{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

NABILI

oeuvres , expositions récentes, critique

Nabili a passé les vingt dernières années de sa vie à Ben Slimane, près de Casablanca, où il a installé sa Fondation "Imaginaire de l'enfant". Sa création, ancrant les signes immémoriaux des cultures amérindiennes et amazigh dans le sable des déserts sud-américains et nord-africains, atteint son apogée dans les années 1980/90.
Il disparaît en février 2012, à Ben Slimane. Son œuvre, inégale, atteint dans ses meilleurs moments une intensité exceptionnelle — une élégance dépouillée qui a fait de lui l'un des vrais peintres du Maroc contemporain.

Les oeuvres

Expositions récentes

2000 Galerie des Arts, Tunis ; Galerie Artémis, Tunis ; Galerie Manuelle et Joseph, Porto, Portugal 1999 Musée national, Sofia, Bulgarie 1998 Mémoire de sable, Galerie Al Manar 1997 Institut Goethe, Rabat ; Centre Culturel Français, Meknès ; Une nuit de la peinture, Telemsani, Casablanca ; Intervention avec la chanteuse Sapho, Marrakech ; Hôtel Amphitrite, Skhirat ; Le monde dans un grain de sable, Bibliothèque municipale et Musée des Beaux Arts, Heidelberg (Allemagne) 1996 Galerie Manuel, Aix-en-Provence ; Institut Goethe, Rabat ; Hommage à Mohammed Khaïr-Eddine, Marrakech ; Galerie Horizons, Marseille 1995 Maison de la Culture, Dakhla ; Les Enfants du Maroc / Sahara : mémoire et avenir, Rabat ; Galerie Artisania, Rabat, Galerie Al Manar, Casablanca ; Benal Al Mahaba, Damas (Syrie) ; Galerie Michelle Emiliani, Drôme (France) ; At the Lavern’s Residence : Marseille/Provence - Oakland / California

Critique

Le sable est à l’origine même de la démarche créative chez Nabili. Sables gris, noirs, sables blonds, rugueux ou de grande délicatesse, aux nuances multiples, de différentes origines géographiques, toutes sahariennes : à cet élément immémorial s’allient les signes qui habitent l’œuvre de Nabili, porteurs d’une mémoire oubliée. L’imagination créatrice a chez Nabili cette fantaisie, cette légèreté qui ne s’acquièrent qu’à force de travail — et dans les profondeurs du gouffre. Peintures tatouées de signes énigmatiques, sables peints, peinture de sable… La matière-sable donne à voir et à toucher, à saisir sensuellement le mystère d’un monde qui irradie. Le travail de Nabili, par sa force et sa diversité, son austérité même, emporte la conviction. L’on savait déjà ce peintre porteur d’avenir, dans le panorama artistique contemporain : si bon nombre des talents qui ont occupé au Maroc le devant de la scène aujourd’hui s’effacent, lui est bien là ; et il semble que ce soit pour longtemps.

Alain GORIUS

“Il faudrait avoir une vision plastique des choses. Je pense qu’on peut peindre sans la peinture, en posant simplement un regard sur les choses ou en les constatant. Pour moi, le désert c’est d’abord une philosophie, précisément la philosophie de l’essentiel. Il y a beaucoup de gens qui ne supportent pas le désert, parce qu’ils ont du mal à s’habituer à ce silence qui hurle, parce que justement l’essentiel se trouve là.
En fait, mon travail n’est qu’une petite fenêtre sur le désert. J’ai répondu à un appel et je suis allé sans destination promise. J’ai emmené avec moi un bout de tissu sensé être la toile et quelques crayons de couleur, mais je n’arrivais pas à travailler. Un jour, des petites filles sont venues me voir, je leur ai tendu des crayons de couleur et nous avons travaillé ensemble, sans parler.”

