{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

MOHEN

oeuvres , bibliographie

Daniel Mohen, né le 15 août 1945 à Arras. Mohen est originaire du Nord de la France ; il a longtemps résidé et travaillé dans sa propriété des bords de Seine, près de Paris. Responsable de l’enseignement des Arts plastiques à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles, il enseigne la peinture aux futurs paysagistes. Il a créé des ateliers pour les jeunes élèves d’origine maghrébine d’un collège de Mantes-la-Jolie, et travaillé en collaboration avec la Cinquième, chaîne culturelle de la télévision française. Il peint depuis l’âge de 18 ans et de grands peintres français et étrangers tels que Bazaine, Manessier, Tal-Coat, l’américaine Joan Mitchell, Kijno, et le sculpteur Szekely ont apprécié et reconnu la qualité de son travail. Il s'est établi à Nice en 2001, où son oeuvre, dans la lumière et les vives couleurs du Sud, poursuit son chemin.

Parcours

1965 * Paris : travaille avec le peintre Jean Bazaine 1967 * Eaubonne et Colombes, Maison des Jeunes et de la Culture 1968 Travaille avec les peintres A. Manessier et J. Le Moal 1970 * Laon, Office du Tourisme 1972 * Conches, Biennale (1er Prix). 1974 * Mantes-la-Jolie, Bibliothèque Municipale 1975 * Paris : Librairie-Galerie Galaxie, dessins et sérigraphies pour "L’astronome Biologique", poèmes de Jean Demélier (Editions Gallimard) 1977 * Paris : Galerie "L’oeil Sévigné" ; participe à l’exposition "Figurations évidentes" * Château de Broyes (Oise) : expose avec la participation du groupe de musique contemporaine "Itinéraire" * Mantes-la-Jolie, Bibliothèque Municipale : peintures et sérigraphies 1978 * Paris, Grand Palais : expose au Salon des Indépendants, invité par le critique Jean-Marc Campagne 1979 * La Rochelle : Galerie "Le Hangar" (aquarelles) 1980 * Paris, Librairie-Galerie Galaxie : dix sérigraphies en couleurs pour "Chaire muette", poèmes de Jean Demélier * Versailles, Orangerie du Château : invité au Salon "Arts en Yvelines" * Mantes-la-Jolie : Agora, "Saules", quinze huiles sur toile * Mantes-la-Jolie : obtient un prix au Salon d’Art 1981 * Paris : N.R.A., Livres d’Art et d’Artistes * Amiens : "Bannières de soie", commande de la Maison de la Culture * Travaille avec le peintre Pierre Tal-Coat 1983 * Film vidéo : "Bleu, dans la lumière des Blés", réalisé par Claude Bury 1988 * Amiens : création de deux décors pour la télévision régionale "Canal Nord" * Paris : expose au Salon d’Automne 1989 * Paris : Galerie Muscade * Paris : Atelier de lithographie C. Chaux, exécute et expose dix lithographies pour "Fleuve", poèmes de Jean Demélier 1990 * Mantes-la-Jolie, Bibliothèque Municipale * Meschers sur Gironde, Centre Socio-culturel * Amiens : réalise un décor de 40 m2 pour "Canal-Nord" 1991 * Rosny-sur-Seine, Centre Régional de Développement Culturel 1992 * Paris : Galerie Muscade * Mantes-la-Jolie, Agora * travaille avec le peintre Ladislas Kijno 1993 * Orléans, Saint-Denis de l’Hôtel, Maison Maurice Genevoix 1994 * Paris, Espace Bateau-Lavoir 1995 * Paris : invité au Salon de Mai par le peintre Kijno * Embrun, "L’abattoir", Centre culturel 1996 * Paris, Atelier Cythère * Paris : invité au Salon de Mai * Paris : expose au Salon d’Automne * Orléans ; Saint-Denis de l’Hôtel, Maison Maurice Genevoix 1997 * Exposition à la Galerie Al Manar, et intervention dans l’Atelier d’Arts plastiques de l’Institut français, Casablanca. 1999 * Centre culturel Chaplin, Mantes-la-Jolie 2000 Paris, Atelier Cythère: "Que fabrique le peintre ici ?", avec Jean-Luc Brisson. 2001- S'installe à Nice. Décor (8 x 2,80 m) "Le Sacre du Printemps", pour la chorégraphie d'Alain Groussard (Equipe d'Argenteuil), présentée aux Championnats de France de Patinage artistique, à Albertville. Décor exposé en novembre au Sénat, à Paris 2002 Cagnes sur mer : expose à la Maison des Artistes, invité par le critique Michel Gaudet. Antibes: Galerie "Les Cyclades" ; chapelle Sancta Maria de Olivo, Beaulieu-sur-mer 2005 Maison de Maurice Genevoix, Saint-Denis-de-l'Hôtel 2010 galerie des Docks, Nice


