{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

SADOUK Abdallah

oeuvres , expositions personnelles , expositions collectives , bibliographie

Abdallah SADOUK vit et travaille à Saint-Ouen, en région parisienne, et à Casablanca. Son frère, Brahim Sadouk, est peintre également.

1967-1970 Ecole Nationale des Beaux Arts, Tétouan, Maroc.
1970-1976 Ecole Nationale des Arts décoratifs, diplôme de décorateur section sculpture. Atelier M.Auricoste, Paris.
1976-1978 Ecole Nationale des Beaux Arts, diplôme d'Arts plastiques, section dessin, atelier de M. Jean-Marie Granier, Paris.
1978-1980 Licence d'Arts plastiques Paris I. Sorbonne, atelier de M. Paul Armand Gete.


A l'aube, aquarelle et encre de Chine, 14 x 19 cm, 1978

Sadouk, à cinquante ans passés (dont trente années de peinture), est reconnu au Maroc pour ce qu’il est : l’un des peintres les plus sincères, et inventifs, de sa génération. Sans doute son installation à Paris, depuis bientôt trente ans, et l’éloignement relatif de la scène artistique marocaine impliqué par cette translation, expliquent-ils pour partie le temps qu’il a fallu pour que s’opère cette reconnaissance — d’autant que ce peintre n’est pas homme à danser du ventre devant les medias.

Une première exposition des travaux de Sadouk à la galerie Al Manar, en 1995, a témoigné de l’ampleur et de la diversité d’une oeuvre alors encore largement méconnue. L’exposition eut un grand retentissement ; le succès était là : le public casablancais découvrait l’un de ces artistes qui, à l’étranger, créent un langage, réinventent des méthodes, des manières, en intégrant les apports divers de leur culture et de celles qui les entourent.

Aujourd’hui Sadouk demeure un paysagiste abstrait ; les références à ce qu’on pourrait appeler un "cubisme impressionniste" sont toujours bien présentes dans ses toiles. Mais sa palette s’est éclairée ; la géométrie de ses compositions s’est aérée. Pas de rupture dans ce travail, mais une évolution lente, une plus grande ouverture au monde. De la rigueur dans la représentation du visible. Un travail obstiné, en profondeur, qui gomme le détail pour dévoiler les lignes de force d’architectures ou de bords de mer baignés de lumière — de cette lumière tout intérieure que l’artiste expatrié porte en lui. Sadouk évolue bien. Certains esprits chagrins voulaient voir en lui un peintre décoratif : ils faisaient fausse route. Sadouk Abdallah est un créateur. Un créateur serein, qui ignore la morosité ambiante ; ses oeuvres, enracinées dans la culture berbère saharienne, sont tournées vers un avenir dont, lumineuses, elles chantent les promesses. Le peintre avance, occupé seulement de son art, modeste comme le sont les vrais artistes : ils savent que leur travail a besoin de temps pour être reçu, et apprécié. Mais pour Sadouk le temps s’accélère. Ses toiles sont à peine accrochées, que déjà elles s’envolent…


A. G.

Quelques oeuvres


Conspiration. acrylique sur papier collé sur bois, 55 x 48 cm, 1995

SADOUK : "Je cède à la juxtaposition des éléments..."

