Bekri n’a rien d’austère, des images flamboyantes irradient les pages. Parfois le poème prend des tournures surréalistes, mais avec toujours cette volonté de l’auteur de ne pas trahir sa pensée par un fracas sémantique purement ornemental.

« Que d’oreilles à l’écoute des présages
Dans l’attente des ovnis
L’enfer des promesses couvant le paradis
Est-ce le sommeil qui perdait sommeil
Ou mes paupières en éveil
Confondaient tourterelles et cœurs rajeunis »

Loin de toute affectation, le style de Tahar Behkri semble puiser dans une tradition littéraire, celle de Lorca et de Darwich, où le poème comme une rose tranchante, peut dire la souffrance et la détresse sans renier la beauté ni le souffle du mythe. Ce qui rapproche encore Bekri de Lorca c’est ce profond attachement à la nature, appréhendée comme une vibration sensorielle ; ainsi les fleurs, les arbres, les plantes, foisonnent dans le texte et composent une harmonie odorante et chromatique.

« Grenadier ou orangers en fleurs
Pour t’offrir tous mes fruits
Mais est-ce avec les grondements du tonnerre
Que naissent les vergers »

C’est au fil du recueil, subtilement, que l’auteur aborde les événements récents, rappelle l’oppression, les morts tombés pour la liberté et l’espoir immense qui se lève au cœur de tout un peuple.

« Ils tirèrent à balles réelles
Sur ceux qui enterraient leurs morts
Les corps ensevelis sous les corps
Les gisants alliés aux vivants »

Le poète alors se met en marche aux côtés de ceux qui luttent et sa langue se fait l’écho des embrasements et des cris :

« Ces mille pas battus au rythme de l’hiver
Sidi Bouzid Thala Siliana et Kasserine
Fallait-il marcher encore et encore
Marcher sur l’ombre violente »

Tahar Bekri se garde bien de marteler des slogans, de sonner le buccin de l’hallali vindicatif. « Je te nomme Tunisie » est avant tout un état des lieux, celui d’un pays désormais libre dont le courage a inspiré d’autres processus d’émancipation.
Ce recueil est d’une haute facture et confirme la singularité de l’œuvre de Tahar Bekri dans le paysage littéraire francophone. Les dessins à l’encre noire qui illustrent le recueil sont le travail de l’artiste syrien Lawand ; ces estampes, à la frontière de l’abstraction, habitées par une présence presque organique, figurent des paysages raturés, des ombres lacérées, des villes en proie à l’incendie, dans un noir et blanc subtil, atteignant l’équilibre entre tension et sérénité.
Les éditions Al Manar sont connues pour l’exigence de leurs publications, le nouveau livre de Tahar Bekri ne déroge pas à la règle, le papier, la reliure et l’encrage sont remarquables. Porté par un souffle puissant, célébrant le destin d’un peuple émancipé, Je te nomme Tunisie est un chant d’amour majeur.

« Dis au soleil

Paraphe nos désirs de pleine lune
Cyprès figuiers de barbarie et alfa
Pour tanner nos visages
Nulle peur ne se terre
Mais la torche neuve et résolue »

Julien Delmaire

Dazibaoueb : « Je te nomme Tunisie » ou la résurrection d’un rêve
par Fethi GHARBI 23/09/2011 14:28:08

