{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

BOURAGBA

expositions personnelles , expositions collectives , critique

Omar Bouragba vit et travaille à Marrakech, où il est né en 1945.

Expositions personnelles récentes

1981

Galerie nationale Bab Rouah, Rabat ; Galerie de l’Hôtel-club N’fis, Marrakech

1982

Galerie Oukad, Casablanca

1983 à 1986

Galerie de l’Hôtel-club N’fis, Marrakech

1993, 1995, 1998

Galerie Al Manar, Casablanca.

1997

Trente ans de peinture (rétrospective), Galerie nationale Bab Rouah, Rabat.

Expositions collectives

Bouragba a participé à de nombreuses expositions collectives au Maroc et à l’étranger, et notamment en Mauritanie, en 1976, en Irak, en 1977, en Allemagne, en 1978, en Arabie saoudite, en 1979, en France, en 1980, 1985, 1996 et 1997, et aux Etats-Unis en 1987 et 1988.

Critique

un peintre spirituel

Omar Bouragba vit et travaille à Marrakech, où il est né en 1945 ; il expose depuis 1965.

Cohérence d’une œuvre. Le travail de Bouragba est aujourd’hui celui d’un peintre abstrait féru de géométrie. Mais sa géométrie est lyrique : si le triangle (motif récurrent, quasi obsessionnel chez lui depuis le début des années 80) occupe presque toute la surface de la toile, il est tronqué sur deux côtés et se détache sur un fond sombre. Triangle, ou pyramide ? Bien plus qu’une forme géométrique, il y a là un état d’âme… Cette forme d’ailleurs n’est pas vide, mais habitée par les alluvions d’une expérience qui lui donnent sens. Invariablement (et significativement) orienté vers le haut, dansant sur sa base, revêtu de zébrures, de griffures, de coulures, le triangle/pyramide se fait figuration emblématique du temps qui va.

Abordant la peinture, Bouragba est passé par la figuration, tout au début des années 60 - encore qu’il ne s’y soit jamais senti vraiment à son aise, et qu’il n’y soit pas resté longtemps. En 1964 il rencontre Gharbaoui, à Rabat, dont le geste lyrique le fascine et avec qui il lie amitié. Période d’apprentissage, au contact des artistes dans une ville qui bouillonne encore, au lendemain de l’Indépendance : Omar Bouragba découvre et s’émerveille. Poésie, peinture, théâtre, littérature… toutes les formes d’expression l’attirent. Plus tard, dans le travail du peintre, ce creusement de l’apparence, cette approche dramatique d’une spiritualité à laquelle l’ont initié les grands Russes.

En 1967 l’artiste qui encore se cherche opte pour la peinture - qui ne le quittera plus. Il peint au couteau, compose en décomposant à force de grattages, vidant le tableau, la mémoire, pour atteindre la trame. Gratter la toile : une technique, parmi d’autres ; surtout, un moyen d’accéder à la transparence originelle. De favoriser la germination du sens. A ce moment apparaissent dans le travail de Bouragba les lettres arabes : le couteau creuse la mémoire et l’être, atteint le socle identitaire. On retiendra de cette période deux tableaux qui font date, La lune et la rose (1967) et L’expérience de Faris Bouamama (1969), le chevalier parti à la rencontre de l’invisible, de la mémoire arabe…

En 1971 Bouragba revient à Marrakech. Il cesse de peindre ; la pensée d’Ibn Arabi l’occupe entièrement. Mysticisme ; recherche d’une sérénité spirituelle toujours à retrouver. De cette pause pendant cinq ans de son activité créatrice, le peintre sort fortifié dans sa résolution de fuir l’effet décoratif. Il éteint le brillant des couleurs, privilégie pendant quelques années la forme pure, géométrique mais toute en courbes, sinueuse, qui fait se rejoindre l’en-haut et l’en-bas, le corps et l’esprit.

Depuis 1980 et jusqu’à ce jour, s’impose enfin le triangle/pyramide. Habité par un mouvement qui tend à s’échapper de lui, mais qu’il contient - qu’il réfrène ? - ce triangle délimite un espace de transparence et de tournoiement. Dans son travail le plus récent, le peintre dramatise la composition (de façon non systématique : certaines toiles sont très sereines) en maculant de taches le fond traité en manière d’aquarelle. A travers les couleurs qui maintenant ruissellent, toujours assourdies - rouges orangés, verts d’eau, or terni - passent encore les signes d’une calligraphie allusive. La forme renferme une intériorité qui lui donne sens.

Bouragba réussit la gageure, d’une exposition à l’autre, de renouveler chaque fois sa manière tout en restant lui-même : nulle hâte dans son évolution, nulle stagnation non plus dans sa démarche. Le peintre avance sans se répéter, fidèle à des choix toujours semblables et toujours renouvelés. Ses toiles et ses papiers soulignent, avec la force de l’évidence, la sérénité d’une démarche résolument contemporaine - une démarche volubile qui laisse toute sa place au Verbe en maintenant dans le travail de la peinture la primauté de l’Esprit.

Alain GORIUS