Je n’ai d’autre désir

A partir de 16


Recueil de poèmes de Bernard Perroy,
accompagnés de dessins par Rachid Koraïchi.

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Description

Bernard Perroy : « Je n’ai d’autre désir »

« Tout vrai regard / est une parole sûre », cette merveilleuse affirmation, on la trouve dans « Je n’ai d’autre dési r », recueil illustré d’encres de Rachid Koraïchi paru chez Al Manar en mars 2017 (62 pages. 16 euros).

Le titre inspiré de Thérèse de Lisieux fait référence au divin partout présent dans ces pages. J’avoue ne pas être concerné par cette dimension religieuse, mais au-delà de cet aspect, on rencontre dans ces poèmes « ce besoin d’autre chose qui suinte par tous les pores de notre vie », cette « main tendue » qui est aussi celle de la fraternité et de l’amour.

La « boussole / d’une espérance au-delà / de toute espérance » parlera au croyant, mais l’agnostique ou l’athée trouvera tout autant sa pâture dans la poésie lumineuse de Bernard Perroy, qui affirme de son dieu qu’il le « trouve / toujours par surprise / dans la rencontre des / êtres et des choses / les plus familiers ».

Pour ma part, j’aime « ce cœur mendiant » jamais rassasié, qui s’invente ces beaux sentiers poétiques vers l’autre, les autres, « vers le feu du dedans / vers le lieu imprévisible de l’amour ».


Je n’ai d’autre désir, Bernard Perroy,
par Marie-Hélène Prouteau

D’où vient que ce recueil Je n’ai d’autre désir du poète Bernard Perroy et du peintre algérien Rachid Koraïchi me donne l’impression de me trouver sous la voûte de plein cintre d’une église romane ? Tout y est simple et épuré comme l’arc de pierre qui s’élève à la verticale au-dessus des turbulences et des tollés du monde.

Ces vers et ces encres de Chine, on les goûte non comme de la pâte de papier noircie de mots et de dessins mais comme un choral de Jean-Sébastien Bach qui s’élève sous cette voûte à travers les épaisseurs du temps. Plénitude et lumière de ces mots. Simplicité des motifs géométriques, en particulier les palmes et les croissants. « Nuit de palmes, encore ».

Il y a celui qui dessine, il y a celui qui écrit. À chaque page, un double chemin de signes. Pour une même expérience spirituelle, mystique peut-être. Trois parties, qu’accompagnent sur le seuil les citations de Salah Stétié, André Chédid, Thérèse de Lisieux. En ces poèmes de deux à quatre vers, nous cheminons depuis la nuit vers le jour. Dans la nuit où se joue « un besoin d’autre chose », ce sera le sentiment d’une présence, divine peut-être, comme le laisse à penser la majuscule parfois de mise.

Il est question ici de larmes, de soupirs, de drames, de décombres, de monde en bataille. L’ambivalence, l’incomplétude de toute vie sont là, le monde n’est pas effacé, ni ses douleurs. Mais le bruit discontinu de la vie nous arrive, feutré dans une grande resserre de silence. La rencontre de l’autre, geste, regard, sourire a été décisive. Au terme du recueil, l’espace se dilate, s’élargissant :

« aux exilés de tous les bords
Une mer pour des pays en guerre »

La lucidité est de mise : « Je sais comment le vertige paralyse et nous plonge en abyme de nuit ».

Mais, malgré tout ce qui entrave, une force intérieure est à l’œuvre. Le moment se fait revigorant, tourné vers un élan qui nous dépasse.

« quelque part,
on ne sait trop comment,
une lampe ne peut mourir, 
ce quelque chose en nous »

Il importe que « ce quelque chose en nous » reste innommé – est-ce Dieu, est-ce le sentiment océanique ou le principe espérance ? C’est peut-être dans ce qui reste en creux, en absence que chaque lecteur peut lui donner sens. Comme sous une antique voûte où vibre infiniment la voix de Jean-Sébastien Bach.

Marie-Hélène Prouteau

(Terre à ciel)


Jean-Luc Maxence  dans le numéro 28 des Cahiers du Sens, année 2018 :

« Bernard Perroy est l’un de nos poètes  »mystiques » les plus forts et doux tout à la fois. Ces poèmes en général brefs et illustrés par Rachid Koraïchi, peintre célébré dans le monde arabe, caractérisent le « vrai regard » et la « parole sûre » d’un auteur exceptionnel et trop modeste dans le microcosme ! comment demeurer insensible en captant un cri comme « Le jour immense / devant lequel s’agenouiller / pour que chacun de nos instants / devienne toute notre vie » ? A quand un numéro spécial dans la docte revue NUNC sur Bernard Perroy ? Ce serait un pari magnifique. »


* BERNARD PERROY : « POÉSIE BIEN REÇUE ! » par Patrick Lannes

– À QUEL TITRE ?