L'atelier de Mohen à Meschers, Gironde, août 2005




""Cendre et craie". Exposition Mohen à Tokyo, galerie Fine Arts, nov. 98

 


Exposition Mohen, Nice, 2003

 



Coquelicots, Nice 2003

Des formes qui se développentt dans l'espace. Des voiles, des ailes ou des corps transparents, sait-on ? Il est question de densité et de transparence. La couleur écrit une géométrie dans l'espace. Gaz froissé, impalpable et cependant prégnant, parure qui dissimule et révèle la lumière : il y a dans cet ensemble un sentiment ascensionnel de quelque chose qui tient du sacré. En larges aplats travaillés, sur lesquels se lisent des rayures, des grains, des affleurements de matière, des porosités, les figures s'imposent, dessinant des configurations en accords avec les forces secrètes accordées au pouls de la terre. Daniel Mohen vit et travaille à Nice. Discret, il a entrepris dans le silence un dialogue avec la peinture, à la suite de ses aînés qui l'ont encouragé, Bazaine, Manessier, Tal Coat et Kijno.

Lydia Harambourg
La Gazette de l'Hôtel Drouot, 25/7/03, n° 29


L'atelier à Nice, 2004

 


La main, 2004

 


Coquelicots, 2004

 


Grands coquelicots, 2005

 

La longue pratique picturale est initiatique. Elle est révélation. Daniel Mohen continue de l'expérimenter, lui qui a tissé avec la peinture des liens qui n'ont cessé de se resserrer. Il présente (Maison Maurice Genevoix, place du Centre 45550 Saint-Denis-de-l'Hôtel) une trentaine d'œuvres réalisées entre 2003 et 2004 avec lesquelles on mesure le sens d'un engagement qui questionne autant la peinture que lui-même. Dans cette aventure toujours reconduite, le temps est devenu un allié. Le choix d'un thème est un moyen d'interroger le fait plastique. On trouve ici, celui des coquelicots, des feuilles de platane, celui des grenades ouvertes. Sujets confidentiels, dont l'introspection visuelle se double de celle, sensible et éminemment intimiste. Les problèmes de construction, de couleurs et d'espace sont aussitôt levés. Daniel Mohen regarde à ses pieds. Une fleur, une feuille. Il renoue avec la rerre, refait l'expérience au monde avant son face-à-face avec le papier. Sa fragilité, sa vulnérabilité induisent une manière de peindre, plus souple. La liberté du geste s'y promène sans se détacher du fait plastique. Les matières moirées sont absorbées et relevées par des effets infinis de transparence. L'émerveillement naît. Sur le support, la rencontre des taches et des plans fait lever la composition. La façon dont elles se rencontrent pour former la lumière détermine une suite de variations. Tout les rapports entre les taches de couleurs génèrent tensions et pulsations. Un mouvement particulier sous-tend la surface soudainement spatialisée par une effusion lumineuse. Les papiers deviennent comme une peau. On pense à Chardin qui " accompagne " souvent Daniel Mohen dans son travail. Illusion tactile d'une peinture qui crée son espace propre et son univers. Des papiers qui ne demandent plus de mur. Ici, les œuvres de Daniel Mohen sont présentées dans la maison de Maurice Genevoix transformée en un musée qui évoque l'écrivain et l'homme. Le paysage alentour, les lieux solognots familiers emblématiques d'une œuvre qui les a immortalisés, partagent le lyrisme fusionnel et radieux des peintures de Daniel Mohen.

