{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Voix vives de la Méditerranée africaine

M. Ouassat, N. Mosquito, A. Melaoueh

Publication juillet 2010 :

Moubarak OUASSAT


MEDITERRANEE AFRICAINE
(Maroc)

De mes cheveux se sont envolés des papillons
pour importuner le soldat
des papillons qui piquaient jusqu’au sang
Et quand je m’en suis approché
ils ont redoublé de férocité
C’est ainsi que j’ai commencé à susciter des doutes
La soumission ne m’a jamais attiré
voilà pourquoi je façonne maintenant des flèches
avec des gouttes
de vin

 


Moubarak Ouassat est né en 1955 à Mzinda, un village de la région de Safi, au Maroc. Sa poésie est publiée dès1974 ; elle sera traduite en français, en anglais, en allemand, en espagnol, en macédonien et en suédois. Auteur de plusieurs recueils, Ouassat est également professeur de philosophie, chroniqueur littéraire et traducteur. Il a traduit en arabe de nombreux poètes, notamment Robert Desnos et Henri Michaux.

Bilingue arabe / français ISBN 2-978-913896-96-3
10 €


Mbark Ouassat, Sète, 2010

 

Un éclair dans une forêt Moubarak Ouassat. Ed Al Manar
Les oiseaux, la lumière,  le ciel,  les arbres, l’amour, la passion, y compris celle du désert. On trouve tout cela dans ce petit recueil savoureux qu’on doit au poète marocain  Moubarak, ou M’Bark, Ouassat .
Un titre en forme de laser dans une maison d’édition alliant la grâce à la simplicité / Un éclair dans une foret vient de paraître aux Ed Al Manar Neuilly. Cela vaut le détour.
Car la passion ici est aussi celle du nomade mental qui patrouille jusqu'au désert. Parfois dit-il il me semble que mon existence n’a pas de raison d’être. Et que je ne  suis qu’un angle dans un triangle de vibrations 
Un éclair dans une foret
Une étincelle dans les yeux de l’été
On imagine la beauté de ces vers  en  version arabe puisque le recueil est publié dans les deux langues. Avant d’aller plus loin quelques  mots de l’auteur
M’bark Ouassat est un poète précoce.  Né en 1955 dans la région de Safi, il publie dès 1974 ses premiers poèmes à l’âge de 19 ans. Il est traduit dans plusieurs langues, dont le français, l’anglais,  l’allemand,  l’espagnol, le suédois et le macédonien ;  mais oui sa poésie n’a pas de frontières. 
La preuve c’est que l’auteur de ce recueil est connu pour avoir traduit en arabe de nombreux aînés dont Robert Desnos ou Henri Michaux.  Ce traducteur est également professeur de philosophie et chroniqueur littéraire.
Dans  cet Eclair,  il nomadise entre l’exil,  L’Eternité,  ou l’œil métaphysique, ce ventre de la vie intérieure, 
Et on s’en va guidés par une étoile dans le cœur
Il y a les langues d’un braise  qui dansent sur nos cils
Ne sont-elles pas  une lueur d’un songe sur la terre de la solitude bleue ?
Que de marins au  long cours, que de  clandestins calfeutrant leurs rêves  au fond d’une patéra  ont obstinément anticipé ces mots du voyage :
« Toujours l’œil en entrée
Et maintenant
Que nous devons partir, sache
Que ce sont les yeux des antilopes qui
Vont nous secourir sur le pont
Le pont que nous allons traverser
Ce recueil respire  l’air du large au goût d’algues iodées,  le vent de la liberté aussi. A quel pair, à quel poète   inconnu  à quel Hallaj  ou Zyriab  d’aujourd’hui,   l’auteur adresse t-il cette sorte de haï-ku :
Ils l’ont ligoté / pendu
A des cordes vocales
Ses pieds pendent, pendent,   se rétractent, se dilatent
Ils accordent le vent de l’Est…
 Voila ce recueil marin et  minéral

Cela s’appelle  Un éclair dans une forêt . M’barak Ouassat. Al Manar

Jilali Bencheikh, pour Radio-Orient

 

Publication juillet 2011 :

Nastio MOSQUITO


MEDITERRANEE AFRICAINE
(Angola)

 

 

Quand la faim de celui qui mange est
Assouvie par la soif de celui qui a tout et demande tout
Pas moyen de n'avoir la bouche qui pue des pieds

Même pas de reliefs poour celui qui espère
Sourd, muet, aveugle sans ego
Même pas des miettes de pain ni des pépites d'or
Ni de discipline du Christ ni de foi de Maure

Le voilà le régime de l'Angolais
Patrie potentiellement pathétique
Philosophie essentiellement diététique

 

 

Poète, performeur et musicien, Nàatio Mosquito est né à Huambo (Angola) en 1981. Après plusieurs projets collectifs, il poursuit seul en mêlant écriture, création musicale et arts plastiques. Il est également journaliste et animateur pour la télévision et la radio.
Depuis 2006, il présente différents travaux dans le monde entier : photographies, vidéos, concerts, performances. Il a participé notamment à la Biennale de Venise en 2007 et au festival Poetry Africa de Durban en 2008. Son nouvel album, Saindo do armario, est sorti en février 2011.

