Contes soufis

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Un recueil de contes soufis de la tradition populaire maghrébine, pleins de saveur et d’humanité, qui sauront faire lever, comme une pluie fertile, tendresse, amitié, partage et respect.

Description

Il serait paradoxal de parler du conte alors que c’est le conte qui, selon sa propre exigence, peint le mieux ce qu’est le monde. Cependant, comment décrire cette somme de sagesses universelles, sans se heurter à ce paradoxe ? Sans doute en esquivant la réponse et en écoutant le cheikh du conte Sidna Aïssa et Ibliss qui, pour illustrer son propos, choisit une parabole capable de traduire l’orgueil, la jalousie, la tyrannie, la ruse… ; en écoutant le chacal qui comprit mieux que l’homme, le sens du destin dans le conte L’homme parti rencontrer Dieu ; ou encore en accordant sa confiance à Niya, la candide, dans l’histoire Niya et Hila, la Candide et la Perfide, qui, au-delà de toutes les ruses et les trahisons qu’elle subit, sait voir et redonner la vue.

(…) Chaque histoire est une poésie du cœur et ne souhaite qu’emprunter la voie de la fibre humaine, faible ou forte, croyante ou agnostique. Merci à Nora Aceval pour cette pluie fertile qui, nous l’espérons, fera germer tendresse, amitié, partage et respect.

Adam Mustapha CHAÏB

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Contes soufis de la tradition populaire, Nora Aceval, préface de Adam Mustapha Chaïb, soufi de la tariqa Sidi Ahmed Ben Mostefa Al-Alaoui, collection Contes et Récits du Maghreb, Editions Al Manar, 2020, 143 p.

 

Les contes traversent cultures et civilisations du monde, hier et aujourd’hui. Il est assez rare de lire des contes soufis du Maghreb. L’initiative de les chercher, les rassembler, les transcrire et les éditer est à saluer parce que chacun et chacune sait qu’ils recèlent des trésors et des enseignements précieux emplis de sagesse.

S’agissant des contes soufis c’est autre chose : en effet, dans la culture musulmane et à plus forte raison dans le Coran, il y a deux niveaux d’approche : ce que l’on voit zâhir, l’exotérique – le monde de premier niveau appréhendé par tout un chacun, celui des apparences – et a contrario ce que l’on ne voit pas, caché, intérieur, c’est l’ésotérique ou lebâtin.

 

© Farid Belkahia, peinture sur peau 

 

Cependant, on ne naît pas soufi, il faut le vouloir. Pour avancer dans l’initiation soufie, cela requiert d’entrer la plupart du temps dans une confrérie, une tariqa (pluriel Turuqs) au sens où l’on y enseigne une voie, une ascèse, un cheminement avec un maître qui dispensera un savoir, un enseignement constitué d’étapes et de degrés afin notamment de dompter le nafs ( l‘ego) conduisant à une élévation spirituelle.« Afin que les lumières divines puissent briller dans le cœur de l’homme » dit Al Ghazali.

 

Le professeur Michel Chodliewick s’est très bien exprimé sur ce point : (…) « Bien des orientalistes montrent qu’on peut travailler toute sa vie sur les textes soufis sans jamais les comprendre en profondeur. Ceci est vrai de toute autre tradition mystique. Je pense que si on travaille simplement sur les textes avec un esprit ouvert, on arrive à saisir les concepts mais pas le dawq (saveur).

Selon une image qu’emploient les soufis : lorsque vous décrivez le miel à quelqu’un qui n’en a jamais goûté, vous avez beau user de tous les instruments nécessaires pour vous exprimer, vous n’arriverez jamais à lui faire sentir ce que c’est que le goût du miel ».

En Algérie, les turuqs ont été décimées pendant la colonisation, elles étaient perçues comme des entités de rébellion échappant au contrôle militaire et politique.

Heureusement, il en reste quelques-unes dans l’ouest algérien dont celle de Sidi Ahmed Ben Mostefa Al-Alaoui et la Qadiriya ( Abdelkader El Djilani el Baghadadi ) avec l‘Émir Abdelkader qui s’est fait le plus illustre représentant dans tout le monde arabo-musulman et chrétien.

 

Scènes de la vie quotidienne, rois et vizirs inspiration majeure des contes soufis. 

 

Nora Aceval remercie en exergue de son livre, « les femmes qui ont organisé des veillées où la parole fut libérée», héritières de la tradition du Meddah (conteur de tradition orale) ainsi qu‘en introduction où elle rend hommage à sa mère issue de la grande tribu des Ouled Sidi Khaled, dont l‘ancêtre éponyme fonda un ordre soufi au XIVème siècle ainsi qu‘à d’autres femmes de confréries voisines. Ces femmes des Hauts Plateaux algériens et d’autres régions, berçaient les enfants avant de dormir avec ces histoires afin de les conduire dans un monde merveilleux, initiatique, plein d’enseignements de manifestation du divin. L’imaginaire et la mémoire feront le reste.

 

Le soufisme est une spiritualité nécessaire aujourd’hui comme hier et le restera, il est apparu très tôt avec la naissance de l’islam, il a chevauché plaines et plateaux déserts et oasis, depuis la lointaine Arabie où des hommes se sont rencontrés et ont décidé de le diffuser jusqu’aux confins de l‘Atlantique et même jusqu‘en Chine !

Les contes soufis sont liés à la vie quotidienne, emplis de bon sens, de sagesse, de symboles forts (le roseau, le chiffre trois, animaux et nature doués de parole, lumière et ténèbres…) afin de tendre vers une humanité meilleure, généreuse, dans sa marche vers la quête de la paix intérieure.

 

Un conte devenu proverbe, recueillie auprès d’une femme irakienne «Osta Najar, le maître menuisier, à chaque problème il y a mille solutions, Dieu seul est unique», laisse un goût particulier de l‘indicible dans la symbolique du polissage !

 

Comment ces contes soufis sont-ils arrivés jusqu’en Algérie ? C’est que les Arabes en général et les Algériens en particulier sont d’infatigables marcheurs et voyageurs. Que Pour tout bagage, contes soufis et autres contes, us et coutumes, traditions, mythologie, croyances les accompagnent et constituent un patrimoine à vivifier comme le fait Nora Aceval au cours de son parcours artistique sur scène et par ses écrits.

 

Chacun des 33 contes du livre est sans doute devenu une morale de l‘histoire : ils sont entrés dans l‘imaginaire collectif, se transformant en proverbes transmis de génération en génération.Tout un bestiaire les traverse dont la chèvre, le cheval, le chien, le mulet, la chamelle, l’agneau, le mouton, le serpent, le chacal….mais également les miracles et les changements de situation, les valeurs de la Sadaqa (l’aumône ou l’offrande) laNiya (la candeur ou bonne foi)….Un glossaire est proposé à la fin de l‘ouvrage.

 

Nous remercions Nora Aceval, auteure et conteuse, pour avoir réalisé ce travail remarquable en le rendant accessible avec son éditeur. Dommage que cette collection ne comporte pas d’illustrations originales comme c’est l’habitude du choix éditorial des Editions Al Manar.

 

Djalila Dechache

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Caractéristiques

exemplaire

L'un des 500 ex sur Bouffant de l'édition originale

format / papier

13 x 19, Bouffant édition

isbn

978-2-36426-275-1

nombre de pages

146

parution

,

Auteur

ACEVAL Nora

Artiste

BELKAHIA Farid

Collection

Contes, récits & nouvelles