Lydia Harambourg
La Gazette de l'Hôtel Drouot, 11/03/05, n° 10

 

Pour Daniel Mohen

Ne plus lire, enfin : Voir, tout court. Au plus près. Au plus vif. Voir.

Comprendre sans les mots enfin, le silence du sens aidant.

Offrir le suc, l’humeur, avec la lumière.

Tout n’est-il pas poussière

et la poussière à elle-même n’est-elle pas

sa propre lumière ?

Le montrer oui,

tout en le laissant vivant, couler.

Du meilleur donner le meilleur,

et partant en donner le goût,

c’est là, je crois,

ce qui est offert, ici.

Jean DEMELIER

Quelques oeuvres



 

 

 
 


Feuillages, 2

Bibliographie

Daniel Mohen a réalisé plusieurs livres d'artiste, dont Fleuve, avec Jean Demélier, et Terra Amata (Editions Al Manar, Neuilly/Seine, septembre 2002) avec Alain Gorius.

Etre peintre, c'est oser le paradoxe

Pénétrer dans le lieu où l’on peint, c’est pour certains se rendre en un endroit où les habitudes et outils originent l’oeuvre, pour d’autres, c’est entrer dans un lieu bruissant de la présence du monde. Daniel Mohen est de ceux-là ; près de son atelier situé au bord de la Seine qui donne à tout objet l’éclat argenté de ses reflets, des carrières de craie creusent dans la roche les longs tunnels oblongs que le travail de l’extraction a creusés d’obscur dans la pierre blanche. Daniel Mohen s’y rend pour peindre car il sait qu’être peintre c’est oser le paradoxe et qu’il faut aller dans l’ombre pour choisir la lumière oblique, irradiée des reflets de l’eau proche ; elle révèle l’éclat de l’instant que les brisures des rochers déchirent. […] Daniel Mohen dit qu’il tente "d’arriver à une forme ou deux s’articulant dans l’espace et la lumière" et il définit ainsi son rapport au visible. Voir n’est pas pour lui la quête du séduisant plaisir de l’oeil, mais appréhender cette articulation des signes essentiels où se joue à chaque fois la question de ce qui nous fait être. Nombre d’artistes ont abandonné cette voie-là, l’interrogation suscitée par leurs oeuvres est celle du devenir de l’art, de ses limites. Il ne s’agit pas de dénigrer ces recherches souvent authentiques et passionnées mais d’affirmer avec force qu’une peinture peut être d’une réelle nouveauté — même si le regardeur hâtif trouvera cela paradoxal — à chercher dans le contact avec le réel les signes originels qui qualifient notre présence au monde. La nouveauté n’est peut-être plus dans l’absolument différent mais dans le fait de voir, comme jusque là nul n’a su voir, un signe dans un reflet.

Hervé DUETTHE

 

Les travaux et les jours d'un peintre

[…] La démarche de Daniel Mohen n’est pas celle du paysagiste ; il tente, loin de l’image représentative, avec toujours plus de simplicité, de reconstituer sa vision dans un affrontement monumental des formes. Il s’agit de dire plus fort ce qu’on a à dire, sans ostentation, en économisant les moyens au maximum, en mariant de façon expressive la vision extérieure et la pulsion interne qu’elle crée. Le pinceau cherche la solution et mène Daniel Mohen sur cette voie royale où la peinture nous attire, nous étonne, nous bouscule, nous fascine et nous invite à vivre des projets magnifiés, mais difficiles.

Jean VEILLET