Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Nos expos à Marrakech, 2008

 

Bouhchichi : février - mars 2008

Tibari Kantour : avril-mai 2008

Baltzer : juin 2008

M'bark BOUHCHICHI

 

Meta-scapes

 

avril 2008

Les " meta-scapes " sont au paysage ce que la métaphysique est à la 'physique', ou nature : le condensé essentiel de l'expérience sensible. Du petit au grand format, l'artiste excelle dans toutes les dimensions - tout en innovant dans la forme même de l'œuvre présentée, qui parfois se fait oblongue. Toutes ces toiles irradient, lyriques, aux cimaises : couleurs assourdies, chaudes, où dominent les transparences de violet, de gris, de vert, en apesanteur semble-t-il, tant les formes investissent naturellement l'espace de la toile.

Bouhchichi évolue avec aisance dans un monde bien à lui : il y a dans sa démarche artistique de la cohérence, et un univers intérieur qui parvient sans heurts à se renouveler - tout en restant fidèle à ses fondamentaux. On appréciera notamment ces toiles rêveuses, nuageuses en symphonies d'ocres légers et de blancs cassés, poétiques et raffinées.


Meta-scapes, 140 x 140 cm

Cette nouvelle exposition, dans le droit fil de la précédente mais témoignant d'une recherche plastique en pleine évolution, parvient sans une redite aux mêmes sommets expressifs. Voici une peinture, abstraite, qui enfin de nouveau parle, disions-nous - aujourd'hui elle chante, dans son emportement et sa maîtrise. Avec Bouhchichi se sont décidément ouverts de nouveaux horizons.

Alain GORIUS


Meta-scape, 150 x 150 cm


Meta-scape, 150 x 150 cm


Meta-scape, 150 x 150 cm


Meta-scapes, 140 x 140 cm


Meta-scape, 150 x 150 cm


Meta-scape, 150 x 150 cm


Meta-scape, 200 x 90 cm


Meta-scape, 200 x 90 cm


Meta-scape, 200 x 90 cm


Meta-scape, 200 x180 cm

Avec Bouhchichi la peinture, la vraie, pas celle qui se barbouille au fond des arrière-cours en misant sur le snobisme (et l'ignorance) des uns, et le goût pour le folklore des autres, est revenue en force. Depuis le départ de Kacimi, on attendait son retour. Elle est là, bien vivante sous nos yeux qui s'émerveillent.

Et, quelques jours après le vernissage des Meta-scapes,
soirée littéraire :

Rencontre avec Henri-Michel Boccara et lecture de son dernier roman : Migrations, le rapport Alpha (éditions Le lien, Mohammedia)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'assistance, sous le charme...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie de la Villesbrunne ( à gauche)....

 

 

TibariKANTOUR

 

Transcendances

 


Kantour sur 2M (vernissage)

mai 2008


Sans titre, triptyque, technique mixte sur toile, 2008

On ne compte plus les expositions de Tibari Kantour, bien installé aujourd'hui dans une démarche, et une technique, mixte s'il en est, qui ne sont qu'à lui. Pourtant, chaque exposition de cet artiste est une révélation. Comment expliquer l'émerveillement, la jubilation qui à chaque rencontre avec ce travail nous saisissent? Il y a, d'abord, l'évidence d'un talent en pleine possession de ses moyens ; qui n'a plus rien à prouver et s'impose, souverain. D'emblée, la singularité de cette œuvre accroche le regard. Finesse du trait, élégance de la composition, et cette impalpable poésie, cette spiritualité fine et légère, sans discours ni trompettes : le talent de Kantour fait s'interpénétrer les différents moyens d'expression auxquels il a recours ; le graphisme se superpose à la gravure, elle-même encollée sur la toile où déjà sont intégrés parfois d'autres menus éléments de l'expérience du peintre... L'ensemble, immédiatement reconnaissable comme étant bien du Tibari Kantour, témoigne d'une invention renouvelée. Kantour ne se répète pas : il improvise, à l'infini, des variations sur quelques thèmes récurrents - en variant sans cesse la colorature de son chant plastique.