Bilingue portugais / français ISBN 978-2-36426-006-1
10 €


N. Mosquito, Sète 2011

Parution juillet 2015 :

Abdelouaheb MELAOUEH

MEDITERRANÉE AFRICAINE
(Tunisie)

 

Nous aurons peut-être un possible
Chaque fois que s’envolera un foulard
S’affranchissant de la servitude de l’air
Que nous monterons aux terrasses des déserts
Abandonnant Joseph
Abandonnant ses frères
Et les promesses grasses
Pour que se pose sur l’épaule de l’ombre
Un oiseau de générosité
(...)


Abdelouahaeb Moulaoueh, poète et traducteur, est né en 1961 dans le Sud tunisien, où il réside. Il a publié huit recueils de poésie (Parchemins de la dernière solitude, 1995 ; La nuit est toujours seule, 2010 ; Le livre de la désobéissance, 2012), un roman, et de nombreuses traductions : Pessoa, Michaux, J-Cl. Vilain, Topor...), ainsi que des essais sur la poésie en prose et la littérature.

Il est l’un des fondateurs du syndicat des écrivains tunisiens, créé en 2010

 

ISBN 978-2-36426-054-2, 12€

Abdelouaheb Melaoueh : Nul ne vient à son heure

Par CHRISTIAN TRAVAUX

Un poème qui ne serait que des vers est un non-poème, un feu mort, un ciel sans étoiles, une terre sans silence autour. Un assemblage fait de paroles alignées tout le long d’un fil, ou tout simplement déroulées sans qu’y perce une architecture, ou le moindre squelette humain, la moindre ligne directrice, un collier de verroterie, un bijou faux. Car un texte – comme dit Jacob – doit être « situé », c’est-à-dire bel et bien placé en orbite sur un axe, en rotation autour d’une planète absente, d’un soleil sensible à l’œil.
Ainsi de ces textes d’Abdelouaheb Melaoueh, Nul ne vient à son heure, une anthologie de quinze poèmes, où « je » se décline et s’avoue, et s’expose, et se met à dire en roue libre, sans plus de droits. Des images. Beaucoup d’images. Des jeux fulgurants d’étincelles qui s’épuisent face au silex de la langue, font fumée noire et opaque plus que feu clair. Des rapprochements, souvent mal maîtrisés : « ses yeux (…) des gares grouillant d’attente » (p. 9) ; « le jardin est une balançoire captive dans la gorge de l’air » (p. 27) ; « le ciel page blanche en séance de coloriage » (p. 43) ; « le ciel qui se dresse tel un policier dans un carrefour » (p. 51). Là, la recherche reverdienne de l’image, du stupéfiant-image, l’étincelle, échoue. Rien ne naît là, qui brille un peu, ou promette dans son eau claire quelque chose de la journée.
Trop d’abstractions, aussi. Des mots abstraits qui, créant une allégorie, font s’éteindre le plus petit incendie, ou le moindre feu : « un oiseau de générosité » (p. 21) ; « le journal de l’herbe » (p. 21) ; « restaurer du néant » (p. 51). Et trop de génitifs encore qui s’enchaînent, comme une voiture qui tousse, qui cahote, se refuse d’avancer, et qui cale en route : « Au soir du cru du délire du verbe » (p. 37), au point qu’il serait légitime de s’interroger devant ça sur la traduction proposée. Sans lire l’arabe, il est facile de se rendre compte que la longueur même des vers n’est guère, n’est jamais respectée, proposant une autre découpe difficilement justifiable ; ou même que des fautes de langage, des maladresses, sont apparentes : « il est encore tôt pour notre gémissement à deux / coule en moi ; respire dans mon désir pour posséder mon / frisson et escalader ce que j’ai apprêté par amour pour toi / Ô toi onde de la féminité » (p. 17).
De toute évidence, Melaoueh ne passe pas – comme le dit Emaz – la lime tous les jours sur ses vers, ne « menuise » pas, comme l’écrit encore Antoine Emaz. Il le faudrait, pourtant, tant la langue du poème est feuillage, château de cartes, fragile construction de langage, ou encore, comme dit Reverdy, une maison qu’on voudrait bâtir, mais qu’on ne peut faire qu’en jetant dans l’espace les briques en l’air en espérant que cela tienne. De cela, l’auteur de Nul ne vient à son heure ne semble guère persuadé, tant sont faibles ses constructions, ses passages, ses enchaînements, et le coup de poing du langage qu’offrent ses textes. Certes, la discontinuité est de mise depuis longtemps en poésie. Apollinaire, le premier, l’a revendiquée. Mais une discontinuité maîtrisée, facétieuse même, jouissive dans tous les cas.
Et, ici, rien. Du langage sans pertinence, comme de l’eau qui coule et s’efface, et dont on ne garde pas trace, après lecture. Il est dommage que la poésie, dans son feu, dans son âtre, son incendie, soit ici si peu respectée. Elle est, parmi tout ce qui fait notre époque tant mercantile, le seul présent à conserver, le seul être à protéger, de nos deux mains, du froid des jours. Il importe de le redire afin que sa cendre précaire, sa lueur faible et vacillante, son peu de braises, ne s’éteigne pas tout à fait, dans ces jours troubles.
Et qu’elle hante nos vies, toujours, comme le feu d’une lampe à huile, sous la pluie ou dans la tempête.

