oeuvres
, expositions individuelles , expositions
collectives , bibliographie ,
critique
| Mabi
Binebine est né en 1959 à Marrakech. Il fait
ses études à Paris et y enseigne les mathématiques
pendant huit ans. Parallèlement, il peint. Après quelques
expositions, il s'intéresse à l'écriture et publie
plusieurs romans traduits dans différentes langues. Installé
à New York à partir 1994, il y poursuit sa double carrière
de peintre et d'écrivain. Il se réinstalle à
Paris en 1999, puis à Marrakech en 2002.

Mabi Binebine,
1959 in Marrakech, Marokko, geboren, studierte zunachst Mathematik
in Paris und lehrte dort acht Jahre lang als Lehrbeauftragter. Gleichzeitig
begann er sich intensiv mit der Malerei zu beschäftigen und
hatte auch schon einige Ausstellungen.
Novellenzu schreiben ist seine
andere Leidenschaft. Seine Arbeiten sind inzwischen in vielen Sprachen
übersetzt, seine Bucher in vielen Landern erschienen.
Seit 1994 lebt, malt und schreibt
er in New York.
Seine Werke finden sich in offentlichen
und privaten Sammlungen in der ganzen Welt.
Mahi Binebine
a pour la première fois exposé ses travaux au Maroc
en septembre 2000 (galerie Al Manar, Casablanca). Ce fut un événement
- ce peintre encore jeune, qui avait exposé dans des lieux
prestigieux, et notamment dans certains des plus importants musées
d'art contemporain aux Etats-Unis (il fait partie de la collection
permanente de la Fondation Guggenheim à New-York) était
encore à peu près inconnu, en tant que peintre, du
public marocain qui ne voyait en lui qu'un romancier, qui plus est
francophone et fixé à Paris.
A cela, plusieurs raisons, et d'abord le fait que Binebine, après
des années passées aux Etats-Unis puis en France,
sous contrat avec plusieurs galeries, n'avait en fait jamais eu
l'opportunité d'exposer dans son pays. Mais le désir
de montrer chez lui son travail plastique (ses romans étaient
déjà étudiés dans plusieurs Facultés
des Lettres) était là. Il investit donc les cimaises
de la galerie Al Manar.
Avec Binebine, l'image et la Parole vont de pair. Non tant pour
embellir l'existant - cet oeuvre, qui n'emprunte pas le langage
de la séduction, ne se veut pas décoratif (malgré
l'intensité de ses couleurs) - mais sans doute pour que soient
mieux tenues en main l'angoisse, et la rage, de vivre.
Alain Gorius |
Quelques
oeuvres
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130 x 130 cm, sur bois

40 x 60 cm, sur bois
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40 x 60 cm, sur bois
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130 x 130 cm
130 x 195, cire et pigments sur bois
septembre
2000 : Exposition Galerie Al Manar, Casablanca
L'expo du retour au Maroc 
En noir : Mahi Binebine ; à
sa gauche, Christine Gorius et Farid Zahi

Tallal et Binebine

Kacimi et Binebine

Expo Binebine : Galerie Al Manar,
période verte...
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Bibliographie
Le
sommeil de l'esclave (Stock,
1992, prix Méditerranée Maghreb). Bourse du CNL.
Editeurs étrangers : Droemer knaur (Germany), Le Fennec (Maroc),
Shin Won (Korea). En poche : Editions de l'Aube
Les funérailles du lait (Stock, 1994)
; Droemer Knaur (Allemagne)
L'ombre du Poète (Stock, 1997)
Cannibales (Fayard, 1999) ; Haymon Verlag (Allemagne),
Atlas (Pays-Bas) Granta (Angleterre), Trafalgar (USA), Akal (Espagne,)
Dialog (Pologne,) Le Fennec (Maroc)
Pollens (Fayard, 2001, prix de l'Amitié
franco-arabe), Atlas (Pays-Bas),Le fennec (Maroc)
Terre d'ombre brûlée (Fayard 2004),
Le Fennec (Maroc)
Marrakech dans le souffle du griot (Abada, 2005
), Le Fennec (Maroc)
L'Ecriture au tournant,
d'Abdellatif Laâbi (Al Manar, 2000), illustration M. Binebine. Les
vingt exemplaires du tirage de tête comportent une peinture originale
de Binebine.

