{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Sahariennes

le livre , l'auteur , l'illustrateur , la critique

Collection "Poésie"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ISBN 978-2-36426-047-4 ; 15 euros.

Le livre


       

 

Alors sur l’herbe ancienne et brûlée
Qui se souvient de l’eau
Si douce aux lèvres du caravanier

Neigent aussi soleils imprévisibles
De blancs papillons et l’impérieux désir
Où la vie recompose ses verdeurs

 

 

L'auteur

Eric Brogniet est né à Ciney (Namur) en1956. Il a publié une vingtaine de livres de poésie, des essais (dont l’un sur la poésie arabe moderne) et de nombreux textes critiques. Il a été élu à l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique en avril 2010, où il succède à Fernand Verhesen.

La critique

Éric Brogniet, Sahariennes, suivi de Célébration de la lumière, Al Manar / Alain Gorius, 2015.

Ces deux courts recueils, nés dans le désert du Wadi Rum, en Jordanie, et du Sahara, en Égypte, se sont tout naturellement ancrés dans le dépouillement, de l’être, de l’écriture, du monde. La forme, librement inspirée de l'haïku, se concentre, dans le premier ensemble, à trois vers de rythme différent, pour capturer l'instant au plus près de sa perception, mais sans tomber dans l'excès de formalisme d'un genre fixe aux règles strictes. Le travail sur les mots se double en permanence d’une recherche de sonorités, douces ou rugueuses (Ocres / Rocs rouges...), instaurant comme une évidence une équivalence entre le mot et la chose.
Et c’est bien d’instants qu’il s’agit : ceux qui s’ouvrent sur l’éternité par l’abolition de la durée conçue comme addition de secondes. Le désert n’est pas plus un nombre fini de grain de sables que l’éternité un étirement du temps commensurable. C’est une exploration permanente, un voyage qui ne se limite pas à un déplacement. Petit à petit l'exploration intérieure se confond avec le parcours extérieur. La même expérience du néant fondateur se vit dans le désert et dans la conscience libérée de soi.

Ébranlement
Conscience
Du vivant et du néant

Plusieurs thématiques s’entrecroisent et s'enrichissent mutuellement, révélant un dessin d’ensemble comme des hachures, pour qui sait regarder au-delà du trait, esquissent une silhouette : le désert volcanique, l'écriture comme trace dans le sable ou comme simoun de voyelles, le retour en soi-même dans le dénuement de la conscience, la suspension du temps... Tout cela se glisse dans des images aux multiples résonances, en particulier, dans le premier recueil, les variations sur la blessure ou la fissure — lézarde, cicatrice, convulsions, ornières, fente des falaises...

Ce travail intérieur, de corrosion et de fissures, laisse filtrer par moments des échappées de lumière, qui s'exaltent jusqu'à l’éblouissement dans le second ensemble, Célébration de la lumière. La thématique des failles s'estompe mais reste présente, transfigurée (« la clarté dans la fracture »). L'horizon s'ouvre, mais c'est le même travail entre l'intérieur et l'extérieur : la « foudre du cœur » s'abat sur la palmeraie. Lorsque la blancheur succède aux couleurs et à l'obscurité, l’expérience mystique atteint son comble : comme dans une transmutation alchimique, « le silence nous blanchit ». Le recueil débouche alors sur une discrète thématique amoureuse qui réintroduit le thème de l'autre (« mon aimée, ma lointaine ») dans ce recueil intérieur.

Jean-Claude Bologne

Eric BROGNIET, Sahariennes suivi de Célébration de la lumière, Al Manar 2015, 72 p., 15€.

Le poète de « Le feu gouverne » poursuit inlassablement sa radioscopie des éléments. Le désert, la lumière « noire », « la fournaise du ciel » sont des signes qui explorent cet univers de matières, dont il faut dire tout à la fois le peu, l’incision dans l’espace et la forme poétique choisie sert bien le propos.
« Sahariennes » propose une quarantaine de tercets d’une densité parfois glaçante, pour exprimer cette suspension des espaces pris sous la chape de la chaleur, les « empreintes des caravanes », comme les « graphies » d’éléments mobiles, chahutés par les simouns.
Les sizains (essentiellement) de « Célébration de la lumière » prennent davantage de temps pour dire aussi « l’air brûlé dans le bleu », les « sentiers pleins d’air », « « l’air où rien ne remue », ainsi que les « sables de lumière arasés ».
Un lyrisme mesuré ordonne cette seconde partie d’un livre soigné, qui offre, du désert, des palmes, et du parfum « des amandiers », et ce « noir soleil (qui) toujours nous tanne ».
Brogniet se livrerait-il, sous la métaphore ardente, à une forme de portrait ? Le dernier vers semble nous dire tout le remuement d’un sang qui sait aussi jouir de l’instant, de sa « belle ».

Philippe Leuckx
Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie