{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

GUERRYAM

oeuvres , expositions personnelles , critique

Guerryam vit et travaille à Grenoble (France). Elle a suivi les cours des Beaux-Arts de Grenoble de 1970 à 1974, et n’a cessé d’exposer depuis cette date.
Elle a notamment été responsable des ateliers d’enfants du Festival d’Asilah de 1984 à 1990, et a travaillé avec différents peintres et poètes marocains.

Kacimi (gauche)et Guerryam

Maniant l’ardoise, qu’elle perfore et peint, elle fait entrer la lumière jusqu’au coeur de la matière.Elle privilégie la recherche de l’empreinte, de la trace, de tout ce qui demeure invisible au regard superficiel et parle à qui sait le voir et l’entendre. Découvertes fascinantes…

A. G.

"La pierre s’évade de son nom. Ecrire sur la pierre un langage de proximité ;
mais mon dialogue plonge dans ce que j’ignore."

Guerryam
Casablanca, le 3 mars 1999

Quelques oeuvres


Expositions personnelles

1983

Galerie Caroline Corre, Paris "Parcours en sous-sol" Livres d’artistes : Hommage aux oiseaux.Leur apparence de Soupirail.Textes de Jacques Dupin. ; Galerie Poisson d’or, Lyon : Un mur bleu" - "Lettres à la rivière"

1984

Galerie Poisson d’or, Lyon "Hommage à la rivière" - "Journal d’un jour"

1987

"Projets", Maison de l’architecture de Grenoble Le Crématorium - avec M.Potié, architecte (groupe VI)

1988

"Lettres d’Asilah", Galerie Zig-Zag, Grenoble ; Maison des artistes ; Fondation Herbert d’Uckermann ; "Ecritures", La Tronche

1989

Revue de la Maison de la Poésie Rhône-Alpes ; Bibliothèque de Grenoble ; divers livres avec M. Pessin

1990

Poésie et Traduction ; travail sur les textes de L.Gaspar - Exposition dans diverses bibliothèques de région. Rencontres philosophiques et artistiques sur la lumière - CREARC. Réalisation d’une sculpture de lumière avec Joël Massey

1991

Participation au voyage sur les traces d’A.Rimbaud - La caravane des poètes - Paris - Aden

1992

Mois du graphisme d’Echirolles - Annexe du musée Géo-Charles ; Musée Pétrarque "Invention sur l’eau" Hommage à René Char : la maison du poète - Fontaine de Vaucluse

1993

Les Moulins de Villancourt - Echirolles "Aden la maison du poète" ; Mois du graphisme à Echirolles ; Château des Adhémar - Montélimar "Nuits de la poésie" avec "Caravane"

1994

Galerie Le bateau-lavoir, Grenoble ; Galerie 6 - 8 - "Lettre du jour" - Textes de N. de Pontcharra ; Centre culturel français de Moscou - Hommage aux poètes russes

1995

Colloque L’imaginaire méditerranéen Intervention CREF - Université Stendhal, Grenoble III ; Mulhouse - Vitrail pour une chapelle avec Groupe VI architectes - Grenoble ; Salon de la Petite Edition - Crest "Espace Liberté"

1996

Atelier 138 Université Mendès France - Grenoble - "Courrier d’Orient" ; Espace Liberté, Crest ; "Ardoise", Aigues Mortes

1997

Galerie Fallet, Genève 1999 Galerie Al Manar, Casablanca

Critique

Guerryam, du Nord au Sud

Son choix a été d’aller toujours plus au Sud.Là où l’ombre et la lumière se heurtent, le bleu s’intensifie.Dans la violence des éblouissements le coeur s’élargit.On marche dans le labyrinthe des rues jusqu’à ce que le corps devienne aussi lourd que les rouleaux de la mer.Le coeur, le corps battent, la mer rassemble ses forces et se déchire.

Nicole de Pontcharra

Les ardoises de Guerryam

Les ardoises de Guerryam s’alignent comme autant de petites stèles qu’elle a gravées ou perforées, peintes : mémoires inscrites dans la roche sédimentaire ou métamorphique, elles laissent affleurer un balbutiement de lacis et d’écritures, de dessins.

La plaque schisteuse y devient une table d’attente pour les signes et l’histoire inventée : supports de l’imaginaire ici libéré, ces ardoises nous rappellent notre naissance à l’écriture.Comme détachées du bloc obscur, elles deviennent des pages plus claires, traces du passage de la main et révélations du dessein fantastique, appels déchiffrables par le passant.

En séries monochromes ou polychromes, moindres claustras dressés ou couchés, les ardoises frottées de pigments colorés - bleu, rouge, brun, … - s’enrichissent de figures et formes variées - spirales, croix, labyrinthes, arcs… "Abattant son jeu" comme avec des "cartes à jouer", Guerryam les dispose en face de nous et nous invite à la découverte de leurs hiéroglyphes incisés.

A la recherche d’une transparence absente, elle perfore la matière compacte et construit en pointillés des images ajourées qui dispersent une lumière ténue, comme venue de la profondeur.Ainsi retrouve-t-elle dans l’ardoise le geste qui suggère le tatouage de la peau et l’incrustation de motifs décoratifs, lorsqu’elle réutilise des circuits intégrés ou imprimés d’ordinateur.

Feuillets naturels épars, taillés puis organisés en vue d’une exposition, "pour établir la communication" en quelque sorte, ces ardoises conjuguent diverses "mémoires" dans l’assemblage effectué par l’artiste.

Symbole ordinaire d’une "addition", l’ardoise entre les mains de Guerryam se prête à un jeu de déclinaisons, de métamorphoses qu’elle conduit jusqu’aux limites extrêmes du lisible.

H. Nesme
Conservateur du musée Hébert

Notes sur mon travail

J’utilise les ardoises de diverses provenances de trois milllimètres d’épaisseur et qui dans ma ville couvrent les édifices imposants du début du siècle (immeubles, banques, chambres de commerce, etc.).

Ces ardoises ont un vécu et représentent pour moi tout un ensemble de "bloc-notes" géologiques, sociologiques ou historiques dont je retiens principalement l’inscription au sens large du mot.

Les ardoises que j’utilise ont regardé le ciel.Après nettoyage et ponçage, je les fixe entre deux couronnes de métal sur ma table de travail.

Mon outillage est très réduit : un poinçon, un marteau léger, quelques limes et râpes et de vieux ciseaux, et je perfore, troue, gratte, écaille, colle, déchire, déplace, égratigne, grave, casse, jette, recommence, attaque, mords, cisaille, secoue, accule toute la matière, la fixe, la presse, l’applique, la frotte, la cajole, la cire, l’embaume, la peints, la caresse et lui fais rendre l’âme pour la faire apparaître plus belle, plus nue, plus vraie.

J’observe ses froissements d’écailles, ses poussières réfléchissantes, ses Ciels nocturnes, ses Ciels en poudre sourds d’une fascinante couleur.

J’observe les brindilles minérales qui s’échappent des trouées et qui se révèlent à la lumière.Ce sont des alphabets de pépites, de cristaux composant le poème du schiste ardoisier.Je fais des pointillés, de minuscules trous dans la matière pour laisser passer la lumière.

D’autre part, je prends l’empreinte de ces textes ainsi révélés par la lumière et la matière et j’explore sur papier ce que me rend l’ardoise par son épiderme et son épaisseur.

Tout un ensemble de travaux sur papier accompagne donc ma démarche et donne à voir ce que cache l’ardoise.

Guerryam