{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Vie saxifrage

le livre , l'auteur, le peintre, la critique


Collection "Poésie "

Format 22 x 15 cm,
sur Bouffant édition
et Vergé pour le tirage de tête.

Peintures de Myoung-Nam KIM

 

26 exemplaires, sous couverture Rives d'Arche et emboîtage M - C. Sergent ;
4 exemplaires de chapelle,
tous numérotés, rehaussés d'une peinture originale
de Myoung-Nam KIM en frontispice.

Tous sont signés par l'auteur et par l'artiste.


Parution juin 2012

ISBN 979-10-90836-08-2

Le livre

 

"Il y a dans l'air des exploits impalpables qu'on appelle des anges et qu'on ne verra pas."


Vie saxifrage, ex 1/26


Vie saxifrage, ex 2/26

 

Le jour rentre ses ailes. On ne les verra plus. La beauté était venue pourtant, mais si légère qu’on l’avait prise pour une hésitation. La vie, n’est-elle pas toute dans le titre de ce recueil, surprenant et doux, et que l’on voudrait cueillir ? Et Gabrielle Althen n’est-elle pas, elle aussi, dans ce mouvement retenu, cet élan et cet écart, cette détermination et ce balancement ? Alliance, semble-t-elle nous dire. Alliance entre ce qui part et ce qui vient. Alliance qui nous détermine sereinement, malgré ce qui raie[nt] encore ce fond de monde. Se plaindre serait indigne. Comme son auteur, le poème se tient droit au bord de ce qui tremble. Le chant du vide − autre titre possible pour ce recueil marqué par l’oxymore – s’appuie sur l’invisible plein où la clarté danse sur la vitre de l’air ou encore dans les anneaux du paysage. C’est là que le corps rejoint l’espérance, cette jeune fille qui se réveille. Attentive à l’humble, au léger, la femme qui erre dans la cour à attendre un mot mouillé de vin mêlé de ciel a des gestes de nouveau-né sans habitudes. C’est ce qui la rend disponible. La langue poétique, très justement épaulée, retient, de l’expérience vécue, ce qui, sans chanter à l’oreille du lecteur, enchante son âme et peut l’ensemencer.

Mais il y eut des jours de pleurs sans indigence
Des vagues émanaient du profond du mystère
En soutenant le gris de la lumière
Les enfants interdits qui cessaient de jouer
Penchés en rond sur le moment
Oubliaient en riant de poser leurs questions
Et l’on se chérissait dans les anneaux du paysage

Un livre où l’expérience dégantée se double de l’expression du mystère d’être. Glissé sous une couverture sobrement illustrée par Myoung-Nam Kim, le bel ouvrage des éditions Al Manar est aussi un bonheur à toucher, à regarder.

 

Béatrice Libert, Liège

L'auteur

Gabrielle Althen, née en 1939, est une poète, romancière, nouvelliste et essayiste française. Elle vit entre Paris et le Vaucluse.
Elle a été professeur de littérature comparée à l’Université de Paris X-Nanterre, sous le nom de Colette Astier ; elle est membre du jury Louise Labé.
Gabrielle Althen fut également scénariste du film Chronopolis présenté au festival de Cannes en 1982.
Auteur de nombreux ouvrages, elle a également traduit, en collaboration avec Jean-Yves Masson, les Poèmes à la nuit de Rilke en 1994.
Elle est la fondatrice depuis 2005 de l’association des Amis de Béatrice Douvre, aux côtés d'Isabelle Raviolo, Olivier Kachler et Jean-Yves Masson.

POEMES

Le Cœur solaire, Rougerie, 1976.
Midi tolère l’ovale de la sève, Rougerie, 1978.
Présomption de l’éclat, Rougerie, avec une eau-forte de Lorris Junec, 1981, Prix Louis Guillaume.
Noria, Rougerie, 1983.
Le Sourire antérieur, Les Impénitents, 1984.
La Raison aimante, Sud, Eau-forte d’Edouard Pignon, 1985.
Hiérarchies, Rougerie, 1988.
Le Pèlerin sentinelle, Le Cherche Midi, 1994.
Le Nu Vigile, dessins de Javier Vilato, La Barbacane, juin 1995.
Sans preuves, Dune, 2000.
Cœur fondateur, illustrations de Pierre Mézin, Voix d'encre, 2006.
La belle mendiante, suivi de Lettres à Gabrielle Althen de René Char, L'Oreille du Loup, 2009.