L'espace pictural est représenté par le paysage, c'est une vision transcendée, subjective, d'un monde intérieur. J'ai voulu convertir l'interprétation anecdotique de la lettre arabe qui représentait souvent l'aspect divin du livre sacré, en une ouverture vers d'autres signes ayant leurs propres symboles pour contourner cette tradition religieuse qui nous a été léguée depuis des siècles. Je ne rejette donc aucune forme, lorsque j'opère dans mon champ visuel une nouvelle structuration d'un espace autonome, d'une multitude de visions de tradition et d'héritage ancestral, d'un horizon de couleurs et de signes et des éléments calligraphiques. Je donne au spectateur un moment de méditation dans un espace déjà, peut-être, rêvé.
Je cède à la juxtaposition des éléments. C'est, pour moi, un ensemble d'objets et de choses qui se perpétuent dans l'accumulation. L'horreur du vide exige donc une présence permanente de l'ensemble des éléments, comme la lettre-forme qui se métamorphose à partir de sa propre structure pour prendre une nouvelle signification, devenir une figurine humaine, animale ou autre. Cela exige une action et un mouvement. Avec l'effet gestuel, la lettre offre une grande possibilité de passage d'une structure à l'autre : elle est également, comme le signe, d'une morphologie fort maniable. Autrement dit, elle détermine l'aspect architectonique de l'objet imagé et métaphorique sous forme de lignes verticales, horizontales, droites, courbées etc. La lettre est un élément géométrique et floral d'une forme arabesque par excellence. Sa fonction d'écriture doit, à mon sens, échapper à la fonction calligraphique proprement dite, or la démarche du calligraphe consiste à représenter habilement dans le respect des styles et des écoles. En dehors du côté sacralisant de la lettre arabe, je porte mon intérêt, en tant que peintre, à sa structure qui se modifie pour son autonomie.
Je remplis mes toiles jusqu'à saturation, ensuite j'élimine et je nettoie le support qui devient une espèce de palimpseste chargé de suggestions interminables. Comme le monde est plein d'accumulations qui ne cessent de se reproduire, je ne cesse à mon tour de faire, défaire et refaire. Je ne suis que le témoin du chaos quotidien de mon époque (...).

Abdallah Sadouk
Saint-Ouen, 5 avril 2001


Matinée hivernale, acrylique sur toile, 130 x 97 cm, 1997

 

Abdallah Sadouk... ou comment un paysagiste abstrait échappe aux poncifs du folklore

C'est à Saint-Ouen, banlieue nord de Paris encore prolétaire mais déjà en pleine reconstruction, que s'est installé Abdallah Sadouk. Il vit en France depuis vingt-cinq ans mais n'a pas pour autant coupé les ponts avec le pays qui l'a vu naître : on le rencontre souvent à Casablanca où il passe, d'un voyage à l'autre, une bonne partie de l'année. Dans les allers et retours de ce peintre entre la France et le Maroc qui nourrit de formes et de lumière ses travaux, s'est mise en place une oeuvre originale.

Entré très jeune à l'École des Beaux-Arts de Tétouan, Sadouk suit l'itinéraire de bon nombre des peintres marocains en Europe : l'École des Arts décoratifs, puis les Beaux Arts de Paris, où il complète sa formation académique dans un sentiment d'assez grande liberté : l'atelier de sculpture étant pratiquement vide, il passe tout de suite à l'acte, traite la matière, imagine. Déjà il commence de rassembler les éléments à sa disposition, calligraphie, motifs, thèmes récurrents de la culture marocaine qui l'habitent - pour les réorganiser selon un ordre qui se mettra en place avec les années. Certains disparaissent de son travail, comme la calligraphie dont la mode, dans les années 79, devenait encombrante, ou se transforment pour n'appartenir plus qu'à lui, telles ces lettres qu'il réinvente à partir de l'écriture et mêle aux objets qui l'entourent et qu'il représente, arbres, coins de fenêtré...

A partir de 1979 Sadouk reprend contact, professionnellement s'entend, avec le Maroc, tout en continuant de travailler à Paris ; il rencontre les peintres, et les galeristes, à un moment où les premiers (du moins ceux qui, déjà reconnus, avaient leur propre clientèle) boudaient les seconds. Les galeries commencent donc de s'ouvrir aux jeunes talents ; il y accroche ses toiles, et se démène comme un beau diable pour accéder à la notoriété.

Sadouk a une manière qui n'est qu'à lui, mais dans laquelle il ne se cantonne pas, se refusant à la monnayer indéfiniment, comme tant d'autres. Il avance vers un plus grand dépouillement, aspire à l'épure, à force de travail. "Je remplis mes toiles jusqu'à saturation, et ensuite je balaye, j'élimine. Les structures que je représente, ce sont d'énormes chantiers, ceux d'un monde en pleine mutation, qui avance à une vitesse inimaginable... Je ne suis, dans ma peinture, que le témoin de mon temps."


