{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

HOOGSTOEL

oeuvres , expositions personnelles , critique

Anne Hoogstoel est née à Bruxelles le 26 décembre 1954.

1972 - 1976 Ecole des Recherches Graphiques (ERG) à l’lnstitut Saint-Luc de Bruxelles

1981 Arrivée au Maroc

1984 - 1992 lllustration free-lance pour la publicité et l’édition ; Professeur de dessin dans une école de stylisme à Casablanca

Quelques oeuvres

Expositions

1976

Exposition de fin d’études à l’Université libre de Bruxelles

1983

Centre Dante Alighieri de Casablanca

1992

"Les Artistes belges au Maroc", Hôtel Sheraton à Casablanca

1993

"D’un Rivage, l’Autre" Hôtel Sheraton à Casablanca

1993

Création du groupe Matech’Art

1994

ONEP Journée de l’Eau à Rabat

1994

Galerie Bassamat, Casablanca, Exposition du groupe Matech’Art

1995

Galerie Al Manar, Casablanca, Exposition personnelle
1994 :
Galerie Bassamat, Casablanca, Exposition du groupe Matech’Art

Critique

Eclats de vie

Du bout de son pinceau, Anne célèbre l’indiscipline. Sagement d’abord, en traçant bien droit ses petits carrés, en prenant bien soin de ne pas déborder et puis en débordant, un petit peu et puis un petit peu beaucoup et puis beaucoup beaucoup. Anne s’amuse. Elle s’amuse comme s’amuserait un enfant farceur expert en pieds de nez aux grands. Elle brouille les cartes et recompose le jeu selon son bon désir. S’imprégnant de couleurs et d’odeurs, elle s’égare à travers les lieux, attentive aux détails anodins sur lesquels glissent habituellement les regards. Elle moissonne l’insignifiant qui dit tant à qui sait voir et entendre, nous le ramène dans sa besace et livre à travers lui les éclats de vie saisis au gré de l’errance.

Cafés lourds du temps qui stagne, route perdue dévorée par l’immensité rouge, coin de plage oublié, les éternités affectionnées par cette amoureuse du fugace sont multiples. Chemin faisant, elle les dérobe et nous offre l’évanescence de l’instant à travers une peinture à la fois fluide et dense qui conte l’incontable.

Hinde TAARJI

Fragments du quotidien

Anne Hoogstoel a trouvé les sujets de sa peinture autour d’elle, dans la rue, au cours de ses voyages à travers le Maroc où elle vit depuis quinze ans. Peinture figurative — mais chez elle la figuration fuit le poncif ; Combaz, Basquiat ne sont pas loin. Le Maroc qu’elle donne à voir est occupé à glisser vers une autre réalité, qui vibrionne en s’inventant. Ce qui retient le peintre, plutôt qu’une tradition mythifiée, c’est cela qui bascule vers l’avenir. Les scories du présent accrochent le regard (non dénué de sympathie) de cette Occidentale bien ancrée dans la réalité qui nous entoure : graffiti, images publicitaires, mégots et seringues, tickets de parking, objets partout répandus récupérés détruits jetés rafistolés. Vivants.

Couleurs, graphisme. L’entrechoc des contrastes lumineux précède la définition des formes — épurées. Couleurs crues des médinas et des quartiers populaires, verts et bleus intenses, ciels délavés des plages à l’abandon... L’encre (écoline) est souvent retravaillée au crayon de couleur, sur fond d’acrylique.

Puis le peintre déchire, avant de rassembler : Hoogstoel casse, d’une façon ou d’une autre, l’image bien définie qui aujourd’hui ne la satisfait plus. En fabrique plusieurs, à partir d’une seule. Ou encore superpose différentes images qui se recouvrant en partie les unes les autres prennent un sens nouveau ; les textes, surimposés, valent aussi par leur graphie. Bribes de conversation, fragments d’une parole poétique au quotidien qui se fondent dans la toile et l’approfondissent. Déchirer juxtaposer coller réassembler, pourquoi ? Saisir l’esprit du lieu. Il y a dans ces (re)compositions toute une poésie de l’abîmé, qui raconte son histoire. La toile se lit autant qu’elle se regarde ; l’anecdote fait naître une rumeur dont l’écho va s’élargissant.

Venue du graphisme et de l’illustration, Anne Hoogstoel travaille souvent encore dans l’esprit de la bande dessinée. Fantaisie, invention... Elle dit, en creux et non sans humour, le désarroi d’un monde où les maux du présent pénètrent intimement la beauté des choses.

A. G.