Propos recueillis par Amadou GAYE

A propos de Nabili

“Pour décrire des sentiments forts, les mots manquent ou paraissent vides de sens. La vie, la mort, le bonheur, la tristesse, n’ont pas valeur d’explication. Mais Nabili n’a pas besoin d’être expliqué.
Son œuvre repose sur une véritable passion pour l’art et une personnalité unique, qui pénètrent ses peintures. Et s’imposent à nous avec la force de l’évidence. D’où, peut-être, son succès.
Une œuvre d’art ne se crée pas avec les mains. Et l’excitation, l’émotion, la sensibilité, n’ont jamais accéléré la recherche de la perfection. Seul l’esprit est créateur, agissant à une vitesse indubitablement supérieure.
La peinture de Nabili est une quête intellectuelle de la vérité en tant que culture.
Tout peut être mesuré, même l’esprit, mais qui osera mesurer l’œuvre de Nabili ? On peut dire qu’elle confirme que chaque artiste détient sa propre vérité, que le temps ne saurait altérer et, de fait, lui confère davantage de profondeur, de richesse et d’autonomie.
Il me semble que la forte originalité du travail de Nabili relève d’une simplicité complexe : simplicité de la solution, du système, de l’élément vital. Pour Nabili cette simplicité multiforme signifie descendre au tréfonds de son être et le libérer de toutes les incertitudes, pour renaître ensuite en une gerbe de sentiments explosifs, sentiments qu’il nous communique en même temps qu’une partie importante de lui-même.
Je suis extrêmement reconnaissant, et nous devrions tous l’être, de recevoir son art, de recevoir ses sentiments si forts et sa passion. Sans rechercher d’explications.”

Regina KEIL

Meeting NABILI

“Words become very poor when you want to describe strong feelings. Life and death, happiness anu sorrow do not give explanations. Nabili doesn’t need an explanation.
Behind the work of Nabili lies a very strong love to art and a unique personnality which goes into paintings and you feel it ! That may explain his success.
A work of art is not created with the fingers. And excitement, emotion, sensibitity have never accelerated to drive towards perfection. Only the mind is creative, at a speed which is certainly superior.
The paintings of Nabili are a research of the intellect for truth, as a visual culture.
Everything can be measured, even the mind, but who dares to measure the work of Nabili. And we can say that his work shows again that each artist has his own truth, which cannot be changed by years, as truth becomes deeper, richer and more independant as times goes by.
I believe that the strong original strength of Nabili’s work has to do with complex simplicity : the simple solution, the simple system, the simpIe elements in life. For Nabili those simplicities mean to got to the bottom of his life and free it for all uncertainties, rise again with a vulcan of explosive feelings, those feelings he gives us together with an important part of his life.
I am very grateful, we all have to be grateful to receive his art, to receive all his strong feelings and passion. Without explanations.”

Regina KEIL

Eindrücke zu Nabili

“Wörter werden hohl oder ohne Sinn, wenn es darum geht, starken Gefühlen Ausdruck zu verleihen. Leben, Tod, Glück oder Traurigkeit liefern uns keine Erklärungen. Aber Nabili braucht nicht erklärt zu werden.
Sein Werk gründet in seiner Leidenschaft für die Kunst und in seiner einzigartigen Persönlichkeit, die sich ganz in seinen Bildern ausdrückt und sich auf den Betrachter überträgt. Daher vielleicht sein Erfolg.
Ein Kunstwerk macht man nicht mit den Händen. Und Erregung, Emotionen, Empfindsamkeit haben noch nie die Suche nach Vollkommenheit gefördert. Allein der Geist ist kreativ, in einem unzweifelhaft sehr viel schnelleren Tempo.
Nabilis Malerei ist die geistige Suche nach der Wahrheit einer sichtbaren Kultur.
Alles läßt sich messen, selbst der Geist, wer aber würde sich vermessen, Nabilis Werk auszurmessen? Es läßt sich allenfalls sagen, es bestätigt, daß jeder Künstler seine eigene Wahrheit vertritt, an der die Zeit nichts zu ändern vermag, der sie mit den Jahren sogar noch mehr Tiefe, Reichtum und Autonomie verleiht.
Mir scheint, die große Originalität der Arbeiten Nabilis beruht auf dem komplexen Einfachen : der einfachen Lösung, dem einfachen System, den einfachen Elementen des Lebens. Für Nabili bedeutet diese vielförmige Einfachkeit, in die Abgründe seines Wesens hinabzusteigen und es von allen Zweifeln zu befreien, um sodann in einer Garbe explosiver Gefühle wieder aufzusteigen, Gefühle, an denen er uns teilhaben läßt und damit zugleich an einem wichtigen Teil seiner selbst.
Ich bin Nabili außerordentlich dankbar, und wir alle sollten ihm dafür dankbar sein, seine Kunst empfangen zu dürfen, seine so starken Gefühle und seine Leidenschaft, ohne nach irgendeiner Erklärung zu suchen.”