La ville ocre, acrylique sur toile, 73 x 92 cm, 1998

Mais ces plans qui s'étagent, ces structures architecturales, ces volumes géométriques bariolés de signes primitifs gardent en eux quelque chose d'intemporel. Ruines du futur, les chantiers de Sadouk ont la grandeur ocre des temples de l'ancienne Egypte. Ce monde dont il se veut le témoin éveille une fascination ; le volcan, l'enfer qui explose ont une grandeur dont on ne se détache pas. Dans cet univers où l'homme n'est plus qu'une silhouette minuscule écrasée par l'immensité de sa création, une ouverture, un vide central, une échappatoire sont ménagés : une lumière jaillit, comme un espoir. La structure ne se fait pas seule : l'homme est dépassé par ce qu'il crée, mais ce monde est le sien. L'éclat de la lumière, chez Sadouk, évoque une transcendance : dans ce monde promis à la déchéance subsiste un recours.

Prégnance de la culture berbère ? Chez les Sadouk on parle tachelhit ; dans les compositions de ce peintre-géomètre, pas d'arcades, mais des portes ; pas de courbes : la ligne droite prédomine. Comme dans l'architecture berbère. "Je suis attiré par les formes géométriques, confie le peintre. Je me sens un peu plus Mondrian que Kandinsky. Pourtant la spiritualité de Kandinsky, sa philosophie, me fascinent bien plus. J'aime la liberté chez Kandinsky, la rigueur chez Mondrian. En fait, il me faut les deux. Il y a dans mon travail des références au cubisme, à l'impressionnisme, à l'expressionnisme… Tout cela me tient à coeur, mais je dois balayer devant ma porte, faire un choix… et c'est très difficile. J'avance avec tout cela, en moi, et j'essaye de m'exprimer avec les moyens que je possède."

Sadouk en fait, dans sa peinture comme dans sa vie, a dépassé la sempiternelle question de l'identité. Ayant vécu la moitié de sa vie au Maroc et l'autre en France, il n'aspire plus qu'à peindre, à transmettre un langage qui dépasse les particularismes, les clichés, les lieux (communs). Ouvert à l'art millénaire de l'Islam comme à celui de l'Occident, il creuse son sillon. "Un Marocain peignant à l'occidentale, c'est un peu dérisoire - comme d'ailleurs un Marocain enfermé dans la calligraphie arabe à New York. Lorsque Essayad compose de la musique, c'est de la musique, moderne, pas spécialement marocaine ou européenne. Nous autres peintres, nous devons aussi parvenir à créer notre propre langage, réinventer les méthodes, les manières, en intégrant les apports divers de notre culture et de celles qui nous entourent pour surmonter cette crise de la création patente au Maroc actuellement. Les peintres ont à s'imposer par leur travail, pas avec leur renommée ou leur discours. Nos bons artistes devraient donner un peu plus, pour devenir vraiment les maîtres que beaucoup veulent voir en eux - ce qu'ils ne refusent d'ailleurs pas. Nous sommes tous, sans exception, loin d'être des maîtres. Un grand maître, c'est soixante-dix ans de travail quotidien, et deux ou trois oeuvres par jour. C'est quelqu'un qui invente, théorise, philosophe… pendant soixante-dix ans. Beaucoup de "maîtres" au Maroc ne l'ont pas compris ; ils sont loin du compte. Trop de gens sont surestimés, placés sur un piédestal. Le plus important dans la peinture, ce n'est pas le discours, c'est le travail. Il faut garder son humilité, et travailler. En acceptant la critique."

Aujourd'hui Abdallah Sadouk n'est certes pas un inconnu au Maroc ; son travail y figure dans de nombreuses collections publiques et privées, et l'on a pu y apprécier, récemment encore, sa contribution à l'exposition collective "Fragments d'imaginaire" (Institut français, Casablanca). La dualité entre peintres "résidents" et "expatriés", si forte dans les années 1980, n'est heureusement plus de mise ; cependant Sadouk n'était jusqu'au milieu des années 90 pas encore reconnu chez lui pour ce qu'il est : l'un des peintres les plus inventifs de sa génération. Sans doute son installation à Paris, et l'éloignement relatif de la scène artistique marocaine que cette translation implique, y a-t-elle été pour quelque chose - d'autant que ce peintre n'est guère homme à se donner en spectacle auprès des media.