NOUVELLES

Le Solo et la cacophonie, Contes de métaphysique domestique, Voix d’encre, 2000.

ROMAN

Hôtel du vide, éd. Aden, 2002.

ESSAIS

Proximité du Sphinx, recueil d’essais, Intertextes, 1991.
Dostoïevski, le meurtre et l'espérance, Le Cerf, 2006.

ANTHOLOGIES

Anthologie de la poésie française du XXe siècle, édition de Jean-Baptiste Para, nrf, Poésie/ Gallimard, 2000.
Un certain accent, Anthologie de poésie contemporaine, Bernard Noël, l’Atelier des Brisants, 2002.
49 poètes, un collectif, Flammarion, collection poésie dirigée par Yves di Manno, 2004.

PUBLICATION EN REVUES

Jointure (revue littéraire), figure de proue des numéros 56, hiver 1998, et 88, automne 2008
Les Hommes sans épaules, cahiers littéraires, fronton "Les Porteurs de feu" du numéro 32, second semestre 2011

A CONSULTER

Numéro 34, consacré à Gabrielle Althen, de la revue Autre Sud, septembre 2006
Note de lecture sur La belle mendiante, suivi de Lettres à Gabrielle Althen de René Char, in La Revue de Belles-Lettres, 2010, 1-21.

(source : Wikipedia)

Le peintre

L’univers créé dans l’art de KIM Myoung-Nam, qui mobilise plusieurs domaines tels que la peinture, la gravure, la céramique et l’installation, évoque celui de l’art informel ou l’art brut à travers ses tracés primitifs et ses empreintes pré-figurales, dans lesquels interagissent le geste et la trace. Le geste relève de la performance, et la trace est un trait qui émerge de ce geste flottant.
Chez cette artiste, gravure et peinture créent un même univers mais la gravure met en exergue la spécificité de son support. Dans la peinture de KIM Myoung-Nam, le plat et la transparence prédominent. La gravure, quant à elle, révèle un espace plus varié, travaille dans l’épaisseur, joue sur la surface et la profondeur, tisse une texture dont la rugosité fait apparaître à l’esprit une impression quasi-minérale de grottes, de ruines, de surfaces sur lesquelles s’écoule le temps, surfaces elles-mêmes souvenirs du processus artistique qui a engendré la gravure.
Ces traces de corrosion, entrelacées dans un réseau de superpositions, suggèrent le lieu du vestige, l’espace de la peinture rupestre, une scène imaginaire et magique dans laquelle l’art occidental et l’art oriental des origines viennent à la rencontre l’un de l’autre. L’eau forte et le carborundum accentuent l’effet de passage du temps sur ces vestiges, qui ne sont pas peinture ou description mais plutôt trace d’événements qui se sont déroulés et ont imprimé des formes qui vont s’effaçant. A l’instar du titre « Eclosion », qui évoque l’apparition du monde, les traces du geste convoquent la « pré-figure », cet état d’être avant d’être une forme, cette matrice de virtualités libérant l’imagination et la créativité du spectateur qui produit, compose, recompose, efface et rebâtit des formes sans cesse surgissantes dans la vision toujours nouvelle de l’œuvre. Le monde aquatique de la naissance et l’univers du vestige pris dans son entropie coexistent et se superposent dans l’œuvre. Les traces éparpillées dans une dispersion qui détruit la forme se retrouvent réunies dans un ensemble harmonieux, même s’il est en équilibre instable et fragile…


KIM Sou-Hyeun, critique d’art

 

Myoung-Nam KIM est née en 1961 à Jinju, en Corée du Sud. Elle vit et travaille à Paris depuis 1994. Elle est diplômée de l'Université de Kyooungnam et de l'Ecole des Beaux-Arts de Versailles en section gravure. Elle expose régullièrement en France et en Corée du Sud. Elle a notamment réalisé un livre de dialogue avec Cécile Oumhani.

