{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

BENBOUCHTA

expositions personnelles , expositions collectives , critique

Amina Benbouchta, née en décembre 1963, vit et travaille au Maroc. Après avoir obtenu en 1986 un B. A. en anthropologie et études du Moyen Orient à Mc Gill University, Montréal, elle suit les cours de divers ateliers de dessin, lithographie et gravure sur bois à Paris. Auditeur libre à l’Ecole nationale des Beaux Arts de Paris de 1988 à 1990. Dirige de 1992 à 1994 la revue de culture et de mode Les Alignés. Expose depuis 1986.

Depuis quelques années son travail prend une densité nouvelle, dans des teintes sombres qui confèrent une profondeur accrue à sa peinture. Elle continue de privilégier l'empreinte, la trace de ce qui demeure invisible au regard pressé (mais parle à qui sait prendre le temps de voir).

Certaines de ses oeuvres se situent dans le sillage du travail de Bellamine ; d'autres, plus spontanées, témoignent d'une recherche intransigeante.
Benbouchta a également mis en place diverses installations ; elles suggèrent, dans leur épure, un univers touffu de liens et de lianes qui occupent l'espace - en le laissant encore respirer.
Amina Benbouchta poursuit en fait le cheminement d'une création en phase avec la recherche contemporaine. La perfection du trait, l'élégance de la ligne ou l'illusion figurative et réaliste ne sont plus de mise. La spontanéité, l'urgence du geste qui cherche et souvent trouve s'imposent. Ce travail présente une cohérence de bon aloi ; cette peinture, depuis 2004, 2005, semble avoir atteint sa pleine maturité.

Alain GORIUS


Jour,
1,80 x 1,47 m, acrylique sur toile, 2007

Principales expositions personnelles

2007 - Espaces et Miroirs, Galerie Rê, Marrakech
2004 -Foundouk Bachko, atelier Hassani Casablanca
1997 -Espace ''au 9''.CIL, Casablanca
1996 -Galerie Al Manar, Casablanca
1995 -Centre culturel français, Casablanca
1994 -Galerie Winance-Sabbe, Bruxelles
1992 -Galerie Al Manar, Casablanca
1991 -Galerie Arcane, Rabat

Expositions collectives récentes

2007 -"27 artistes pour un projet", espace actua,Casablanca. Passerelle artistique avec la Source du lion.

-"Mujer y artes en Marruecos", Fundacion Colegio del Rey.Septembre

2006 - Arte contemporaneo de Marruecos, sala de arte contemporaneo, Canarias

2005 Cathédrale du Sacré Coeur, Casa ; - Collectif 212, ''30 par 30'' Le cube, Centre autrichien, Rabat

2004 - Maroc-France, expériences croisées avec :
Viallat, Buraglio, Garcier, Favier, Erruas, Lamrani, S'himi Marrakech
-''Visions actuelles'' Université Al Akhawayn, Ifrane
- Espace CDG pour Transparency Maroc Rabat
- Traits Gravures, Salle Bahnini, ministère de la culture, Rabat
- Parcours d'artistes, Rabat

Critique

La fraîcheur du premier jet

[…] Il s’agit d’une sorte de premier jet qui serait libéré de toute l’idée préconçue et qui deviendrait une peinture sur la peinture elle-même. L’idée en soi n’a rien de nouveau car de même que les musiciens interrogent le son pour lui-même depuis bien longtemps, les peintres savent aussi se livrer au plaisir de laisser vibrer les harmoniques d’une première couleur ou d’un premier trait.

[…] Le même thème induit une variation infinie, et tout à fait séduisante dans le cas des peintures d’Amina Benbouchta ! C’est qu’elle part de choses sans doute familières, tracées à la hâte - à la limite du figuratif et de l’abstrait - pour les faire disparaître, un peu à la fois, dans une blanche recouvrante.

C’est comme si la lumière reprenait le dessus, comme si finalement les objets n’avaient qu’une importance provisoire. On pense à un rêve éveillé que l’on voudrait figer dans son instantanéité et qui, très vite, s’estompe dans l’éblouissement de l’oubli. Nous sommes dans un univers de natures mortes, réduites à la ligne essentielle. Quelques œuvres ouvrent la porte à d’autres références : l’une faite de signes élémentaires, sorte de calligraphie intemporelle placée sur un fond blanc, et l’autre faite d’un graphisme naissant sur un fond noir, un peu comme une gravure rupestre réduite à l’espace du cadre. Nous sommes au seuil des premiers pas de l’homme, et la peinture se redécouvre une âme nouvelle.

B. LESTARQUIT


Espaces et Miroirs, Marrakech, novembre - décembre 07

Benbouchta : la peinture comme sujet

A regarder avec insistance les travaux d’Amina Benbouchta, on s’aperçoit très vite que ce qui compte pour elle, c’est la peinture. Non le prétexte que constitue le sujet à peindre mais bel et bien l’immersion totale de ce sujet dans l’acte de peindre.

Le motif choisi aurait souvent pu faire les délices d’un spécialiste en natures mortes. Ici, il devient autre. Il se situe en combinatoire d’objets, présents dans un espace voué entièrement au temps. Il fusionne avec l’acte pictural en train de l’entraîner à être signe. Tandis qu’il se dévoile peu ou prou, selon les circonstances de la matière et du pinceau en train de l’appliquer.

Voici l’œil en présence d’un palimpseste dont aucune des couches successives n’aurait été grattée. Chacune s’y additionne dans une translucidité permettant de voir l’ensemble des éléments selon une chronologie similaire à celle à laquelle se réfère un archéologue lorsqu’il examine une coupe géologique.

Aucune importance dès lors que tel ou tel élément rappelle un récipient, une branche, une boîte. Ni que tous constituent sans doute une référence au réel. Ils jouent d’abord un rôle de présence éparpillée, entre transparence et opacité, entre fusion et disparition. Ils traversent des moments dissimulés, se révèlent avant de se dérober : jeu subtil qui ne s’accommode d’aucun réalisme.

Michel VOITURIER

Une alchimie à fleur de peau

Plusieurs moments picturaux rapprochent le travail de A. Benbouchta de celui de Bellamine. Tout d'abord, ces émergences lumineuses dans l'opacité que la toile s'offre à elle-même. Ensuite une certaine obsession de l'épuration de la couleur par un travail infatigable sur la surface qu'offre la scène finale du tableau. Et qui dit scène dit mise en scène de ce qui dans l'oeuvre s'offre doublement à la lecture voyante, à savoir le signe objectal (formes qui invitent à une symbolisation de l'espace du tableau par le regard) ainsi que par l'ouverture de ce même espace à une certaine présence voilée du sens.
(...) Derrière tout espace, si coloré soit-il, une substance lumineuse et translucide émerge, transfigurant ainsi notre perception visuelle comme pour destituer le jaune ou le bleu de sa nomination et le livrer au jeu et enjeu de la lumière. Se révèle ainsi une propension vers une pureté originelle dont l'ivresse atteint aussi bien le récepteur que l'artiste lui-même. En effet la peinture devient ici synonyme d'ascension vers le sublime.
Finesse du geste, limpidité des couleurs, jeu, recherche formelle doublée d'une fluidité des formes, telles sont à mon sens les qualités d'une peinture dont la légèreté traduit sans doute une grande richesse picturale.

Farid ZAHI


Espaces et miroirs, Marrakech, novembre - décembre 2007