L'on attendait donc de Sadouk, au Maroc, l'exposition personnelle qui témoignerait de l'ampleur et de la diversité d'une oeuvre rigoureuse. Ce fut chose faite en 1995 : ce peintre de l'émigration marocaine en France, comme l'on dit, a été reconnu par le public casablancais (galerie Al Manar, novembre 95). "Moi je ne suis ni un maître, ni Kandinsky, ni le pape de la peinture ; je pense simplement que les artistes de l'émigration apportent au Maroc quelque chose de neuf et de solide.", nous déclarait l'artiste. Dont acte. Le public a pu juger sur pièces de la nouveauté et de la solidité d'un travail témoignant, à tout le moins, d'exigence, et d'un sens aigu de l'organisation de l'espace dans celui, tout intérieur, de la toile.

La manière de Sadouk a changé, mais il demeure un paysagiste abstrait. Si la géométrie de ses compositions s'est aérée, sa palette reste assourdie. Pas de rupture dans ce travail : une évolution lente vers davantage de dépouillement. Aucune joliesse - mais de la gravité, de la rigueur dans la représentation du monde. Un travail obstiné, en profondeur, qui gomme le détail pour dévoiler les lignes de force des cités ou des rivages qu'il donne à voir. La présence humaine y reste à sa place - infime, à l'échelle du monde. Sadouk n'est pas un peintre décoratif ni, moins encore, folklorique : il est, simplement, avec le sérieux, la force imaginative et la maîtrise de ses moyens que suppose le terme, un peintre.

A. G.


Composiiton 1. Hêtre. 28 x 9,5 x 4 cm. 1995.

Expositions personnelles

1985 Galerie Nadar, Casablanca. 1987 Galerie Hugo, Paris. 1989 Espace 13, Théâtre 13, Paris. 1991 L'espace 17, Bastille, Paris. 1993 "Rabat au pas des siècles et des saisons", Galerie Marsam, Hyatt Regency, Rabat. 1996 Maison de la Sarre, Paris 16e, co-production La Terrasse / Al Manar . 1995,1998, 2002 Galerie Al Manar, Casablanca. 2008 Galerie Venise cadre, Casablanca

Expositions collectives (sélection)

1978 Académie des Beaux-arts, Institut de France, "Présence du dessins", Paris, France. 1979 Galerie Régine Lussan, Paris, France. 1980 Peintures Marocaines, Palais des Congrès, Paris, France. 1981 Festival International de la Peinture, Cagnes-sur-Mer, France. 1982 Vingt peintres du Maghreb à I.C.E.I et la Fondation Post universitaire Internationale, Paris. Grand Palais "Société des Artistes Français", Paris, France. 1985 Valence 85 "Tendances de l'Art Marocain Contemporain", France. 1986 Galerie Nadar "A la rencontre du dessin", Casablanca, Maroc.Young Artists From Europe "International Art Exposition", Jacob Javis, Convention Center, New-York, USA. Foire Internationale de Rennes, France. 1987 3e Salon de l'Estampe, Ville d'Avray : Prix spécial du Jury, France.Galerie "Peinture Fraîche", Paris, France.1988 Galerie Desroches, "Estampes et Peintures", Montréal, Canada. Peintres méditerranéens, Institut du Monde Arabe, Paris, France. 1990 Palais des Congrès, Marrakech, Maroc. 1991 Afrique Emoi "Art Contemporain d'Afrique", Centre André Malraux, Chambéry, France. 1992 "Multiple en Art 93", Château de Saint-Ouen, France. 1993 "Ecriture d'Hier et d'Aujourd'hui", Riad Salam, Casablanca, Maroc. 1994 Artistes Arabes résidant en Franc, Musée d'Art Moderne, Amman, Jordanie. 1995 Casablanca - "Fragments d'Imaginaire", Institut Français de Casablanca, Maroc. Peintres du Maroc, BMCE, Paris, France. 1997 Galerie "Peinture Fraîche", Paris, France. Printemps du Maroc, Bordeaux, France.33e Salon de Saint-Ouen "1er Prix", France. "Actua" Galerie de la BCM, Casablanca, Maroc. Rencontre Inter arabe et méditerranéenne, Rabat, Maroc. 1998 Peintres du Maroc à Busigny et Lille, co-production Art en Cambrésis / Al Manar. Exposition d'Art contemporain Itinéraire 98 ville de Levallois France. 1999 Peintres en partage. Espace des Blancs-manteaux "Le temps du Maroc", Paris. 2000 150 petits formats Galerie Peinture Fraîche Paris France. 2001 Maroc Contemporain " peintures et livres d'artistes " Stapelhuis Dépôt Bruxelles, co-production De Markten / Al Manar.

