{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Voix vives de la Méditerranée balkanique et grecque

Puslojic , Lucic, Anghelaki-Rooke, Smiljanic-Dijkic, Hajdarevic, Brkovic, Miksic

Parution juillet 2010 :

Adam PUSLOJIC

MEDITERRANEE DES BALKANS
(Serbie)

 

L’automne approche
Et ma vie s’amincit
Comme semblable
À une petite branche

Je ne sais pas
Ce que j’attends
En ce lieu sacré
Où il n’y a pas de temples

Et je suis ce temple
Et ne suis rien
Ou je ne suis que grain
Dans la queue du vent

 

 

Adam Puslojic est né en 1943, à Kobišnjica. Après des études de littérature à l’Université de Belgrade il publie, entre 1967 et 2010, une trentaine de recueils de poésie : Existe la terre, Je tombe vers le ciel, La religion du chien, La porte à l’Est, Le témoin, Le nouveau seigneur… Il a également publié en roumain plusieurs recueils tels que Plang, nu plang, (Je pleure, je ne pleure pas), Trimitor la vise (Emissaire des rêves)… Membre du Pen Club de Serbie, il est aussi, depuis 1995, membre honorifique de l’Académie roumaine, et Docteur honoris causa de trois universités roumaines.

Bilingue serbo-croate / français ISBN 2-978-913896-95-6
10 €


Adam Puslojic et son éditeur, Sète, 2010

 

Parution juillet 2011 :

Predrag LUCIC

MEDITERRANEE DES BALKANS
(Croatie)

 

 

 

Quand on aime il faut partir
Partir sans claquer la porte du wagon
Ces au revoir ces perrons ces au revoir
Si on la claque
Elle se rouvrira
Suis-je certain de ce que je dis
Ces ouvertures ces regards ces rencontres
Non je ne le suis pas
Mais j'ai rêvé de trains aux portes ouvertes
Au cas où quelqu'un changerait d'avis

 

Predrag Lucic vit actuellement à Split, où il est né en 1964. Avec un groupe de collègues, il fonde en 1993 l’hebdomadaire politico satirique indépendant Feral Tribune, qui devint célèbre dans le monde entier comme symbole de la lutte pour la liberté de la presse. Il travaille aujourd’hui comme journaliste pour Novi List, un quotidien publié à Rijeka. Sa poésie, sa fiction et ses pièces paraissent dans des magazines littéraires croates et étrangers variés et ses œuvres sont traduites dans plusieurs langues.

 

Bilingue serbo-croate / français ISBN 978-2-36426-003-0
10 €



Predrag Lucic, Sète 2011

 

Parution juillet 2011 :

Katerina ANGHELAKI-ROOKE

MEDITERRANEE GRECQUE

 

 

Les poèmes ne peuvent plus
être beaux
puisque la vérité s’est enlaidie.
Désormais l’expérience
est le seul corps des poèmes
et tandis que s’enrichit l’expérience
elle nourrit le poème et sans doute lui donne force.
J’ai mal aux genoux je ne peux plus
m’agenouiller devant la Poésie,
je ne peux lui offrir
que l’expérience et les blessures.
Les adjectifs sont défraîchis —
seuls mes fantasmes
peuvent désormais orner ma poésie.
Mais je la servirai toujours
tant qu’elle voudra de moi bien sûr
car elle seule me permet d’oublier un peu
l’horizon bouché de mon avenir.

 

 

Née en 1939 à Athènes, où elle vit et travaille, Katerina Anghelàki-Rooke suit des études de Linguistique en Suisse et en France, avant de publier son premier recueil en 1963, Loups et Nuages. Vingt-deux autres suivront. Ses poèmes ont été traduits dans différentes langues ; elle-même a traduit en grec Dylan Thomas, Seamus Heaney, Derek Walcott, Anna Akhmatova, Pouchkine, Lermontov et Maïakovski.
Nicos Kazantzakis, auteur de romans, poèmes, essais et pièces de théâtre, a été son parrain en littérature.

 

