{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Le présent des bêtes

le livre , l'auteur , l'illustrateur, la critique

Collection "Poésie"

 

 

 

 

 

Poèmes en prose d'Albertine Benedetto.

Accompagnement plastique et tirage de tête : Henri Baviéra

 

 

 

 

 

 

 

ISBN 978-2-36426-077-1, 15 €

 

 

Le livre

Le Présent des bêtes suit le fil de la mémoire et du souffle. Fil capricieux, distendu, fragmentaire, mais tenace, il se déploie dans des images prises sur l'instant, qui tentent de restituer un peu de notre vie. On y rencontre des mémés et des oiseaux, la chair vive des caresses et, toujours, l'ombre qui fait le passage si précieux. C'est un recueil grave et léger où le poème en prose tend à rendre l'élan et l'acuité d'un regard. Il dit la disparition et le legs, un présent à vivre pleinement.

 

?Les ogres modernes dépècent les enfants à la première page du journal. Image qui épouvante, des petits cadavres sages bien en rang. L'orient se désenchante. Les caravanes ne déroulent plus leurs couleurs au fil des manuscrits précieux. Les conteurs aveuglés de blanc ont la bouche remplie de gravats et de caillots. Les princesses ne voyagent plus sur des tapis. Elles gisent dans leurs voiles à côté des enfants morts, n'ayant plus même d'yeux ni de langue pour les pleurer. Dans les très hautes tours des palais de verre, palabres et conciliabules occupent le temps. Quel génie inventera une petite lumière au loin dans la maison et des enfants qui courent, sauvés de la cognée ?

L'ogre Bachar 

 

 


L'auteur


Albertine Benedetto aux "Voix vives de la Méditerranée", juillet 2016

Albertine Benedetto a la Méditerranée pour origine, elle y puise la lumière et le chant. Nourrie des grands textes, elle explore le menu de la vie, se cogne à l'indicible et cherche à dire un peu de la beauté de ce monde.

Elle écrit et enseigne les lettres à Hyères dans le Var. De nombreuses revues ont accueilli ses textes, elle a collaboré à quelques ouvrages collectifs et sa poésie aime voisiner avec la musique comme avec les arts visuels.
Elle a peu à dire sur elle-même, préférant qu’on la lise mais elle aime dire à voix haute toutes sortes de textes.

Rentrée 2015 : Alma mater, cinq pauses sur cinq gravures de Nathalie Prats
2015 (juin) : Eurydice toujours nue, revue Chiendents, éditions du Petit Véhicule, Nantes
2015 (juin) : Sur le fil, collections « Encres blanches », éditions Encres vives
2015 : Centenaire, revue Friches, n°117 (« Hors champ »)
2015 : Orphée etc., revue en ligne Recours au poème
2013 : Glossolalies, éditions de l’Amandier, Paris
2009 : Effraction, livre d’artiste en collaboration avec Pascal Fayeton, photographe
2008 : Je sors, éditions Les Cahiers de l’Égaré, Le Revest-les-eaux

Certains poèmes ont été mis en musique par :
Bernard Vanmalle (Bleu de sel, éd. Les Cahiers de l’Égaré)
Tristan-Patrice Challulau (Requiem pour une mère, mélodies qui suivent le Requiem pour le Roi Baudoin de Belgique)


L'illustrateur

Né à Nice 1934, originaire de Saint Paul de Vence, Henri Baviera travaille et vit actuellement à Lorgues dans le Var.

Très jeune fréquente l'École Trachel de Nice, étudie la peinture, le dessin, la gravure pendant trois ans. Puis dans les années 50, poursuit la peinture et la gravure à St Paul, sous l'œil expérimenté d'artistes confirmés tels que Manfredo Borsi, Elmiro Celli et bien d'autres.

De 1960 à 1963, séjourne à Paris, fréquente la plupart des académies de peinture ainsi que l'atelier Calavaert-Brun où il va enrichir sa technique et ses connaissances de la gravure. Retourne à St Paul où il a son atelier de gravure et de peinture et peu à peu s'éloigne de la figuration première pour une phase minérale 1962-1966, puis schématique 1968-1975, onirique ensuite 1978-1987.

À partir de 1988 ses compositions témoignent d'une abstraction à la fois plus épurée, architecturale et métaphysique. Les années 2000 voient la couleur et la texture affirmer une énergie nouvelle dans une expression personnelle du monde vivant.