L'Ecriture
au tournant : l'un des 20 ex.
de tête (dessin original de Mahi Binebine)
Principales
expositions individuelles (ou avec Galanda)
2005
Fondation Gulbankian Lisbonne ; Musée Archéologique de Silves
(Algarve, Portugal) ; Eglise du XVI Silves, Portugal 2004
Arte Invest Rome ; Festival Arte Mare Bastia (Corse) ; Bellas Artes, Madrid
; Galerie Atalante, Madrid ; Galerie Brigitte Schenk, Köln 2003
Actua, Casablanca (avec Yamou) ; Galerie Bab el kebir Rabat (avec Selfati)
; Galerie AAM, Rome ; Studio Bocchi, Rome ; Fundacione Maturen, Tarazona.
; Galerie Baskoa, Barcelone ; Kunst Köln, Galerie Brigitte Schenk
(Köln) 2002 Galerie Dahiez & Associés,
Zurich ; Galerie Brigitte Schenk, Köln ; Musée de Marrakech
; Société Générale Marocaine de Banques, Casablanca
; Institut Cervantes, Tanger ; Kunst Köln, Galerie Brigitte Schenk
; Ministère de la culture Abu Dhabi 2001 Tinglado
4 Moll de Costa, Taragone ; Palais des congrès, Grasse 2000
Espace Paul Ricard, Paris ; Galerie El Manar, Casablanca 1999
Galerie Stendhal, New York Galerie du Fleuve, Paris ; Galerie Brigitte
Shenk, Köln 1998 Galerie Ott, Düsseldorf Museum
of Contemporary Art, Washington D.C. 1997 Galerie Stendhal,
New York 1989 Contemporary French Art Gallery, New York
1988 Galerie la Découverte, Rabat 1987
Galerie de l'ONMT, Paris
Principales
expositions collectives
2005 "La peau,
la chair, la feuille, la femme", Galerie Les Atlassides, Marrakech
2004 Bab Rouah, Rabat ; Bab El Kebir, Rabat ; Galerie
Les Atlassides, Marrakech 2003 Société
Générale Marocaine de banques, Casablanca ; Musée
de Marrakech ; Galerie Al Manar, Casablanca 2002 Institut
du Monde Arabe ; "Maroc Art contemporain, peinture et livres d'artistes",
Al Manar / De Markten, Bruxelles ; Mairie du IX, Paris 2001
Galerie Brigitte Schenk, Köln ; Borj el Arab, Dubaï ; Espace
Lasri, Paris ; Grabadores Contemporaneos, Contratalia, Tarragone ; Galeria
Acanto, Almeria, Espagne ; Puerto de las artes, Huelva, Espagne ; Centro
de arte Casa Duro, Oviedo, Espagne ; Muséo de la cultura, Oviedo,
Espagne ; Stampa, Madrid 2000 Galerie In, Miami ; Musée
du chateau, Cagne-sur-mer ; Espace Belleville, Paris ; Institut du monde
Arabe ; Moussem Culturel d'Assilah, Maroc ; Kunst Köln 2000, Galerie
Brigitte Schenk ; Art Multiple, Galerie Ott, Düsseldorf ; "Raw",
Galerie Stendhal, New York ; Galerie Brigitte Shenk, Köln ; 1997
"Soirée of the senses", Galerie Stendhal, New York ;
"Grotesque" Galerie Stendhal, New York ; 1992
Salon D'art Plastique Othis 1990 Ville de Montargis,
France 1989 Ville de Saumur, France ; Contemporary French
Art Gallery, New York ; Galerie Arcane, Rabat
1987 Espace Saint Jean, Melun, France
Collections
publiques
Guggenheim Museum, New
York ; Musée de Marrakech ; Fondation Kinda ; Société
Générale Marocaine des banques ; Banque Commerciale du Maroc
; Deutsche Bank
Critique
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122 x 85 cm, cire et pigments
sur bois