ISBN 978-2-36426-017-7
10 €

C'est dans la collection du festival que paraît Dans le ciel du néant, puisque Katerina Anghelaki-Rooke en est l'une des invitées. Après avoir chanté l'amour, confessé ses sentiments les plus intimes et observé chaleureusement le réel le plus humble,c'est d'une voix angoissée par l'approche de la mort qu'elle essaie de retenir quelques parcelles de vie. "Ma seule participation au monde/c'est ma respiration";" c'est que je me consacre tout entière / le visage qui me promettra / l'éternité du dernier présent/ pour un instant", écrit-elle avec regret. La vie s'en va lentement, s'écoulant dans une langue qui s'est dépouillée, est devenue limpide. De ce chant qui prend souvent l'allure d'un ultime adieu naît une émotion qui n'en est que plus intense. Certes, c'est la vie bruissante et palpitante qu'elle évoque dans chaque mot, mais elle en parle au passé et avec nostalgie et mélancolie. Le chant qui a exprimé avec lyrisme et délicatesse les sucs et les saveurs de la nature s'est fait murmure et confidence. Elle qui a chanté avec grâce toutes les beautés du monde se retrouve " sans voix" car elle ne peut imaginer un monde qui ne naisse pas sans cesse. Mais la mort est là, qui hante les pages. Pourtant nulle tristesse morbide dans cette poésie; au contraire, une sereine joie d'être y affleure. "Ah qu'il était beau l'Amour", s'exclame-t-elle en évoquant les plaisirs charnels passés; désormais elle assure, philosophe, que "Quant au dernier amour/ Il est comme le premier/ Il pousse dans le champ de Platon". Katerina Anghelaki- Rooke affirme qu'elle " n'écrira jamais / avec l'encre de la Vie/ le mot FIN", tout en s'interrogeant sur les traces qu'elle laissera. Qu'elle soit rassurée : elle qui a si bien décrit "le mouvement des bêtes, leurs petites pattes douces, les ailes déployées", a déposé ici, des mots graciles comme des traces d'oiseaux; mais ses mots ont encore des ailes qui permettront à sa poésie de longtemps s'envoler dans le ciel.

Je me demande quels autres arrangements
la vie va inventer
entre la débâcle d'une disparition définitive
et le miracle de l'immortalité chaque jour.
Je dois ma sagesse à la peur:
je jette
pétales, soupirs , nuances,
L'air, la terre, les racines, je les garde,
je veux lâcher le superflu
pour entrer dansle ciel du néant
avec presque rien.



A-J. Lacot
Magazine littéraire, juillet-août 2012

 

Cahiers critiques de poésie n° 26, CIPM, décembre 2013

 

Parution juillet 2012 :

Vojka SMILJANIC-DIJKIC

MEDITERRANEE DES BALKANS
(Bosnie-Herzégovine)

 

 

Je sais parfaitement mentir
Quand je dis :
Que l’amour est
Dans chaque goutte du vin insulaire
Et de la pluie de mai
Que l’amour est l’air
D’été rafraîchi par le tonnerre
Que je respire
Que l’amour est ce chemin horrible
Par lequel tu me conduis vers la mer
Que l’amour est une même aube
Sous la mer
Et sur la mer

 

 

 

Vojka Smiljanic-Djikic, écrivain et traductrice, a voué sa vie à l’ouverture culturelle des Balkans sur le monde. Née en 1932 à Mrkonji? Grad et diplômée en littérature de l’Université de Belgrade, elle débute dans le journalisme à la Radio Culturelle de Belgrade en 1956. Elle édite ensuite sa propre revue, Troisième Programme, chaque numéro offrant un panorama des activités culturelles dans les Balkans et dans le monde. En 1992, lors de la guerre des Balkans, ce journal évolue et prend le nom de Sarajevo Notebook et sa mission de diffusion prend une plus grande ampleur ; il se veut une plate-forme organisant la diffusion de la culture européenne et balkanique malgré le conflit. Cette revue est aujourd’hui l’une des revues culturelles les plus importantes des Balkans Occidentaux.

ISBN 978-2-36426-016-0
10 €

 

Cahiers critiques de poésie n° 26, CIPM, décembre 2013


Vojka Smiljnic-Djikic, Sète 2012

 

Parution juillet 2013 :

Hadjem HAJDAREVIC

 

 


H. Hajdarevic, stand Al Manar, place du Livre à Sète, 2013

 

Hadžem Hajdarevic est né en 1956 à Kruševo près de Foca en Bosnie-et-Herzégovine. Il vit et travaille à Sarajevo où il a fait des études littéraires à la Faculté de philosophie. Il est poète, écrivain, essayiste, journaliste, chercheur en linguistique, éditeur et directeur de collection. Il a publié un panorama de poésie contemporaine en Bosnie-et-Herzégovine Do potonje ure (« Jusqu’à l’heure suprême », 2010).
Entre son premier recueil de poésie Seobe obala (« Migrations des berges », 1981) et le dernier Sutjeska (« La Sutjeska », 2012), une dizaine de recueils ont vu le jour. Il a également écrit plusieurs recueils de nouvelles et d’essais. Plusieurs prix littéraires lui ont été décernés.
Il est auteur de plusieurs manuels de lectures pour le lycée, ainsi que pour l’école élémentaire en tant que coauteur.
Dans le cadre de ses activités à l’Association des écrivains en Bosnie-Herzégovine, il a dirigé le festival littéraire international « Journées de poésie de Sarajevo » entre 2002 et 2012.

la critique :