Depuis 1950, plus de trois cent cinquante expositions personnelles et collectives ont fait connaître son œuvre en France et à l'étranger : USA, Canada, Japon, Allemagne, Italie, Danemark, Belgique, Suisse, Hollande, Brésil, et en participant aux principaux Salons Internationaux d'Art contemporain: Paris, Bâle, Londres, Los Angeles, New York, Tokyo, Yokohama, Gand, Montréal, Francfort, Genève, Bologne, Nice. En outre, des séjours d'études et de recherches ont eu lieu en Europe, Canada, USA, Amérique du Sud, Japon.

À la peinture, son activité majeure, s'ajoutent celles de la gravure, mosaïque, vitrail, sculpture, céramique, collages, installations diverses, polyesters etc. . En 65 commence à pratiquer son nouveau procédé de gravure: la "polychromie-relief ".

Réalisations dans des espaces publics: mosaïques (Valbonne), peintures murales (Théoule et Marseille), fontaine (Gardanne), panneau céramique (Mandelieu), panneau polyester (Genève). Auteur d'un "environnement pénétrable " pour l'ORTF en 1968, utilisé comme décor du show télévisé de Michel Polnareff, "Un jour à St Paul de Vence".

Quitte Saint Paul de Vence et ouvre son nouvel atelier à Nice en 1986. Voyages régulières au Japon, depuis 1990, où il expose fréquemment.

En 2001-2002, Japan Foundation lui accorde une bourse de recherche de quatre mois au Japon, dédié à l'étude du papier traditionnel (washi) et son usage dans la gravure contemporaine, d'où son projet de réaliser des gravures "polychromie-relief" sans utilisation d'une presse. Plusieurs livres d'artistes sont nés de rencontres avec ses amis poètes comme Bernard Noël, Françoise Armengaud, Michel Bohbot, Gilbert Casula, Jacques Kober, Claude Haza, Alain Freixe, Claude Gallot, Béatrice Machet, Bruno Mendonça, Marcel Migozzi, Philippe Chartron, Françoise Serreau, André Verdet, Daniel Leuwers, Raphaël Monticelli ….

Installé complètement à Lorgues depuis 2002, au milieu de la nature, il poursuit son travail, insensible aux modes et courants établis.

 



La critique

Albertine BENEDETTO, Le Présent des bêtes.

par : Geneviève Liautard, in Recours au poème

Albertine Benedetto signe son 9ème recueil, Le Présent des bêtes aux Editions Al Manar accompagné des dessins d’Henri Baviera.

Si cet opus comporte trois parties (la dernière ayant donné son nom à l’ensemble) nous faisant passer de l’humain, aux paysages et aux bêtes, Albertine nous conduit de bout en bout de la vie, à la vie, à la vie.

Dans cette suite, le titre placé à la fin de chaque poème est comme une clé accrochée en cas de besoin, parfois comme le nom d’une amie sur l’enveloppe du cadeau offert, et ce peut être aussi la date ou le lieu épinglé sur le calendrier du souvenir.

La langue belle, ciselée, tisse une prose dense et poétique, mesurée au sens où rien n’est à enlever, rien à ajouter, notes précieuses de carnet, bijoux sertis pour durer.

Et cette belle langue que parle Albertine Benedetto nous parle. Elle nous plonge d’emblée dans un univers qui conjugue le passé au présent.

Les blouses ménagères font la queue sur leurs cintres à fleurs et à carreaux criards. […]

Quand ça traîne trop les années…

Ainsi commence le recueil dans sa partie intitulée « Images » où se mêlent les temps, les âges ; usure des corps mais aussi fringance des sens puisque Leurs mots glissent se chuchotent à même la peau.

L’œil d’Albertine se pose avec affection sur ces femmes simples qui traversent les époques entre labeur mais aussi légèreté quand elles entrent soudain dans une eau vive et qu’assiseelles s’en vont.

Se pose et se souvient des cortèges au cimetière où l’émotion en foule se masse et s’engage par la colonne d’air venant du ventre encore une fois jusqu’au puits de la bouche.

Mais cela n’est pas triste à cause des oiseaux et des fleurs nous dit-elle.

Dans le compte à rebours de son écriture, elle peint sous nos yeux un drame, un conte, un mythe, une vie de la Vierge, un tableau à la Breughel où l’on voit comme si on y était au centre la tache du pré qui grouille d’enfants semés en parterre. Car Albertine est restée proche de l’enfance et c’est la mère sans nul doute qui parle de l’Ogre Bachar, ogre(s) moderne(s) qui dépèce(nt) les enfants à la première page du journal. La mère qui appelle au secours des innocents, le génie des contes persans du temps où ils nous faisaient encore rêver.