Regina KEIL

“Désert, spiritualité… Ocres d’un côté, bleus de l’autre, pour mieux lire un parcours plutôt abstrait, où les signes empruntés à des cultures différentes (marocaine, andalouse, mais aussi sud-américaine) visent à atteindre l’universel. On y retrouvera des motifs que l’on rencontre ailleurs, chez Miró, Tapiès ou Paul Klee, auquel Nabili se réfère le plus. Cela n’est pas étonnant. L’artiste appartient à la génération la plus jeune de l’art marocain, celle qui s’est frottée à l’art occidental sans pour autant perdre son identité. Son “maître” est Ahmed Cherkaoui (1934-1967) dont l’esthétique est relativement proche, déjà, de Paul Klee. Par rapport à ses contemporains (Kacimi et Bellamine), plus clairement attachés à retrouver l’esprit de la calligraphie ou de l’art musulman, Nabili est davantage un poète de l’espace, du paysage et de la lumière.” Lise OTT
“Œuvre de contemplation qui élève l’esprit, cette peinture est celle d’un mystique. Combien de ses tableaux ne sont-ils pas une méditation picturale des plus belles pages du Prophète de Khalil Gibran.
Or, pour un Nord-Africain, le lieu de la contemplation par excellence, c’est le désert. Aussi n’est-il pas surprenant que le désert soit aussi intimement lié à l’œuvre de Nabili, qui parvient à l’incorporer physiquement à ses toiles. Il peint en effet sur le sable du Sahara, selon une technique difficile dont il est le créateur et qu’il maîtrise avec virtuosité, par un labeur acharné. La contemplation n’est pas l’oisiveté, et si Nabili peut monter si haut dans la contemplation de l’immatériel, c’est qu’il consacre chaque jour 14 heures à travailler courbé sur ses toiles posées à plat, insensible à la douleur qui lui engourdit l’échine.
Cette technique inédite donne à ses œuvres un relief minéral qui les rattache, par delà les millénaires et les cultures, aux peintures pariétales de Lascaux.”

Christian REGAT

“C’est le regard grave, sensible et insolent de l’enfance que l’œuvre [de Nabili] requiert de nous. On a pu parler d’Abstraction Lyrique à propos de celle-ci, parfois même d’Art brut. Mais ces étiquettes enferment plus qu’elles n’éclairent, et amusent Nabili qui se méfie de toute théorisation. Son art, c’est son œil d’abord et sa main qui caresse, pétrit et transmue la matière. Il ne choisit pas ses matériaux. C’est le hasard et son instinct qui les lui apportent : le sable, matière secrète, si ductile en apparence, si cruelle en fait, tellement saturée de symboles dans les cultures méditerranéennes, et tellement humble et évanescente aussi. Ce sont aussi les épaves rejetées par la mer sur la grève (bois, plumes, ferrailles), belles des cicatrices d’un destin improbable, comme Nabili.”

Gérard LEROY