{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

BOUYER

quelques oeuvres, expositions personnelles, critique

Julia-Chantal Bouyer, née à La Rochelle (France) en 1945, a vécu et travaillé de 1996 à 20001 à Casablanca.


Quelques oeuvres

 

Expositions personnelles

1975

Galerie Lhote, La Rochelle

1977

Galerie Penanhoat, La Rochelle

1980

Galerie Le Chapeau rouge, Bordeaux

1998

Galerie Al Manar, Casablanca

Critique

Mille artistes, depuis les années 20, pratiquent le collage comme un art à part entière.Comment alors définir la peinture de Julia-Chantal Bouyer, si originale dans sa retenue, son refus de l’anecdotique et du sensationnel, et son extrême sensibilité, sinon comme une remontée au jour d’un ordre secret enfoui dans les fragments de matière que le temps, le vent, le hasard dispersent ? Son enfance, nous a dit un jour l’artiste, a été rythmée par l’humeur des marées, les chemins de ballade semés de coquilles d’huîtres et de grains de sable… On l’imagine bien, sur les grèves océanes, collectant les débris de naufrages rejetés par la mer — comme elle le fait aujourd’hui au derb Ghallef, ramassant papiers et chiffons que la grande cité, l’océan humain sécrètent et qu’elle transforme, leur évitant le sort commun en leur redonnant forme… L’intention chez Julia Bouyer ne relève d’aucune rationalité, dictée qu’elle est par ce "hasard" qui régit nos vies. Hasard, automatisme, mise en scène.Chasses subtiles…Jeu de l’écriture illisible souvent, superposée à la matière qui parle même langage.Harmonie.Extrême économie de moyens — très peu de peinture, beaucoup de matière, et le sens qui jaillit. L’artiste porte à la lumière un monde abandonné, réduit à l’état de déchet par notre manque d’attention chronique. Le surréel est à la surface poussiéreuse de l’univers, errant. Julia Bouyer le dit souvent : c’est ce qu’elle fait qui lui apprend ce qu’elle cherche, et qu’elle ne découvre, sur le moment, que vaguement ou partiellement.

Alain GORIUS


Les papiers du vent

Je regarde les peintures de Julia comme un ordre sensible : les strates d"écritures, de transparences, sont les combinaisons d’un monde secret qui s’ouvre sur les tracés provoqués par la déchirure, le toucher, l’oeil nomade qui cherche le centre giratoire de l’inexprimable.Le corps, celui de la peinture, qui se raconte, qui s’organise, et qui s’offre comme un palimpseste indéchiffrable.

Que cache le message de Julia ?

Un lieu où le corps du papier s’écrit comme trace organisée, poème rétinien, une toison de points, de traînées d’encre vibratiles qui s’organisent, composent les images, le vide, la perte.

Que signifie le fait de suivre un papier dans le vent des rues, de le ramasser et de lui donner un sens visuel ?

Un papier nous demande toujours de l’écrire ou de le peindre. De le sortir de sa poussière.

Les compositions de Julia s’offrent comme une partition musicale. La main plongée dans la liquidité de la matière déchire, écrit, peint, efface, ouvre sur une fragilité prénatale.

Mohammed KACIMI
Témara, le 15-5-1998


La lumière des doigts

Le travail que Julia-Chantal Bouyer expose à la galerie Al Manar est le reflet d’une période très difficile de sa vie. Pendant des mois, Julia Bouyer a choisi la solitude ; la création l’a sauvée en l’aidant à sortir de la souffrance : seuls les morts nous font comprendre le sens de la vie.

Dans ses travaux, Julia Bouyer ne laisse rien disparaître : les éléments constitutifs de notre monde y ont toute leur place car ils ne sont pas seulement des souvenirs, mais bien l’éternité et le retour à l’origine, cette origine qui ne peut être dissoute ou perdue dans le vent, dans la nuit. Cette artiste s’est bâti une mémoire qui l’éloigne de l’attraction du vide et de la mort.

Nous sommes amenés à réfléchir, lorsque nous considérons le destin particulier de ce qui nous entoure : quand les choses sont libérées de l’utilisation et de l’échange, elles retrouvent leur origine — ainsi s’explique la fascination que font naître les tableaux de Julia Bouyer, dans leur rythme et le mouvement de leurs lignes, dans leurs couleurs rares et leurs matières.Leur harmonie est celle d’une vie habitée par l’art. Nul symbolisme : ici domine le sentiment. Les choses, rassemblées dans l’espace de la toile, trouvent entre elles une liaison ; plusieurs champs d’expression se rencontrent ; les mots qu’ont fait naître l’expérience forment un texte qui n’a jamais été lu.Autant de fragments d’ici et de là-bas qui dialoguent, intraduisibles… Chaque élément se déplace dans un parcours mesuré, comme le rêve des philosophes et avec les inventions de la surprise.

Le travail de Julia Bouyer dialogue avec la mort ; c’est pourquoi il est capable de faire revivre le monde. Son dessin n’en détruit aucun autre : il déclare, simplement, sa présence à ses côtés. Loin des coteries artistiques, ses tableaux existent, en pleine lumière, dans la lumière de son pays d’adoption, le Maroc.

Hassan BOURKIA
Peintre, écrivain, philosophe