 » Je te nomme Tunisie* « … C’est en ces termes que le poète s’adresse à la belle au bois dormant qui vient juste d’entrouvrir les yeux après un long , un si long sommeil. Ressuscitée, elle ramène avec elle le poète à la vie, lui dont le verbe ne se conjuguait qu’à l’imparfait. Fait rare, car lire Tahar Bekri c’est d’habitude s’engager dans une marche à rebours déconcertante. Un exercice d’autant plus dangereux qu’on risque à tout moment de perdre pied et de basculer dans les abysses de la mémoire enchanteresse, de succomber aux chants ensorcelant de ses sirènes. Mais voila que moi aussi, peut-être par pur mimétisme, cédant au charme de mes souvenances, je pars à l’aventure. C’était au tout début des années soixante dix, une des périodes les plus marquante intellectuellement de la Tunisie post-coloniale. Du haut de nos vingt ans, nous croyions tous ou presque tous pouvoir changer le monde. Je me souviens comme si c’était d’hier de la faculté de lettres de Tunis et de tous ces textes de Marx et d’Engels, de Louis Althusser ou encore le « Dieu caché » de Lucien Goldmann que nombre d’entre nous apprenaient par coeur. Je me souviens aussi de la manière dont étaient chahutés tous ceux qui s’aventuraient à des interprétations psychocritiques ou freudiennes des textes car pour des révolutionnaires qui se respectent seule la sociocritique marxiste était de rigueur. C’était dans cette ambiance, ô combien riche et effervescente que j’ai connu Tahar Bekri. Malgré son engagement ferme, il me donnait toujours l’impression de survoler nos emportements. Sa sérénité annonçait déjà cette vocation d’exilé. Il n’avait pas, si on peut l’exprimer ainsi, cette arrogance du sédentaire, cette agressivité du propriétaire. En 1976, il parvenait à quitter la Tunisie après avoir été malmené par le pouvoir en place. On se rencontrait souvent à Paris III. Son statut de réfugié politique mettra en adéquation l’homme et le poète car un poète ne peut être qu’un exilé, un gitan en quête perpétuelle d’espace capable de contenir ses rêves surdimensionnés. L’exil, d’obstacle se fera adjuvant et permettra au poète d’inventer, de réinventer de mille et mille couleurs, de mille et mille senteurs sa terre bien-aimée. Cette richesse intérieure acquise par l’exil d’un Oriental profondément ancré dans l’Occident demeure cependant fortement enracinée dans les traditions et la culture de sa terre natale. La langue française, univers de cette ambivalence, sera pour le poète à la fois son île de naufragé et sa geôle d’exilé. Tahar Bekri s’est toujours voulu fidèle à cet Orient de beauté, fait de sources, de végétaux, de senteurs et de lumière. Il est perpétuellement partant en quête de l’impossible magie, comme pour nous convaincre qu’avant, bien avant la création de l’enfer, le paradis était sa Tunisie.

Dans ce dernier recueil, » Je te nomme Tunisie  » le poète tente de se démarquer du culte du paradis perdu même si les premiers poèmes restent fidèles à cette démarche rétrospective. C’est la fin du recueil qui prend une allure plutôt narrative
et prospective. L’immolation par le feu de Bou Azizi semble constituer cette ligne de démarcation qui tranche entre
le contemplatif et l’éveil. Le réveil de la Tunisie révoltée se voulant renaissance met fin à l’exil du poète et le rend à la réalité d’un ici-maintenant au comble de l’exaltation.

Le premier poème s’ouvre sur une quête où par delà le temps et par delà l’espace, le poète exilé perçoit l’appel lointain de la voix aimée, un appel essoufflé, brisé par tant d’obstacles, secoué par le flux et le reflux incessants et insensés où on voit s’équilibrer les antinomies et où s’installe la parfaite immobilité de l’alternance :

J’entendais ta voix au lever du jour
Comme une aube écarlate
Accouchée dans les ténèbres
Le retour des années
Sur elles-mêmes
Berçant le flux et le reflux
Au bord de la mer
Pleine et vide

Un appel à peine audible, ballotté par les vents contraires tel une planche de salut emportée par les vagues en furie. Pourtant la voix vivifiante de la terre natale étranglée par le roulis du temps qui coule parvenait tant bien que mal à maintenir le naufragé en surface :

Et captais ta lumière
Mille fois perdue dans la distance
Mille fois retrouvée

Ton appel me sauvait des naufrages

Mais le mirage reste insaisissable, le poète semble être pris dans les sables mouvants d’un désert infranchissable. Il ne fait que s’enliser

L’érosion emportant mes sources
Vers la vase où s’enlisait la nostalgie

Cette quête désespérée qui n’aboutira nulle part se fait subtilement piéger par le jeu de la mémoire et de l’imaginaire. La terre aimée est recréée au travers du végétal et du minéral qui plus que l’éphémère et fragile humanité semblent mieux tenir tête aux vicissitudes du temps. La pierre, la fleur et l’arbre en parfaits complices s’allient pour signifier l’identité indélébile et appeler à la résistance.