Hadzem Hajdarevic est un poète bosniaque né en 1956 qui vit et travaille à Sarajevo. Il écrit et publie ses propres poèmes mais s’occupe aussi beaucoup de faire connaître la poésie contemporaine de Bosnie-Herzégovine en y publiant des anthologies et en y organisant des festivals. Visage de l’eau, ce très beau petit livre bilingue, publié aux éditions Al Manar – saluons au passage la belle qualité du catalogue de cet éditeur, aussi bien du côté des poètes français qu’étrangers – donne à découvrir un choix de poèmes écrits entre 1987 et 2012. L’écriture est précise, libre, et nourrie du questionnement autour des complexités des destinées humaines, aussi bien celles reliées à l’histoire d’un pays, que celles plus atemporelles, intimes, anonymes. Une langue extrêmement sensible portée par la mémoire autant que par l’attention au temps présent, et qui fait porter le regard sur des mondes aussi bien intérieurs qu’historiques.

ALBANE GELLÉ, CCP n° 28, décembre 2014

Parution juillet 2014 :

Balsa BRKOVIC

Et la Ville a l’air d’un énorme
Lézard au Soleil.
Divinement immobile :
la chaleur entre sous les ongles, disent les gens d’ici.

C’est l’image.
Elle nous protège derrière le cynisme
de ce qui est derrière des couleurs.

 

Né en 1956 à Podgorica, Balša Brkovic a publié cinq recueils de poésie : Horses eat peaches en 1985, Philip in silver colour en 1991, Cape of St. Mary en 1993, Contrapposto en 1998 et Parting en 2001 ; un roman, Berlin circle, en 2008 et des nouvelles, Private gallery, en 2002, Paranoia in Podgorica en 2010 et Beach of Imelda Markos en 2013.

Balša Brkovic est un maillon fondamental de la nouvelle littérature monténégrine, un mouvement qui change radicalement le paysage littéraire monténégrin depuis les dix dernières années.

 

ISBN 978-2-36426-035-1

 

Parution juillet 2015 :

Vanda MIKŠIC


ISBN 978-2-36426-055-9, 12 €

Née en 1972 à Šibenik (Croatie), Vanda Mikšic a fait ses études à la Faculté de Lettres de Zagreb et à Bruxelles. Elle enseigne actuellement la traduction à l´Université de Zadar. Membre de la rédaction de la revue littéraire Tema, elle codirige également la collection « Domaine croate/Poésie » au sein des Éditions L'Ollave. Son premier recueil poétique, Respire dans le masque, respire normalement, est paru en 2012. Elle a également publié une quinzaine d’articles scientifiques, un livre d’essais et de nombreuses traductions. Elle a reçu en 2008 de la Société des traducteurs littéraires croates le Prix de la meilleure traduction d'une œuvre non-fictionnelle ; en 2015 le ministère de la Culture croate lui a décerné le Prix Iso Velikanovic pour la meilleure traduction. En 2014, le ministre français de la Culture et de la Communication l'a nommée chevalier des Arts et des Lettres.


dans notre petite ville il fait parfois tellement
froid que les gens le matin ne font que se croiser.
ne s’arrêtent pas. en guise de salutation ils ouvrent
la bouche comme des poissons. un étranger pourrait
s’en étonner. de ces bouches ne provient aucun son, ne sort
pas même la buée. à midi, lorsque le froid s’estompe, l’air
s'anime et dans les rues déjà désertes se mettent
à résonner des milliers de bonjour ! ça va !



?
Vanda en signature sur le stand Al Manar, entre Paul Chaoul et Emmanuel Damon

Parution juillet 2016 :

Jasmina HOLBUS

 

MEDITERRANEE dES BALKANS
(Serbie)

Que quelqu’un d’autre
Prononce la parole morte
Que la vase fraîche de la vie saine
Envahisse
Le souvenir de l’asphalte

 

La poésie de Jasmina Holbus, en grande partie, vient du théâtre ; scénographe de profession, celui qui « met les choses en scène » (Mallarmé), elle a, entre autres, inventé l’adjectif estradan, au masculin, c’est-à-dire de l’estrade, scénique, ou, si l’on se hasarde, estradé ; poète de vocation, celui qui fait parler « les choses » devenues personnages, en une sorte de monologue entre « é » et « ée », elle sait que leur « lassitude est parfois un théâtre » (Valéry) où tous les coups sont inévitables et tous les effets permis. La seule contrainte est l’hypoténuse, non le calcul immuable de Pythagore mais la corde tendue au-dessus de l’abîme quotidien…, de ces petits spectacles de poche.
L’É et l’Ée, Léda et le Cygne, Pélé et Méli, des voix différentes mais non tant, qui se confondent, se nouent, fondent et forment, tels deux instruments à cordes jouant un staccato jusqu’à la plus haute note, une dissonance dont la solution ne dépend que de « l’Intelligence du lecteur ». K. M

 

ISBN 978-2-36426-074-0
12 €