Sans titre, technique mixte sur toile, 2008, 60 x 60 cm

Mais aujourd'hui ses compositions déploient une force nouvelle ; une teinte orangée plus présente force l'attention, impose l'œuvre qui pouvait naguère, toute en nuances et en dégradés, se faire trop discrète. Kantour ose, depuis plusieurs années, les grands formats ; on admirera notamment, dans cette nouvelle exposition à la galerie Rê de Marrakech, le triptyque qui irradie aux cimaises - parmi une dizaine de grandes toiles, et plusieurs autres de moindres dimensions, également décisives. Tibari explore méthodiquement le filon que sa sensibilité a ouvert. Délicatesse des teintes ; finesse de l'exécution, force de l'orangé. Et le geste de l'artiste, qui parfois zèbre la feuille ou la toile d'une écriture sans mémoire. Nous sommes, avec Tibari Kantour, au coeur de la création plastique, en ce lieu où quelques artistes, très peu nombreux, travaillent : dans la concentration de l'esprit, la rigueur de l'expérience et le refus des mondanités , ils dialoguent avec l'infini.

Alain GORIUS


Sans titre, technique mixte sur toile, 2008, 60 x 65 cm


Début du vernissage. Le traditionnel entretien avec 2M.


Mme Lebbar, Françoise Atlan, Christine Gorius


Monsieur et Madame Dadi-Andaloussi ; Marc Greilsamer


Lord Hutchinson, grand portraitiste devant l'Eternel, aime aussi les livres...


Sans titre, technique mixte sur toile, 60 x 60 cm

Le poème d'Etel Adnan, Transcendance, accompagné par Tibari Kantour, a donné son titre à cette exposition.
Vous pouvez voir ce livre en cliquant ici.

Quelques jours après le vernissage,
rencontre à la galerie avec Mohammed Bennis :
lecture du Livre de l'amour (éd. Al Manar),
dont le peintre irakien Dhia Azzaoui
a rehaussé le tirage de tête
d'un superbe frontispice...


Emmanuelle Sarrazin (on aperçoit sa main...), M. Bennis, A. Gorius lisent Le livre de l'amour

Mohammed Bennis, après la lecture...

rejoint son public


qui est venu nombreux l'écouter. Au fond à gauche, l'homme à la moustache : Dhia Azzawi.

Et quelques jours plus tard, le mercredi 30 mai, ce fut au tour de Jocelyne et Abdellatif Laâbi de nous rejoindre, pour une soirée riche d'émotion.


Photo J-M. Namèche

Ce fut d'abord à Jocelyne Laâbi de dire quelques-uns des contes qu'elle a rassemblés dans Avec la rivière mon conte s'en est allé...

Avant de céder la parole à Abdellatif Laâbi, qui fit vibrer l'assistance en lui lisant de nombreux poèmes extraits des différents recueils qu'il a publiés chez Al Manar...


Photo J-M. Namèche
Photo J-M. Namèche

Photos J-M. Namèche

L'assistance était vraiment sous le charme... Ce fut, de nouveau, l'une de ces soirées pendant lesquelles la parole poétique
s'épanouit au contact de la peinture...

Sibylle BALTZER

 

Dust

 

 

juillet 2008

Ombres sur le mur


Si je décidais de choisir quatre tableaux de Sibylle Baltzer et de les disposer en forme de carré autour de moi, je rebâtirais ma demeure, cette maison où j’ai passé mon enfance, avec plus de trous au toit que le toit lui-même ; la pluie tombait dru et j’observais les peintures sur les murs, les yeux inondés de gouttes de ciel. Je veux dire par là qu’à observer l’oeuvre de cette artiste, il s’en détache des récits de vie, des flots nostalgiques de passé. La peinture de Baltzer raconte une bribe d’événement, cela peut être une dispute dans un couple, les joies d’une enfant solitaire, les coup de pied d’un gosse rageur qui tape le ballon contre le béton, ou bien un homme absorbé par la lecture d’une histoire, ou cet autre qui a plongé dans la boisson pour oublier celle qu’il a vécue. Toutes ces histoires et de nombreuses autres, nous pouvons les imaginer à travers ce que nous proposent les gris brouillés, les jaunes criards, le dramatisme de carreaux de faïence brisés, la fragilité discordante des formes.