 

La critique

Gabrielle ALTHEN : Vie saxifrage, Al Manar, éd. Alain Gorius, 2012.


À l’image de l’obstinée saxifrage dont les racines peuvent, d’un élan vital, effriter la roche, et par le symbole expressément revivifié de Sisyphe, les brefs poèmes de ce livre (vers et proses mêlés) parient pour la vie : ils prennent subtilement parti contre ce qui la traverse et voudrait la perdre ou la nier.
Au départ, rien ne dissimule le déséquilibre des forces en présence : en face, il y a un enfer à réparer, les crevasses du temps qu’on devrait aider la rosée à visiter ; et quoi donc pour vaincre si ce n’est la pointe d’ombre qu’on appelle nous, tête d’épingle, pivot d’abîmes ? Heureusement, le poème trouve l’allié véritable : le vent, le très bon vent, étale la nappe du vivant. Dans ce flux, cette gaze de l’air sur le lieu délicieux, qui peut transporter jusqu’au « Pays musicien », la vie ne peut qu’être goûtée : la neige sent bon le mimosa, ou encore : la liberté s’amuse sans gestes autour de toi.
Un affrontement est permanent, et avec lui les défaites successives, non seulement parce que la terre est lieu de saccage (Bleu de trop d’une piscine jouxtant le beau rivage ! / Trou vacancier empli de détritus ! […] Pour n’être pas importunés, ils ont dallé la mer), mais aussi parce que l’ennui et l’accablement parviennent à s’insinuer, nous dévisagent, nous soumettent aux agrégats du temps. Mais la lutte est celle d’un poète, et il n’est pas surprenant qu’à travers l’incertain et le maléfice, ce soient les mots qui combattent :

Trois mots qui pleurent dans le silence
Puis deux mots qui vous regardent :
De toute façon vous bougez trop !
Pour moi j’attends un autre mot
Où reposer le monde
Et commencer mon âme
Mais rien ne commence et rien ne se finit
Et des mots nous regardent
Et nous avons raison
D’attirer leur pitié
Bien que le diable la dérobe


On retrouve avec joie, dans ce livre, le ton si personnel de cette parole libre et forte qui caractérise tant d’ouvrages du poète. Avec d’étonnantes images, jamais données pour le spectaculaire, et ce sentiment d’un flux héraclitéen et d’une mêlée de contraires, à la fois cosmique et intérieure – on se souvient et on projette, on abandonne et on désire. À la fin du livre, À l’heure où tout devient regard, un consentement se fait jour jusqu’aux clartés vivables des lointains. La vie se déploie en « chair exacte » : C’est en ce point de la matière humaine que commence le ciel.



P. F.
Les hommes sans épaules

Sur deux récents livres de Gabrielle Althen

par Matthieu Baumier

C’est la vie qui regarde la vie qui respire, et le soupir grandit.

Gabrielle Althen

Vie saxiphrage, de petites proses affinées et des poèmes en vers qui disent le miroir que nous sommes d’une lumière silencieuse plus vaste que nous. Cela éclaire et éclate chaque jour devant nos yeux, et nous ne le voyons guère. Ou bien, plus. Une parole égarée.

Cette gaze de l’air sur le lieu délicieux, ce rien heureux et ces lignes sans mots pour onduler plus haut que les tourmentes vaines, lorsque là-bas, contre le jour trop clair, la neige sent bon le mimosa et que la liberté s’amuse sans gestes au bord de toi.

Tout est libre, redit le poète. Sauf nous, qui sommes enfermés en nous-mêmes, de nous-mêmes. Librement aussi, d’une certaine manière. Cela questionne cependant :

L’énigme est une roue céleste qui se laisse traverser sans se résoudre et le temps la reçoit sans y toucher, tel un vent léger faisant filer les herbes lisses.

