{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen
Le Prix de mon âme

le livre , l'auteur , l'illustrateur , la critique

Collection "Approches et Rencontres"




Roman de Vincent Batbedat



1000 ex. ; 24 exemplairesde tête enrichis d'un dessin original de Batbedat

 

ISBN 979-10-90836-12-9 ; 20 euros. DL octobre 2012

Le livre

La Sculpture restait le baume universel devant l’inquiétude de l’homme. Elle nous prolongeait, bien au-delà de la mort. Elle nous faisait vivre, vibrer, nous permettait de donner le meilleur de nous-mêmes et, par là, de garder la faculté de rire.
V. Batbedat

« Toute l'histoire du Vieux est là et j'en donne la clef dès les premières lignes. Mais ce que je dois dire, et c'est pour cela que ces vingt lignes ne suffisent pas, c'est à quel point il adhérait à son Art, comme le noyau de la mangue à sa chair, et son extrême humanité qui reste pour moi l'image primordiale de l'homme souffrant, de l'homme sensible, faible parfois, mais qui s'est battu jusqu'au bout de sa vie avec lui-même, pour conquérir sa noblesse et sa joie, à travers son métier qu'il a toujours voulu placer au-dessus de tout : la Sculpture. » 1

Le Prix de mon âme n’est pas un récit autobiographique au sens propre du terme, bien que les lieux et les personnages évoqués soient ancrés dans la vie du Sculpteur. Il s’agit ici de « Notes pour servir à la vie d’un sculpteur », comme le précise d’amblée l’auteur. Toute la matière du récit est intimement liée à ce que celui-ci – le sculpteur Vincent Batbedat – a vécu ; mais il transpose constamment son expérience de l’art et de la vie en un jeu de doubles et de reflets lui permettant d’évoquer les différents aspects de son art. Autour de l’auteur-narrateur- acteur unique déroulant pour nous l’histoire de sa vie, avec suffisamment de force de conviction pour nous faire adhérer à son récit, apparaissent ainsi d’autres personnages d’artistes, seulement désignés d’un surnom (au premier rang desquels, le Vieux), qui sont autant de personnages fictifs – et pourtant aussi réels que l’auteur-narrateur lui-même. Chacun d’eux reflète un autre versant de sa personnalité, et surtout de son œuvre, réduisant à peu de chose le « pacte autobiographique » qui aurait pu fonder ce texte. La dimension personnelle est donc estompée, au profit d’une réflexion sur l’art et sur la vie – sur une vie habitée par l’art. De ce fait la fiction acquiert ici une double portée, esthétique et morale – l’art étant pour Batbedat évidemment inséparable de l’éthique. S’il fallait classer quelque part Le Prix de mon âme, ce serait certainement du côté du conte philosophique qu’il faudrait lui trouver une place.

L’œuvre sculpté de Vincent Batbedat est divers : l’artiste a travaillé le grès rose des Vosges (ses belles ziggourat en sont faites) et la pierre blanche du Poitou ; mais aussi la terre, avec laquelle il a fondu ses bronzes ; et le métal bien sûr, l’acier inoxydable, « inaltérable », qui a absorbé la plus grande part de son énergie créatrice. Vincent Batbedat, cette force de la nature, a consacré sa vie à l’exercice de son art : “la Sculpture pour la Sculpture, et rien d’autre” ; il a voulu être entièrement sculpteur, jusqu’à ne plus être que sculpteur : “Ma vie était Sculpture et la Sculpture était en moi”. Voilà pourquoi il a dû, pour évoquer cette expérience plurielle - la pierre, la terre, le métal - qui a engagé toute sa vie, faire éclater le personnage central de son texte en plusieurs individus fictifs – l’omniprésence d’un seul Sculpteur eût semblé envahissante, et le débordement d’activité qu’a été cette vie tout entière consacrée à la Sculpture, factice. C’est du moins sans doute ce qu’il est apparu à l’auteur Batbedat, au moment de consigner l’histoire d’une vie d’artiste.