Les formes construisent au-delà des frontières du cadre, et détruisent soudain à dessein l’équilibre, comme la cabriole inattendue d’un gosse des rues qui plonge ses mains dans la flaque, le soleil flottant entre ses jambes écartelées. Les contours mêlés aux griffures de la toile constituent des poèmes en mouvement, sans paroles, murmures que l’air projette sur le tokonoma, trou japonais, creux d’éternité, tunnel pour les âmes. Dans la peinture de Baltzer le spectateur palpite dans la couleur, respire en léthargie, délivre son regard fureteur, et l’artiste soutient là la secrète perforation du toucher. Le blanc quadrillé, comme des fenêtres filmées par un objectif à flou, rappelle ces vieux films en noir et blanc, l’intense réverbération de la lumière tapie sous des lampadaires peuplés de chats. Le peintre a répertorié les teintes du cinéma, la couleur de l’image rayée sur vieille pellicule, et tire de ce geste l’ardeur d’un tremblement sur écran. Chaque tableau résulte d’un cadre cinématographique, agrandi à la dimension que seule la pupille peut dénaturer, en des centaines de millions de superpositions, surmillimétré dans son aspiration à l’existence naturelle. Les murs filmés revisités, la référence est alors plus profonde, l’analyse bien plus cryptique. L’artiste reflète l’observation une façade à travers un film, la description d’une quelconque réalité à travers un poème créé dans la tête du spectateur ; cette bribe éparse de béton finit naturellement par être abandonnée par les personnes qui l’ont habitée. Ce sont des surfaces innervées et nerveuses, comme des membranes de mémoire recouvrant d’épaisses couches le sentiment urbain des textures. Survient alors la logique des ombres, qui s’entrecroisent et bordent la scène en silence, serrées et lentes, heurtant brèves ou légères nos corps, saisis désormais par l’illusion poétique de la projection Baltzer.

Zoe Valdès, 2008(traduit par Albert Bensoussan)


Sans titre, 2008, 175 x 185 cm. Photo Alan Keohane.


Vernissage "Dust"

Vernissage "Dust"

 

LE PARCOURS DE L’ARTISTE

Formation

2000 – 2002 Slade School of Fine Art, Londres. Master.
1996 – 1998 Chelsea School of Art, Londres. BA (hons).
1996 - 1996 Ecole Nationale Supérieure des Beaux- Arts, Paris.
1991 – 1992 Kent Institute of Art and Design, Canterbury. BA (hons).


Sans titre, 2008, 160 x 140 cm. Photo Alan Keohane.


Expositions personnelles

2007 Delfina Studios, Londres, Fullcircle Art Consultancy.
2004 Centro de Arte Moderno. Madrid, Espagne.
1994 Galerie Parvi, Paris.
Expositions collectives récentes
2007 AIM (Arts in Marrakech) festival, galerie Rê
2007 ‘Nord Sud’, galerie Rê, Marrakech
2005 Hackney Forge. ‘Multum in Parvo’, Londres.
2005 The Phillimores. With Full Circle Art Consultancy, Londres.
2004 “Artskool Paris-London Book Project.” Travelling exhibition.
Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts, Paris. St Martins, Londres.
2004 Salon Européen des Jeunes Créateurs, Montrouge, France. Exposition itinérante,
Espagne, Portugal et GB
2003 “Nth Art, exhibit 001”. Ols and Co gallery, Londres.
2003 “Le Domaine Perdu”, Périgord, France.


Sans titre, 2008, 185 x 175 cm. Photo Alan Keohane.
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Prix


2002 – 2003 Adrian Carruthers Studio Award. ACME studios, Deptford, Londres.