Bibliographie

Rabat au pas des siècles et des saisons, texte de M. Druon, Editions Marsam, Rabat, 1993.

Pollen, poèmes de Khireddine MOURAD, Editions Al Manar, Neuilly/Seine, 2001 (30 exemplaires du tirage de tête rehaussés d'aquarelles par Sadouk)

Petit Musée portatif, poèmes de Abdellatif LAÂBI illustrés de 18 dessins de Sadouk, Editions Al Manar, Neuilly/Seine, 2002. (Chacun des 18 ex. du tirage de tête est rehaussé de l'un des 18 dessins originaux de Sadouk.)

Un Pays m'est nécessaire, poème manuscrit par Abdellatif LAÂBI et rehaussé d'une aquarelle de Sadouk, 12 exemplaires uniques au format 25 x 75 cm sur Vélin d'Arches, format accordéon, collection "Corps écrit", Editions Al Manar, Neuilly/Seine, 2002.

L'exode. Acrylique / papier marouflé sur toile, 130 x 97 cm, 2002.
Un été chaud. acrylique sur toile, 162 x 114 cm, 2002

SADOUK

(…) On trouve [dans le Sud marocain] une technique proche de la fresque. On n'en finirait pas de donner des exemples de la richesse artistique de la région. La fabrication et la composition des tapis, les Taznaght, les Glaoua offrent au regard de véritables toiles de peinture associant, dans les meilleures réussites, le sens de la couleur (les teintures végétales) et la maîtrise du trait des figures géométriques. Tel est l'horizon où vient s'inscrire le travail d'Abdallah Sadouk, lui-même originaire de Goumassa près de Marrakech. C'est le jeu des plans, des figures géométriques qui donnent naissance à des structures complexes, la couleur, la gradation des nuances à dominante ocre sont soumises à ce jeu générateur dont elles forment et informent la matière. On est là bien proche des conceptions du cubisme. Mais ici la référence à l'architecture, à l'environnement naturel, à tout cet art d'inspiration berbère, est sensible. Les toiles sont à la fois des paysages d'architecture et des architectures de paysages. On notera la verticalité des murs, des colonnes, l'absence de l'arc propre à l'art islamique. Le resserrement de l'espace entre des pans de murs, dans certaines toiles, assure à la fois une dimension de profondeur, atténuant la lumière, ménageant la pénombre pour créer une ambiance bien intérieure. Ce qui achève et signe le rattachement à une origine, c'est le déploiement la migration sur les murs, les colonnes, des figures de la symbolique berbère saharienne : losanges, traits, courbes, s'associant avec la lettre de la calligraphie arabe. Chaque peintre, chaque artiste en général, est confronté à un défi, un pari sur l'avenir, entre ce qui nourrit dans le silence les fibres de sa sensibilité de son imagination et le désir de l'exprimer, de le faire venir au jour. C'est dans ce champ clos qu'on peut prendre la mesure de son talent, de sa capacité, de son énergie à pouvoir franchir le pas d'une réalisation authentique. Bien entendu Abdallah Sadouk n'échappe pas à la règle. Il a choisi une voie difficile entre toutes, occupant dans la peinture marocaine une place à part. Il a su éviter la corruption du folklore, la banalité et la platitude des poncifs, ces images courantes du sud marocain, noyant sous le mensonge la beauté austère et rigoureuse d'une vision authentique. Voie difficile encore une fois qui exige une tension, une énergie audacieuse pour faire éclater les cadres conventionnels et se mesurer à l'austérité d'un message dans l'espace d'une esthétique visible et invisible, investie dans une grande diversité d'expressions. Abdallah Sadouk vient de franchir un pas important dans cette perspective. Son travail apporte le témoignage d'un talent sûr et s'annonce riche en promesses d'avenir.


Edmond Amran El Maleh
Paris, 1987


Sortie de la ville, acrylique sur toile, 2005