60 x 40 cm, sur bois

195 x 130 cm, sur bois
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Lumière
violente
On ne
sait quel destin plane sur les corps en déshérence
peints par Mahi Binebine. Corps d'extrême solitude,
sans identité, ombres désincarnées et
hôtes de la plus belle lumière salvatrice. Dans
un parcours où le mouvement du temps s'abolit, la peinture
délivre un espace figé dans la durée
d'une veille absolue. Les corps flottent, se font face, s'épaulent.
On suit les lignes qui en délimitent les contours.
Leur inclinaison annoncent leur absence. Le corps est reclus,
dans ses limites extrêmes. L'infini de la beauté
annule l'infini de la douleur dans la déclinaison des
bleus, des jaunes et des rouges intenses. Provocation de la
couleur, rupture volontaire conduite jusqu'à un crescendo,
à la fête solaire, celle de l'esprit sur la déliquescence
de la mort refusée. (...)
La dramaturgie [de cette peinture] s'expose dans le masque
qui affiche une identité, un visage, unique, désincarné.
A l'inverse d'une Commedia del Arte où le comédien
cache son visage pour revêtir l'identité d'un
personnage, ici tout s'est déjà joué.
Demeure le visage sans visage, ossature irréductible
d'une terre brûlée, d'une expérience menée
à son terme, de là où il n'y a plus d'illusion.
Pas de séduction, ni d'esthétisme, la vérité
nue comme un résidu, la matière brute, l'effacement
de tout rappel à une physionomie particulière,
à un vrai souvenir. La mémoire a fait le travail
du deuil pour permettre l'affleurement d'une figure primordiale,
contenant de toutes les expressions significatives des émotions
de l'homme. (...) Le point de départ s'éloigne,
la marque demeure et émet les signaux d'une détresse
que seul l'art peut contenir. Mahi Binebine joue sur le souvenir
avec la peinture comme Rebecca Horn avec ses installations.
Il s'agit d'une histoire ancienne, d'un passé/présent
toujours à vif que l'art seul peut à la fois
contenir et sublimer.
La couleur ne cesse de venir sous la main de l'artiste, elle
afflue, s'affine, perd son agressivité, se patine parfois,
la texture grattée, polie, prend l'apparence de vieilles
murailles, peaux défuntes, doucement dorées
par le souvenir. Le peintre exige de lui-même l'affrontement
avec la matiêre et tous les supports, toile, bois, vieilles
portes. Il ne craint pas de lacérer la toile, de détruire
et reconstruire. Les masques de papier mâché
sont durcis jusqu'à prendre la consistance de la terre
cuite ou du bois sec. Grande est la véhémence.
La période bleue, disait Picasso, n'était pas
une question de lumière ou de couleur. C'était
une nécessité intérieure de peindre ainsi.
L'énigme de la vraie peinture réside dans la
lutte du peintre avec lui-même et sa capacité
à nous transmettre les signes de sa prise de conscience.
Alors commence la vie autonome des oeuvres. Celles de Mahi
Binebine nous ramènent aussi bien à notre propre
intériorité qu'aux théâtres cruels,
muets et parfois splendides du réel.
Nicole
de Pontcharra
IMPRESSIONS
D'ATELIER
Des masques
expressifs posés sur des toiles, des couleurs d'une
luminosité magique, voilà ce qui rend les tableaux
de Mahi Binebine attirants et attachants. Mahi Binebine est
un peintre, un poète. Ses tableaux racontent des histoires,
ses histoires peignent des tableaux. Et ce avec une maîtrise
remarquable, bien que sa carrière artistique soit encore
jeune.
Un rêve s'est mué
en aventure initiatrice. Un rêve dans lequel Mabi Binebine
revient sur les lieux de son enfance, une maison au Maroc.
Il décrit ce rêve à un ami espagnol dans
une lettre qu'il n'enverra pas, et qui deviendra, une année
plus tard, la première page du "Sommeil de l'esclave",
son premier roman. Tout a un début. Quelque chose vient
d'éclore, cherche à s'exprimer. Le désir
gardé secret de devenir artiste se réalise.
Ce sont les souvenirs de ses
origines au Maroc, de cette lumière ineffable, de ces
couleurs vives, mêlés aux empreintes du monde
occidental dans lequel il vit maintenant le Vieux monde
avec l'Europe et Paris, le Nouveau monde, avec l'Amérique
et New York , qui constituent la substance de ses romans
et tableaux.
L'écriture l'a amené
à la peinture. L'écriture ne peut pas toujours
tout exprimer. Comment décrire avec des mots les couleurs
de Marrakech, la ville où Mahi Binebine a grandi? Ce
rouge bien singulier dans lequel Marrakech semble s'immerger,
la "couleur officielle de la ville" comme il l'appelle.
Et, à côté de cette couleur de feu, on
trouve le bleu de cobalt qui hante son esprit. Était-ce
celui des "Jardins Majorelle"? Ces jardins sont
vraiment bleus bleus !
Les peintures immatérielles
de Mahi Binebine cherchent à capturer ces phénomènes
de couleurs. Afin d'atteindre une intensité maximale,
I'artiste frotte des pigments d'huile sur les divers matériaux
qu'il incorpore à sa toile. Dans certaines oeuvres,
les visages émergent des
surfaces de couleurs, comme des souvenirs vagues, imprécis,
comme des ombres du passé comme jadis un certain
rêve , qui affleurent et tourmentent la conscience,
et encore plus, comme quelque chose qui s'évade des
limites spatiales et temporelles. Ces visages sont, par une
grande simplicité, réduits à quelques
traits, et dans leur simplicité, presque austérité,
sont d'une éloquence extrême. Cette expression