Publications

Revue “Temporel”, ‘Sibylle Baltzer par elle-même’.
Catalogue pour l’exposition personnelle au Centro de Arte Moderno, Espagne,
essai de David Ryan, 2004.
“Youl” magazine, France, January 2004.
“100 reviews”, Matthew Collings. Revue de l’exposition “Hang the Curator” 2001
“The World As It Is”, John Taylor. Illustration de couverture. Cedar Hill Publications.1999

Le désert n'a pas de dimension, comme la mer, il peut s'étendre à l'infini ou se rétrécir jusqu'à avoir les dimensions d'un tableau, mais il n'y a pas un désert digne de ce nom ni une mer véritable sans son île ou mieux encore sans son radeau de sauvetage.
Désert rétréci jusqu'à devenir une ville ou ce qui en reste : un signe de la vie et du temps qui la déchire.
Mer rétrécie à la signification humaine de quelques morceaux de bois censés flotter.
Île volcanique gardienne de la vie sous la lave.
Voici les métaphores que la peinture de Sibylle évoque en moi, peut être parce que j'aime le désert, les îles et les radeaux de sauvetage en pleine mer sous le soleil et les Alizés ou tout simplement la beauté en danger.
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Luis Mizon

Vers une ouverture perpétuelle

Sibylle Baltzer ne déroge ni ne manque à l'abstraction pure, c'est-à-dire à un projet compositionnel qui suspend toute espèce d'achèvement pictural; elle œuvre sans ornements ni repeints, musicalement, dans la justesse criante de l'harmonie. Sous l'éclairage d'un Piero della Francesca ou d'un Cézanne et dans la proximité savante de Malevitch, l'abstraction non illustrative ouvre des voies austères et violentes, sans concession pour le désir commun d'identification: il s'agit pour l'artiste de montrer des forces primitives avec toute la science de l'intuition, de centrer le regard sur l'évidence décalée de fragments de réalité, dans leur insignifiance lacunaire. En même temps qu'il s'incarne et s'isole dans l'acte plastique singulier, le geste ainsi peut s'abstraire sur le support même. Sibylle Baltzer use de matériaux trouvés et d'amples surfaces qu'elle construit ou peint à partir du vide symbolique, sur une tension dramatique résolue par des moyens minimaux sans être minimalistes: l'opposition d'une sombre vague monochrome envahissante et d'une périphérie en fond clair par exemple (et inversement), la force concentrée du noir face aux exaltations rouges, ocre ou bleues. Évoquant une rétrospective mémorable de Fautrier, Sibylle s'explique lumineusement: "Je cherche un langage qui soit pétri d'une matière. Il se trouve que c'est une matière urbaine dont je tente d'extraire une certaine archéologie de signes et d'aplats. Par ce biais, j'ai atteint cette abstraction. C'est en travaillant que les structures s'imposent. Cependant, rien n'est jamais arrêté, je cherche à préserver une forme d'ouverture perpétuelle." Ainsi use-t-elle volontiers de collages bruts, sortes d'implants du réel, cherchant l'antagonisme, l'effet d'impact, le contraste des strates. Avec inquiétude, elle investit sans retour pléonastique le grand silence du visible afin d'en saisir l'empreinte inexpliquée, l'énigme à jamais suspendue, vers quelque délivrance sans visage ni désignation, de l'ordre de l'intelligence, de l'intellect poussé au plus juste de l'aphasique et combien éloquente représentation, cette réalité offerte comme un écorché dont la peau serait nos mains et nos yeux. Au regard de ce travail, on se souvient d'un jugement de Malevitch: " Le plus précieux dans la création artistique, c'est la couleur et la texture; celles-ci constituant l'origine picturale et plastique que le sujet n'a de cesse de nier. Sibylle Baltzer traduit, ou plutôt initie ses intuitions "par pratique et jugement de l'œil" comme l'enseignait Vinci. En tournant le dos au miroir "où s'imitent les choses les plus opposées, sans cognition de leur essence", elle investit avec rigueur les territoires violents de l'immédiateté, vers une forme d'ouverture perpétuelle.


Hubert Haddad

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