J’emportais tes stèles
De hautes pierres
Dans la vastitude des vallées
Où le coquelicot a élu domicile
S’alliant aux meilleures prairies
Les colonnes debout en dépit des tyrannies
Tous ces conquérants réduits en ruines
L’eucalyptus témoin des défis

les oiseaux, êtres de sons et de couleurs viennent peupler de leur coté cet univers onirique…et se font métaphores ou métonymies

Est-ce le sommeil qui perdait sommeil
Ou mes paupières en éveil
Confondaient tourterelles et coeurs rajeunis

Cet élan romantique qui a toujours caractérisé la poésie de Bekri où temps et distance s’associent pour faire obstacle à toute velleité de retour refoulant ainsi le poète vers l’onirique…cet élan s’arrête net. Une révolte des laissés pour compte fleurit au pays du cactus et sonne l’éveil. Paysans, citadins, chômeurs, intellectuels et poètes se donnent rendez-vous au même instant, moment de pure harmonie, moment éphémère…Et on ne sait plus laquelle des deux s’est identifiée à l’autre : la réalité ou la poésie.


Fallait-il marcher encore et encore
Marcher sur l’ombre violente
Et dédier aux steppes ces chants
Nourris à plein gosier de la douleur
Dans le cri des rouges-gorges
S’élevait ta promesse de braise
Les douilles tombaient indignes
Voleuses de souffles et de vies

La magie de la révolte qui pour un instant infini a su réinventer les hommes, voilà qu’elle est étouffée par le brouhaha de tous ces corbeaux de mauvaise augure. Toutes ces voix émouvantes, étincelantes de la Kasba se sont tues peut-être à jamais. Mais le poète, ce prince des nuées, de nouveau exilé sur le sol inhospitalier préfère reprendre son envol pour chanter et rechanter l’espoir :

Je t’aime
Dans les lueurs étincelantes
Dans l’envolée des rayons comme des rubis
Dis au soleil
Libère la lumière
L’éclipse est sœur des potentats

Fethi GHARBI

* Tahar Bekri,  » Je te nomme Tunisie  » éd. Al Manar 2011

Tahar Bekri en région lyonnaise :

Gabès, après la Révolution :

http://www.lindigo-mag.com/A-l-ecoute-du-Monde-Octobre-a-Djerba-apres-la-Revolution_a96.html

Une interview à Algérie News, 19/01/12 :

Lisez l’entretien de Tahar Bekri recueilli par « Ach Charq al Awsat » :

http://www.aawsat.com//details.asp?section=19&issueno=12199&article=673824&feature=1


Christian Désagulier, CCP n° 23, mars 2012

La Tunisie, pays qu’il a dû quitter il y a de nombreuses années, n’est jamais sortie des pensées de Tahar Bekri, poète tunisien vivant en France après avoir connu la prison de Bordj Erroumi. De l’aube jusqu’à « la brûlure des soirs », avec les merles et les oiseaux migrateurs, en écoutant Haendel ou Bach, la Tunisie toujours parvenait à l’oreille du poète. Au passé cependant, à l’imparfait des verbes qu’il accumulait pour ne pas oublier. Et puis, d’un coup, ce fut le présent du « vieux désert », ce seul présent qui permet de nommer et qui fait écrire enfin « je t’aime ».

Marc Verhaverbeke
http://ecrireiciaussi.canalblog.com/

Caractéristiques

exemplaire

courant, de tête

isbn

2-978-2-36426-001-6

parution

Auteur

BEKRI Tahar

Artiste

LAWAND

Collection

Poésie