Si donc le narrateur s’est démultiplié en trois personnages, le Vieux , le Picqueux, le Gascon, tous également brûlés d’un même désir de sculpture, c’est par souci de vraisemblance littéraire : la fiction redimensionne le réel, pour éviter que le personnage central ne paraisse plus grand que nature. On mesure ici l’humilité vraie de l’auteur, car Vincent, tout Gascon qu’il fût, n’était pas fanfaron et n’aspirait qu’à disparaître derrière son œuvre : celle-ci le résume ; elle seule compte ; et c’est pourquoi Vincent Batbedat ne signait pas ses sculptures, et voilà pourquoi il n’a pas disparu en octobre 2010 : il reste bien présent parmi nous, avançant masqué pour nous dire, dans Le prix de mon âme, ce que c’est qu’être Sculpteur.
Ecoutons-le un instant encore : ce qu’il a pu déclarer par ailleurs (Catalogue de l’exposition “Vincent Batbedat, Sculptures”, Chamalières, 1993) souligne la continuité de la réflexion développée à travers les différents personnages du Prix de mon âme.

« On peut considérer grossièrement trois sortes de sculptures.
Dans la première, le sculpteur enlève la matière et approche peu à peu la forme qui en quelque sorte préexiste à l’intérieur. Ainsi la pierre.
Dans la deuxième, il ajoute la matière. Ainsi l’argile ou le plâtre qui passeront au bronze ou à la terre cuite.
Dans la troisième, il assemble des éléments. Ainsi le fer.

Dans ces trois modes aucun n’est supérieur à l’autre. Ils ont en commun la pré-vision d’une image dans l’intention du sculpteur. Mais seuls importent l’esprit et l’humanité authentiques et le fait que, grâce au travail des mains, ils pénètrent la matière jusqu’à l’évidence de la sculpture.

Car les sculptures dignes de ce nom sont évidentes. Cela veut dire qu’à travers n’importe quel sujet, s’il y en a un, elles touchent à des fibres profondes et essentielles de l’homme – directement – et les font vibrer à l’unisson du monde par le seul intermédiaire du regard. Une tête de pharaon est une sculpture extrêmement complexe et très simple à saisir.
La sculpture n’a pas à délivrer un message : seulement à exister. Comme l’homme ? »

Chemin faisant, le sculpteur s’est fait écrivain. « Nous, sculpteurs, ne serons jamais des littéraires. » Soit – mais le texte qu’il nous laisse est une réflexion sur l’art et sur la vie d’artiste qui ne manque ni d’acuité ni d’intérêt. L’écriture est forte (Batbedat est d’une génération pour laquelle il n’était pas besoin d’être « littéraire » pour savoir écrire), et la dimension humaniste, constamment présente. Un beau livre. Décidément, « Le Vieux n’est pas mort ».

Alain Gorius



Le Prix de mon âme, dessin original de V. Batbeda trehaussant l'exemplaire 5/24.


L'auteur

Vincent Batbedat (1932-2010) naît à Poyanne, en terre gasconne. En 1950, il s’installe à Paris et y fréquente jusqu’en 1956 l’Académie Julian. Sa rencontre, en 1962, avec Michel Seuphor l’oriente vers l’Art Construit. Sa passion pour l’espace et le matériau guidera sa pratique de sculpteur. Après la taille de la pierre, il travaille l’acier, puis l’acier inoxydable et le bronze.

Il participe à de nombreux salons et expositions de groupe et multiplie, à partir de 1968, les expositions personnelles dans différents centres d’art, musées et galeries en France, en Europe et aux Etats-Unis.
Il est également présent dans les grandes foires internationales : FIAC Grand Palais, Paris, Wash’Art Washington, Linéart Gand.

Ses compositions monumentales (sculptures en plein air, œuvres dans l’architecture) figurent dans de nombreuses collections privées et publiques tant en France qu’à l’étranger.

De 1971 à 2010 il vit et travaille entre Paris et son atelier en Beauce.

Sculptures de Vincent Batbedat