LE TITRE de ce recueil est emprunté à une sainte : « Je n’ai d’autre désir que de t’appartenir », Thérèse de Lisieux, poèmes (page 41). Or Bernard Perroy (né à Nantes en 1960), à ce jour en Sologne, est frère consacré soit : un laïc qui dédie sa vie à Dieu dans le célibat et fait vœu de : pauvreté, chasteté et obéissance. Et ce choix – ancien – de vie associé à une sensibilité poétique se révèle à l’écrit un engagement où la face du Ciel est désirée sur le socle d’un accueil et d’une quête constants de l’amour.

L’auteur fait d’emblée ce premier pas vers nous :

« à Rachid,
à tous les visages,
à tous mes amis,
au Visage infini de l’Ami »

– UNE COLLABORATION

Le plasticien RACHID KORAÏCHI (né en 1947 à Aïn Beida en Algérie) collabore avec le poète pour la quatrième fois – ce n’est pas rien ! Ses encres publiées en regard créent entre les deux arts : une entente délicieuse. Nulle application à figurer à gros traits démonstratifs ce que le poème évoque. Rachid Koraïchi qui pratique aisément la forme géométrique (carré, rectangle, triangle, rond…) a choisi de rendre cette proximité vivante.

L’espace dans le lequel évolue le dessin, qu’il soit délimité par un cadre ou plus rarement laissé ouvert, se remplit de cœurs, de tresses, de formes fuselées… desquels jaillit une sorte d’ingénuité graphique qui suggère à merveille un aspect du poème sans jamais l’étouffer.

– DE L’OBSCUR À UNE MÉDIATION

Bernard Perroy inaugure ses deux premières parties avec deux exergues émanant de représentants auxquels il tient dans son Orient littéraire : Salah STÉTIÉ (I) et Andrée CHÉDID (II).

L’obscur pour cette sensibilité dans l’attente d’un signe du divin est un entre-deux :

« Nuit du proche
et du lointain,

quand le matin approche
et que l’on ose

ouvrir ses lèvres
pour un premier sourire. »

(extrait de la partie I : « NUIT DU PROCHE ET DU LOINTAIN »)

« Nuit du vent chaud
sur nos tempes,

nuit douce
et pourtant

elle enfante
l’inquiétude première

de tous les hommes
à laquelle je joins

mon cri. »

(Idem)

« Nuit d’arômes
remplissant le vide

et cette attente de Toi
dont mon cœur m’avertit… »

(Idem)

Ce poète et frère consacré qui cherche avec cette qualité d’humilité et sans découragement définitif : Ton Amour, progresse par la médiation des êtres :

« J’ai crié dans la nuit

et je crie dans le creux du jour
tout mon désir de Toi

que je trouve toujours

par surprise

dans la rencontre des
êtres er des choses
les plus familiers. »

(extrait de la partie II : « MON AMOUR A GRANDI »)

– UN ÉLAN

C’est un élan très pur vers l’autre, les autre et vers Lui, qui vivifie les vers animés de clarté et de délicatesse, de ce poète aux recueils déjà si bien reçus dans l’attention et l’amitié de bien des lecteurs et lectrices :

« aux exilés de tous les bords

Une mer pour des pays en guerre,
une mer sans âge
et dépassant tous les âges,

une mer pour nos regards
éperdus de bonheur et de paix.

Une mer s’invente aussi en nous
comme si c’était la patrie du silence,
même au coeur des tempêtes,

Une mer dont les immenses bras
Berceraient nos petits cœurs d’enfants. »

« Je sais comment le vertige
paralyse et nous plonge
en abyme de nuit,
ou de jours sans festin.

Je sais l’absence
et toutes ses gourmandises
et ses guirlandes ensorcelantes,

mais les falaises peuvent s’écrouler
comme se fanent les fleurs,
se creusent les rides,
s’affaissent les corps avant de s’éclipser,

quelque part,
on ne sait trop comment,
une lampe ne peut mourir,
ce quelques chose en nous,

ce simple mot,
ce simple nom
qui nous porte
pour toujours

vers le soleil,
vers le feu du dedans,
vers le lieu imprévisible de l’amour… »

(extraits de la partie III – qui clôt le recueil : « NOS PETITS CŒURS D’ENFANTS »)


 

Caractéristiques

exemplaire

courant, de tête

isbn

978-2-36426-086-3

Auteur

PERROY Bernard

Artiste

KORAÏCHI Rachid

Collection

Poésie