Il y a le son qualifié d’Incendie sonore, son qui porte la beauté de la parole d’avant, toujours renaissante. Comme la fleur. Ou la rose. Ce n’est que notre regard qui ne voit plus ce qu’il voyait auparavant, l’invisible. La signature des choses. Ici, en ce monde, tout est cependant symbole. Et le regard absent n’absente pas l’authenticité symbolique de ce monde. Même si nous acceptons le théâtre virtuel que d’étranges forces fabriquent avec nos faux outils de mauvais compagnons. Cela n’empêchera pas le poème de Gabrielle Althen de porter l’espérance :

Il y a dans l’air des exploits impalpables qu’on appelle des anges et qu’on ne verra pas.

Gabrielle Althen donne simultanément ou presque La splendeur et l’écharde, aux éditions de Corlevour. Des essais. Autour de la poésie, de la peinture, de la musique. Ses mondes en somme. Lisant l’œuvre du poète, il est passionnant de croiser ses univers en ouvrant cet opus passionnant. On trouve ici ses lectures sources. Il ne s’agit pas d’un livre de critiques, au sens universitaire de ce terme. Ce sont des rencontres, des appréhensions et des confrontations, avec des œuvres et des artistes d’importance. La poésie affronte le Beau. Et celui-ci, n’en déplaise à l’air du temps, n’est pas subjectif. On croisera Pessoa, la musique, Picasso, la poésie, Rilke, Eluard, Handke, Char, Baudelaire, la mystique de Jean de La Croix ou Ingeborg Bachmann, dont on ne mesure pas encore assez l’influence souterraine sur ce début de siècle. Point de précipitation ici, des méditations plutôt. Avec des œuvres. Au fil du temps. Ce qui bâtit, en somme. Althen offre différents angles de vue, et aussi de petites proses/pensées, aphorismes, au cœur de l’ouvrage. Du bel ouvrage, et il est heureux qu’un éditeur prenne encore, aujourd’hui, le temps de publier ce livre.


Vie saxifrage dans "Europe", par Mathieu Gosztola (mars 2013)

 


(…) For Althen gathering wisdom from the outer world is a precarious process beset with fruitful tensions that only slowly metamorphose into a space of healing or calm. Set in Mediterranean regions, Althen’s Vie saxifrage keeps in sight the emotional jolts exchanged by people and landscapes and perpetuated by poetic speech: “Saignée à blanc, poudre sous la vigne, la terre et sa plaie qui rayonne, brûlure, lèvres multiples, ensemble placide” (22). The poetic gaze in Vie saxifrage drills deep into concrete reality as well as human frailty, reaffirming the discreetly persistent and hopeful intersubjective ties that develop as time passes: “Et dans le jour finissant / Je me suis mise à regarder comme toi les mains étales / Mains de femmes gravides et mains d’arbres / Un abîme ordinaire jouxtant la plaine et nos ordres de vie” (44).

Prof Aaron Prevots,The French Review, set. 2013, Southwestern University, Georgetown, USA

 

Le poème de Gabrielle Althen est "comme [ces] danseurs en arrêt dans leur vol", il suspend le souffle et plante dans la langue s atransparence et sa légèreté de telle sorte "que l'on ne sait pas bien ce qui commence", alors que tout concourt à une hésitation. "Vent léger" et "tête d'épingle" à la fois, il soudoie l'attente qui est celle d'un "soulèvement superbe" et d'un "automne hors la mort". Ouvrant la corde du temps, déployant l'énigme jusqu'à sa plus frémissante harpe, il butte contre le réel et ne restent finalement qu'un poète comme un "âne entre ses deux ballots" et des "soirs plus ronds que des sanglots sans mots". Saxifrage encore, cette espérance de paysage comme le commencement de la musique, tout en partition de vagues, en notes de saisons et en clé de solstice.

Régis Lefort, ccpM septembre 2013, p. 168