Et puis il y a « ce qui reste », le dernier souffle bientôt coupé, la photo qui raconte une histoire ancienne, les poupées Barbie jetées en vrac sur le sol, les vieux murs reliés encore aux bruissements de la forêt, une odeur de tilleul qui court le long des pages, une vieille maison, même si on ne sait rien de ceux qui ont vécu là, juste qu’ils ont vécu, mais vivre est une énigme nous rappelle la poète qui se souvient, témoigne de ceux qu’elle a côtoyés, s’aventure à imaginer aussi en avouant que peut-être aurions-nous moins peur, de vivre là.

Il y a ce qui reste et dont nous faisons provision comme tout ce vert bu par les yeux, mis en mémoire pour les jours de carton.

Les vestiges jusqu’au vertige et c’est la vie à petits tas qu’on pousse devant soi. 

Enfin, « le présent des bêtes » nous dit que nous ne faisons qu’un avec cette nature si belle que la poète ne se lasse pas de contempler : paysages d’Auvergne, douceur des vieux volcans, humilité des bêtes au jardin, placidité des ruminants.

À les regarder, on prend racine, on sent le pouls régulier des saisons, le temps se fait rond, nous dit Albertine Benedetto qui nous invite à sa suite à aiguiser notre regard, retrouver la capacité d’émerveillement de l’enfance. Nous n’avons qu’une envie, avoir nous aussi, le cœur décroché devant la merveille, pris de court comme devant le premier amourIl a suffi que ces bêtes passent, nous dit-elle en évoquant ces bêtes légères. Chevreuil, peut-être biche, […] pour que s’ouvrent des clairières dans leur sillage, des puits de lumière où boivent nos yeux, fatigués de couper les ténèbres.

Il ne faut pas oublier les oiseaux, c’est la plus belle phrase du matin, comme une parole tendre, une caresse de mots pour les êtres menus, ces démunis qui vaguent ébouriffés, dépenaillés, entre ciel et terre, aimantés par la lumière. Qu’ils touchent notre front et les fenêtres s’ouvrent.

À l’instar des oiseaux, la poésie d’Albertine Benedetto ouvre pour nous des fenêtres. Il y a une sorte de grâce dans son écriture, légère et profonde à la fois. À petits pas, simplement, elle nous prend par la main, nous invite à nous réapproprier le passé pour un présent plus vrai, à nous nourrir de l’esprit des lieux pour y ajouter notre empreinte, à ouvrir grands les yeux sur la beauté du monde pour en supporter la noirceur.

 

*

 

Albertine Benedetto écrit pour ne pas oublier, pour que nul n’oublie. En cela elle relie une mémoire propre, intime dont l’enfance est le creuset et une mémoire collective, publique où s’insère précisément la mémoire personnelle. Cela dans une langue où leur imbrication est si bien agencée qu’elles se confondent et se distinguent à la fois. Aussi bien dans ses poèmes en vers qu’en prose elle mêle la petite histoire, celle des gestes du quotidien dont chacun porte en soi les souvenirs et la dite grande Histoire. En témoignent les poèmes traversés par l’horreur de la Grande Guerre où le passé émerge dans le présent, où métaphoriquement le présent est chargé du passé. Le passé donnant sens au présent, comme en témoignent dans ses poèmes le lien entre la tragédie de 14-18 à celle par exemple de Gaza.
De même, elle porte au présent un passé intemporel tel le mythe d’Eurydice et Orphée. Elle le rend actuel parce que l’enjeu est bien le désir qui ne cesse d’allumer le cœur des êtres. Ainsi apparaît chez la poète un mouvement fondé sur la résurgence du passé dans le présent, qui en appelle à la permanence du désir et à la fois à son caractère éphémère, mouvement irrigué par la sensualité de sa poésie :  « Maintenant il connaît le poids/de l'ombre de la chair/il est écrasé par ce corps absenté/son fantôme impalpable//toute autre est  inconnue/même si son pas le ramène/à Eurydice ou son sourire/plus faux d'être celui d'une autre//toute femme le terrifie/d'être ce poids/entre ses bras//quand Eurydice est si légère/dans sa robe fine/transparente sous la pluie » (Eurydice maintenant nue, Chiendents)
Albertine Benedetto est poète du désir à la fois mémoriel et sensuel.

Jean-Louis Clarac, Moments poétiques, Aurillac 14 mars 2017