{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Ruses de vivant

le livre , les auteurs , la critique

Collection "Poésie du Maghreb"

 

20 exemplaires de tête, typographiés sur Vélin d'Arches.

1000 exemplaires typographiés sur Bouffant édition.

 

 

L'exemplaire courant : 16 €

L'exemplaire de tête : 90 Euros

 

ISBN 2-913896-23-5
avril 2004

Le livre

Ce livre est composé de poèmes de Laâbi et de dessins de Kacimi. De presque autant de dessins de l'un, que de poèmes de l'autre. Au départ Ruses de vivant devait être un livre d'artiste, manuscrit par l'auteur, dessiné et peint par l'artiste, et tiré à sept exemplaires, tous uniques. Ce projet n'a pu être mené à son terme, la mort ayant interrompu Kacimi dans son travail de création. Nous avons donc rassemblé dans ce petit volume les textes de Laâbi, et tous les dessins que Kacimi avait réalisés dans les deux exemplaires - demeurés les seuls - qu'il ait pu mener à bien.

Ruses de vivant, imprimé au printemps 2004, est donc la première oeuvre posthume de Mohammed Kacimi.

Les auteurs


A. Laâbi, 2003, Paris (gauche) ; M. Kacimi, 2003, Temara (droite)

Abdellatif LAÂBI, poète, romancier, hommes de lettres, sans doute le plus connu en France des poètes marocains, du fait de son engagement au service de la liberté d'expression (payé de huit ans et demi d'emprisonnement à Kenitra) et, depuis bientôt vingt ans, des liens qu'une activité littéraire multiforme lui a permis de nouer aux quatre coins de l'Hexagone.

Mohammed Kacimi, peintre, poète, créateur d'événements, l'un des artistes considérables du Maroc contemporain, s'est éteint à Rabat en octobre 2003.

Traversée du mur de la lumière
(avec Mohammed Kacimi)

Ce livre à deux mains, nous le préparions, Mohammed Kacimi et moi-même, avec une réelle ferveur, et j'ajouterai avec soulagement. C'est qu'il ne nous a pas été facile, alors que nous nous connaissions depuis les années soixante, de nous " avouer " le désir réciproque de réaliser un ouvrage commun où peinture et poésie mettraient dans la balance leur pesant d'âme et de chair, de blessures vives et d'énergie insoupçonnée, d'abîmes et de cimes de l'humain, et sans doute d'émerveillement devant le miracle de la vie. Il y avait comme une pudeur qui nous en empêchait. Je crois que nous avions le souci de ne pas déranger sachant qu'une telle rencontre, et vu l'exigence que nous ne pouvions pas ne pas y mettre, allait être une invite au plus intime non seulement de la création de chacun mais aussi de ses interrogations sans réponse, voire de ses angoisses personnelles, à un stade de la vie où, il faut bien se l'avouer, un homme doit aussi régler ses comptes avec la mort. Comme j'eusse aimé que le protocole régissant ce type de livre fût inversé, que Mohammed m'eût devancé en accomplissant la partie picturale. Mais le hasard, aidé par mon tempérament plus tumultueux, en a voulu autrement. Les textes de Ruses de vivant se sont imposés à moi par surprise. C'était à Guerveur, en Bretagne, le 7 mars 2003. J'ai rarement autant ressenti, en écrivant, que quelqu'un d'autre poussait ma main, la retenait et la reposait délicatement sur la page. En me relisant aujourd'hui, je me reconnais certes dans ces textes, ou plutôt j'y reconnais ce que j'estime être ma marque singulière. Pourtant, j'y ressens fortement une autre présence, celle de l'ami vers lequel allait ma pensée au moment où je les rédigeais.

J'y revois les gestes de sa main, indissociables de sa voix et de l'éclair malicieux de ses yeux. Des moments de douce complicité me reviennent quand nous devisions dans son jardin de la maison des Vieux Marocains à Témara. Que de fois n'avions-nous pas refait le monde et, bien sûr, ce Maroc auquel nous avons essayé de donner le meilleur de nous-mêmes. Que de projets, que nous estimions vitaux, n'avions-nous pas remués sans nous faire trop d'illusions sur leur réalisation dans un pays où l'intelligence et le don de soi sont tenus en suspicion. Que de joies simples et de rires partagés aussi ! Il en va ainsi de l'amitié, comme de l'amour. C'est ce qui reste quand on s'est brûlé à la vie pour l'éprouver dans son tréfonds, l'honorer et en répandre le message. L'écriture, la peinture sont là pour restituer un tel parcours et en manifester la trace. Ce livre n'en présente, hélas, que l'ébauche, l'ami ayant déposé son pinceau, par mégarde, en cours de route. Mais ce qu'il a réussi à exécuter auparavant (reproduit ici intégralement) nous saute à la gorge et nous éblouit. C'est comme si, dans une dernière envolée de tout son corps et son esprit, Mohammed Kacimi avait réussi enfin à traverser le mur de la lumière.

Abdellatif Laâbi
Créteil, 27 décembre 2003


L'un des dessins de Kacimi pour Ruses de vivant

La critique

Abdellatif Laâbi, Ruses de vivant
Al Manar (mars 2004)
Ce livre, composé de poèmes de Laâbi et de dessins de Kacimi, est, entre autres choses, une poignante interrogation sur la mort approchant. Mohammed Kacimi a déposé son pinceau en octobre 2003.

France-Culture

Jean-Luc Wauthier, Le Journal des poètes


Ruses de vivant

" Ce livre à deux mains " est l'aboutissement d'une complicité sans faille entre le poète Abdellatif Laâbi et le peintre Mohammed Kacimi, l'ultime acte d'une amitié véritable et créatrice face à l'évidence de la mort. Abdellatif Laâbi évoque dans sa préface ? Mobammed Kacimi est mort au moment de la parution de l'ouvrage ? les nombreuses intentions de projets en commun qui n'eurent pas le temps, ou l'occasion, de se réaliser. Peut-être ont-ils servi, au fil du temps, d'esquisses à cet ouvrage admirable, empreint d'une mélancolique sobriété, aux accents parfois terribles, telles ces représentations picturales de la mort, suggérée par ces êtres décharnés et sans visages, qui répondent en écho aux vers du poème: " Quitter / ne sera pas / la première déchirure / ni le premier scandale ".

Il est frappant de constater un tel degré d'intimité entre le poète et le peintre, entre le texte et le dessin, lesquels semblent participer d'un même élan, surgir d'ume même voie, couler d'une même encre, et se tourner résolument vers l'avant, malgré l'issue tragique et incontournable. La ponctuation du poème vient renforcer cette impression. Ici, ni point ni virgule. Le texte a probablement été rédigé d'une traite, si l'on en croit la préface d'Abdellatif Laâbi, qui révèle l'avoir écrit sous inspiration la nuit du 7 mars 2003. Le poème fait effectivement l'effet d'une parole longuement méditée, qui attendait depuis longtemps le moment crucial de son énonciation. Comme la vie, la parole est éphémère et il faut se hâter de la saisir. " Dépêchons ! / La vie n'attend pas ". Ruses de vivant affirme que l'existence ne peut nullement se conforter dans la nostalgie, puisqu'elle va toujours de l'avant. Peintre et poète tentent ici, sinon de regarder la mort en face, du moins de la laisser venir à eux :

" Surtout / ne pas se retourner / Il n'y a pas de nuit / qu'on ne puisse affronter / Il n'y a pas de ténèbres / sans ligne d'horizon ".

Aurélie Soulatges
Cahier Critique de Poésie n° 9, p. 206, Marseille, 2005