de mutisme, où se cache un sentiment d'angoisse et
de gêne, nous est familière. Ce sont des bouches
qui ne parlent pas, des yeux qui ne peuvent pas voir. Ce sont
des visages déchirés.
Et c'est cela même qui,
en vérité, constitue le thème de prédilection
de l'artiste. Il ne peint plus des visages mais des masques
grâce auxquels il a renoué avec sa terre d'origine,
I'Afrique. "Les masques", déclare Mahi Binebine,
"représentent l'Afrique. Là-bas, le masque
n'est pas destiné à cacher mais à révéler,
à exposer. Pour moi, il est tout ce que la bouche ne
dit pas." Et ici, le démon que l'on veut peut-être
exorciser s'appelle répression, esclavage. C'est pour
cette raison que l'on retrouve dans de nombreux masques de
l'artiste cette expression de détresse et d'oppression.
Cela aussi fait partie de l'Histoire de l'Afrique.
Le thème des masques est
multiple. Dans la réflexion qu'il porte sur le sujet,
Mahi Binebine essaie d'établir la synthèse des
deux cultures auxquelles il appartient. Ainsi, déclare-t-il,
"j'ai fait de mon mieux pour garder un pied dans l'endroit
où je suis né et l'autre où je vis."
Ce qui signifie aussi pour lui que ce sentiment de chez-soi
partagé entre deux cultures si différentes constitue
une source inépuisable d'inspiration.
Karin Adrian
v. Roques
Historienne d'art |
IMPRESSIONEN IM ATELIER
Ausdrucksstarke
Masken auf Leinwände montiert, Farben von magischer Leuchtkraft
sind das, was Reiz und Faszination der Bilder Mahi Binebines ausmachen.
Mahi Binebine ist Maler, ist Dichter. Seine Bilder erzählen
Geschichten, seine Geschichten malen Bilder. Auf beiden Gebieten
hat er es auf Anhieb zur Meisterschaft gebracht, obwohl sein kunstlerisches
Schaffen noch jung ist.
Ein Traum wird zum Initiationserlebnis.
Ein Traum, in dem Mahi Binebine in das Haus zurückkehrt, in
dem er geboren ist, ein Haus in Marokko. Den Traum schreibt er auf
in einem Brief an einen spanischen Freund. Doch den Brief schickt
er nie ab. Stattdessen wird das Geschriebene die erste Seite zu
seinem ersten Roman "Le sommeil de l'Esclave", "der
Traum des Sklaven". Alles nimmt seinen Anfang. Etwas ist in
ihm aufgebrochen, sucht seinen Ausdruck zu finden. Der heimlich
gehegte Wunsch, Kunstler zu werden, verwirklicht sich.
Es sind die Erinnerungen an seine Wurzeln
in Marockko, an das unbeschreibliche Licht, die gluhenden Farben,
vermischt mit den Eindrücken der okzidentalen Welt der
alten Welt Europa und Paris und der neuen Welt Amerika und New York
in der er jetzt lebt, die sich zu den Sujets sowohl seiner
Romane als auch seiner Bilder formen.
Zum Schreibeb ist das Malen hinzugekommen.
Nicht alles läßt sich schriftstellerisch zum Ausdruck bringen.
Wie sollen auch die Farben Marrakeschs, der Stadt, in der Mahi Binebine
aufgewachsen ist, mit Worten beschrieben werden ? Zum Beispiel dieses
ganz bestimmte Rot, in das Marrakech förmlich eingetaucht zu sein
scheint, der "couleur officielle de la ville" wie Mahi
Binebine sagt. Und neben dieser Feuerfarbe ist es ein kobaltfarbenes
Blau, das die Sinne nie verläßt, das Blau der "Jardins
Majorelle" Marrakech. Dieser Garten ist wirklich blau blau
!
Die ungegenständlichen Bilder
Mahi Binebines suchen diese Farbigkeit zu memorieren. Um die größtmögliche
Farbintensität zu erreichen, reibt der Künstler Farbpigmente
auf die unterschiedlichen Materialien, die er in seine Leinwande
hineinarbeitet und kommt so selbst zu unvergleichlicher Farbigkeit.
Auf anderen Werken tauchen auf den farbigen Flachen der Leinwande
Gesichter auf, die wie schemenhafte Erinnerungen, wie Schatten aus
der Vergangenheit wie einst Mahis Traum und mehr noch,
wie etwas, das über Zeit und Raum hinausgeht, auftauchen und
ins Bewußtsein drängen. Diese Gesichter sind von großer Einfachheit,
auf nur wenige Züge reduziert, und in ihrer Einfachheit, ja
beinahe Strenge, doch von äußerster Beredsamkeit. Ihnen gemeinsam
ist der Ausdruck von Sprachlosigkeit, in der das Gefühl von
Bangigkeit und Eingeengtsein steckt. Da sind Münder, die nicht
sprechen, Augen, die nicht sehen können. Da sind entzweite Gesichter.
Und dies ist das eigentliche Thema
des Künstlers : was er malt, sind keine Gesichter mehr ; es
sind Masken. Mit diesem Sujet ist erneut die Verbindung zu seiner
afrikanischen Heimat gegeben. "Masken", sagt Mabi Binebine,
"stehen für Afrika. Die Maske dort will nicht verstecken,
sie will aufdecken, will zur Schau stellen. Sie ist eng an die Seele
gebunden. Sie ist zugleich Dämon, Tier, das Animalische, das
exorziert werden soll. Für mich ist sie alles, was der Mund
nicht sagt." Und der Dämon, der hier vielleicht ausgetrieben
werden will, heißt Sklaverie. Dafür steht der Ausdruck von
Bedrückung und Bedrangnis in vielen von Mahi Binebines Masken.
Auch das gehört zur Geschichte Afrikas.
Das Thema Masken ist vielschichtig.
In seiner Auseinandersetzung damit, sucht Mahi Binebine darüberhinaus
die Synthese zwischen den unterschiedlichen Kulturen, in denen er
inzwischen Zuhause ist. "Auf diese Weise", sagt der Künstler,
"habe ich wohl auch versucht, einen Fuß dort zu behalten, wo
ich geboren bin, und einen da, wo ich jetzt lebe." Und gleichzeitig
bedeutet für ihn das Zuhausesein in zwei so unterschiedlichen
Kulturen eine unerschöpfliche Quelle der Inspiration.
Karin Adrian
v. Roques
Kunsthistorikerin

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Binebine
: les masques
..'' Au cœur de la peinture de Mahi Binebine
: le corps. Le corps de mémoire, de douleur et de souffrance. Le
corps ligoté, scarifié, qui a enduré humiliations,
blessures et tortures. Le corps lourdement stratifié d'histoires
tragiques...
Mahi Binebine…pour célébrer la jouissance
..Le corps dans toute sa gravité qui se bat
pour son autonomie avec toute la souplesse de sa plasticité, loin
de toute conformité aux lois de l'anatomie. Le corps qui lutte
contre l'exiguïté du cadre, se contorsionne, se rétrécit
et s'allonge dans un combat sans fin. Le corps qui aspire à se
libérer des confins du tableau. Le corps sillonné de réseaux
graphiques qui cherche à s'arracher à la matière
chaotique et l'indistinction chromatique. Mais derrière cette peinture
qui montre la douleur de l'homme au destin tragique, c'est certainement
l'intensité de l'amour de la vie que l'artiste cherche à
exalter. En fin de compte Mahi Binebine ne semble œuvrer qu'à
dissiper les nœuds conflictuels qui nous gouvernent foncièrement
pour mieux émanciper notre vision sur nous-mêmes, ouvrir
à notre conscience les chemins de paix, offrir à notre corps,
jouissance et bonheur. C'est ce que dit si bien Nicole de Pontcharra :
"Sans doute l'aptitude au bonheur qui caractérise Mahi Binebine
dans sa vie est-elle le fruit d'une expérience intime de la nuit
de l'âme. La série des toiles-sculptures intervient comme
un lamento silencieux en contrepoint d'un chant glorifiant la vie".
Ainsi, quand bien même il ne présente dans ses œuvres
que des figures emblématiques de la souffrance, des corps systématiquement
tordus avec l'accent mis sur le visage toujours littéralement en
relief (siège par
excellence de toute expression), la visée fondamentale de Binebine
est de se débarrasser des puissances mortifères, d'échapper
à la chape de malheur pour épouser le bonheur, amener le
corps à s'affirmer et à vivre tout simplement en toute liberté
et en pleine jouissance… »
Mohamed RACHDI
Mahi Binebine has created a unique
body of work that reflects upon his Moroccan heritage. His brown, oblong
masks derive from traditional African ones, but Mahi's are not ceremonial.
They signify oppression, a theme the artist is continually drawn to in
both his artwork and writing. In many instances, his masks are eyeless,
without sockets, devoid of individual identity, while other faces suggest
the idea of oppression more strongly, as they are literally bound by twine
or partially hidden within layers of fabric. Although Mahi Binebine's
work adresses issues outside the mainstream of United States and Europe,
the simplicity of his forme and their strong emotional content speaks
to all cultures.
Lisa DENNISSON
Curator Guggenheim Museum, New York |