Parution juillet 2016 :

Ashur Etwebi

MEDITERRANEE AFRICAINE
(Libye)

Je tiens la bobine d’une main
De l’autre, un fil
Le ciel est là-bas, au-dessus de la montagne
Il me faut faire s’envoler ma solitude avec ce fil
Je la vois s’élever encore et encore
Et lorsque la queue de ma solitude disparaîtra
Je trancherai le fil
Et jetterai la bobine dans le puits

 

Médecin, traducteur, Ashur Etwebi compte parmi les poètes les plus renommés de son pays. Né à Tripoli en 1952, il publie son premier roman, Dardaneen, en 2001. Organisateur d’événements littéraires en Libye (dont le Tripoli International Poetry en 2012), il est l’auteur de neuf recueils de poésie et le traducteur en arabe de plusieurs poètes américains, canadiens et lithuaniens. Contraint à l’exil en 2015 après l’attaque et la confiscation de sa maison à Tripoli, il vit désormais à Trondheim, en Norvège. Ses œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues.

 

ISBN 978-2-36426-075-7
12 €

Sète, soirée d'ouverture du Festival de Poésie, 22 juillet 2016 dans les Jardins du Château d'Eau : Ashur Etwebi, un poète lybien, dit en arabe un de ses poèmes, suit sa traduction en français, qui retient aussitôt mon attention.
Cette voix s'imposera comme l'une de ces "Voix vives" de la Méditerranée, que nous offre chaque année le Festival.

L'auteur, né à Tripoli en 1952, est médecin, romancier et poète, auteur de neufs recueils de poésie. Il a traduit en arabe plusieurs poètes américains, canadiens et lithuaniens et compte parmi les poètes les plus renommés de Lybie, nous dit la quatrième de couverture de ce recueil, Un jet de pierre, paru en version bilingue, arabe - français, aux éditions Al Manar à l'occasion du Festival Voies Vives de Méditerranée en Méditerranée, 2016.
Contraint à l'exil en 2015, après l'attaque et la confiscation de sa maison à Tripoli, il vit désormais à Trondheim en Norvège.

 

Bibliographie :
Ashur Etwebi, Un jet de pierre, Al Manar, 2016


sur internet :
http://jmdinh.net/objet/ashur-etwebi

Roselyne Fritel
https://lintula94.blogspot.com

MARS 30, 2017
Ashur Etwebi : Un jet de pierre

PAR SÉBASTIEN HOËT

« J’écris mes poèmes avec une vieille pierre » (p. 37). Ashur Etwebi est un poète libanais, contraint à l’exil en Norvège depuis 2015. Il écrit en effet ses poèmes avec une vieille pierre, non pas une plume ou un stylo, encore moins un clavier d’ordinateur, et dans une langue immémoriale, richement métaphorique, comme nous n’osons plus en pratiquer ou en parler aujourd’hui en France – où règne l’universelle dénégation des pouvoirs de la métaphore : « Le mystère est pluie / L’imagination est couverture / Les assassinés sont sel » (p. 19). Avec Etwebi nous parcourons un pays ancien, où la nature est aussi présente, insistante, que l’est l’homme : « Au bout d’une fragile après-midi / Une mer immense / Des arbres évidés / Un papillon, une tombe » (p. 7), c’est un Liban minéral qui s’étend ici, où la nature et l’homme poursuivent parallèlement leur existence, une existence à jamais blessée par la guerre et ce qu’Etwebi appelle la terreur. On entend le silence, dans ces poèmes et entre eux, le pas des hommes armés dans les rues désertes aux maisons closes, et on s’étonne que la vie survive, que le désir persiste malgré tout : « Enroule le désir des filles autour de ton poignet / Hennis comme un pur-sang » (p. 27). Les « haïkus de guerre » qui achèvent le recueil montrent magnifiquement cette poignante conjonction de la vie et de la mort.

CCP, mars 30, 2017