{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

BRENDA Francesca

expositions personnelles , expositions collectives , critique

Exposition du 22 avril au 14 mai 2005
galerie Les Atlassides (direction artistique A. et C. Gorius)




Sans titre, 160 x 160 cm, 2005

Née d'une famille d'artistes, Francesca Brenda se passionne dès son plus jeune âge pour la peinture, héritage de son père, originaire de Curaçao. De mère française, elle est élevée à Bogota par sa grand-mère colombienne. Dès son adolescence elle prend conscience des violentes contradictions de cette société extrême, et participe aux mouvements destinés à faire évoluer les disparités flagrantes.
Obligée de quitter rapidement le pays, elle se réfugie au Costa-Rica, voyage en Amérique centrale, en Europe, au Liban, au Maroc, en Egypte, et à Hong-Kong.
Elle s'imprègne des couleurs chatoyantes ou contrastées mais surtout du choc des cultures et des peuples, des conflits violents ou latents, de la douleur ou des joies intenses. Qui mieux qu'un regard souligné par la violence d'un trait ou le choc d'une couleur peut mieux exprimer à la fois l'espoir, la haine, l'amour, la joie, le machisme ou l'attente de l'autre ? Parfois même certains de ces personnages entrent ou sortent de la toile comme un clin d'œil à les suivre, comme une invite.
Aujourd'hui installée à Paris, elle nous offre une peinture de l'instant. Ces regards intenses révélés par un trait vif, presque tranchant. Ces visages nous interpellent, nous regardent aussi. Sont-ils espiègles, rieurs, jaloux, amoureux, ambigus… ? Déstructurés, ils nous surprennent autant qu'ils nous ravissent. Et c'est emportés par l'amplitude de son geste que nous arrivons aux portes de l'abstraction.


sans titre, 120 x 120 cm, 2005

Francesca a un rapport charnel avec la toile blanche de son futur tableau. Elle la prépare longuement, à l'ancienne, la tend sur le châssis, passe plusieurs couches de colle de peau de lapin et la blanchit tout en étant attentive à laisser apparaître la trame du tissu, qui doit faire partie de l'ensemble. Ce travail dure deux à trois jours entre séchages et nouvelles couches. Ensuite la toile blanche la fascine longtemps avant qu'elle ne commence à peindre. Elle semble faire le vide, rassembler ses forces et ses émotions avant de se lancer dans l'aventure de la création.
Puis la toile, tendue sur son châssis, est posée à plat sur le sol, et le travail commence. Accroupie devant ou tournant autour de la surface vide, le geste est rapide, parfois violent ou doux, rond ou pointu. La danse s'apaise. Un long moment se passe à regarder l'esquisse. L'expression qu'elle a voulu jeter sur la toile est-elle assez forte, assez juste ? Elle peaufine. L'alchimie s'est-elle accomplie ? Souvent le premier jet est le plus vrai, le plus sensible… Le temps passe, elle continue à tourner autour. Y a-t-il un mouvement de trop, qui perturbe l'émotion, qui l'affaiblit ? La question peut se poser une heure, une journée, une semaine… si le moindre soupçon d'ennui apparaît, si les personnages ne " parlent " pas assez fort, la toile est détruite. Ils ne sont pas faits pour décorer mais pour habiter la pièce ; et pour cela ils n'ont pas le droit de lasser ceux avec qui ils vivent. Pas question de faire tapisserie ; et ils le disent.


F. Brenda, Paris (photo Ch. Gorius)


Francesca aux Atlassides (photo A. Gorius)