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{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Un petit garçon un peu silencieux

le livre , l'auteur, le peintre , la critique

Collection "Poésie"

 

1.000 ex. courants, rehaussés de trois encres de D. de Bournazel : 14 €.
20 ex de tête (dont 4 HC) rehaussés de peintures par Diane de Bournazel

Ouvrage publié avec le concours du CNL

 

 
 
ISBN 978-2-913896-84-0
Neuilly, juin 2010

Le livre

Un petit garçon un peu silencieux : au plus près de l'émotion vraie et avec un bonheur d'expression permettant au drame individuel d'atteindre l'universel.

L'auteur

Amandine Marembert est née en 1977 à Clermont-Ferrand. Elle a publié à ce jour près d'une vingtaine de recueils de poèmes chez différents éditeurs - citons L'ombre des arbres diminue à certaines heures du jour, chez Wigwam, Toboggans des maisons, chez L'idée bleue / Cadex, Mon cœur coupé au sécateur, aux Ecrits du Nord / Editions Henry, Coquelillages, au Chat qui tousse, Du baume stick dans la douceur, éditions La Yaourtière (mai 2009, illustrations de Valérie Linder), et anime la revue et les éditions Contre-allées. Elle a bénéficié de bourses d'écriture accordées par le CNL en 2005 et 2009.

Amandine Marembert signe, au Marché de la poésie - juin 2010 -
Un petit garçon un peu silencieux

Le peintre

Diane de Bournazel est l'un des peintres tutélaires des éditions Al Manar. Artiste du livre, elle expose également : sa production artistique se partage entre création de livres d'artiste, uniques par définition, illustration littéraire et accompagnement plastique, et peinture (essentiellement sur papier). Elle vit et travaille entre Brive et Tulle, en Corrèze.

Le travail de Diane de Bournazel pourrait évoquer celui de Paul Klee. Mais c'est un univers bien personnel qu'elle crée sur toiles ou sur ardoises rustiques, et parfois sur du bois de récupération. Indifférente au règne de l'ephémère, elle fait, même sur grands formats, un travail minutieux de miniaturiste : « J'aime peindre au pinceau à trois poils et à l'huile ; pas d'acrylique, ça manque de sensualité. » « A 7 ans, dit-elle, je savais déjà que je serais peintre. » Formation autodidacte, cours en dilettante dans des écoles d'art en France et en Italie, et beaucoup de travail personnel : « Je peins huit heures par jour. » Diane de Bournazel a une passion pour les livres d'artiste : elle découpe, enlumine, assemble avec une patience d'artisan des mots de Robert Desnos, Henri Michaux, Jorge Luis Borges dans de petits ouvrages précieux, qu'elle expose à Paris, Marseille, Londres et ailleurs.

Georges Châtain et Hélène Pommier


juillet 2010. Diane de Bournazel dans son atelier de Marliac, Corrèze.

La critique

Amandine Marembert : Un petit garçon un peu silencieux, dessins de Diane de Bournazel, éditions Al Manar.

« il y a en lui des mots qui arrivent déformés à sa bouche
qui se transforment en simples sons entrecoupant celui des grillons dans l’herbe le soir épaississant un peu la grille de lecture des jours »

Cet enfant qui parle autrement qu’avec des mots crée des liens subtils (et moins silencieux qu’il n’y paraît) entre lui et ses proches. Il les incite à se tenir à l’écoute. Percevoir ce que veut dire un geste, un regard, un fou rire ou un murmure et entreprendre le dialogue, en belle complicité, n’est pas si simple. Il faut être attentif et discret. Comme l’est Amandine Marembert qui parvient à exprimer avec retenue, simplicité, fraîcheur et parfois même étonnement ce qu’elle vit, échange et entend.

« il a des sourires très blancs les dents belles offertes au regard
cherche le contact des peaux frotte sa tête contre la mienne
fait un feu de nos cheveux qui s’emmêlent en tas d’herbes séchées »

Les scènes brèves ici esquissées en quelques lignes, et inscrites dans un temps présent, disent l’étroite relation qui est à l’œuvre entre celle qui écrit et le « petit garçon un peu silencieux ». Souvent situées au dehors (au jardin, ou près de l’eau, ou offertes à la fluidité de l’air), elles donnent au livre les mots simples que l’enfant dans son mutisme ne peut prononcer. Ceux-ci s’attachent à exprimer la fragilité, la patience, l’acceptation et le partage des moments rares et secrets qui relient deux êtres en quête d’un autre langage.

« il est souvent une énigme posée aux quatre coins du jour
la percer serait le blesser d’une lumière trop crue
j’apprends plutôt à apprivoiser son ombre ».

(Amandine Marembert anime avec Romain Fustier la revue et les éditions Contre-Allées.)

Jacques Josse -
Remue-net, 14 août 2010

Un petit garçon un peu silencieux, vu par Antoine Emaz

Il n'est pas simple de toucher en mots là où la vie fait mal ; cela demande beaucoup de réserve, retenue, litote, écart... Dans ce petit livre, le titre freine déjà, atténue : "un peu silencieux". On l'entend en écho à Une petite fille silencieuse de James Sacré, mais toute la distance tient au "un peu". On retrouve l'écart dans le passage du rapport attendu je/tu à un rapport je/il. Et c'est bien dans cette considération de l'autre que tout se joue. Si l'autre est silence, il faut d'autant plus d'écoute pour comprendre les signes d'une langue qui passe par le corps : "il court en tous sens quadrillant le jardin la maison en une marelle aux règles inconnues" (p. 39), "il s'enroule dans sa couette rit fou dans son sommeil" (p. 40)
Aucune dramatisation chez Amandine Marembert, plutôt une infinie patience et une attente, un accueil de ce mutisme pour entendre "le mystère des questions laissées sans réponse" par le comportement de l'enfant.
Il est beau également qu'elle retourne la relation adulte / enfant. Le don, la position de pouvoir ou de savoir peut s'inverser : "il m'apprend à déchiffrer les interlignes / à soupeser un regard / ses bras et ses mains sont les panneaux indicateurs d'une ville enchevêtrée" (p. 29). Le choix d'une écriture en vers libres et de poèmes très courts (3 à 5 vers) donne à cet ensemble une allure de diaporama : une suite d'instantanés s'enchaînent sans jamais se fixer, s'appesantir. Très peu de moyens sont mis en œuvre : le je du poète, le il de l'enfant, et comme seul décor la maison, le jardin. A partir de cette base très simple sont saisis des moments, des gestes, des désirs, des plaisirs, des douleurs... La vie file dans ces pages comme de l'eau ; elle irrigue mais laisse transparente cette "énigme posée aux quatre coins du jour" (p. 33).
L'émotion passe sans peser : on comprend peu à peu le dessin de Diane de Bournazel en couverture : un enfant-carpe. Et quel enfant, muet ou non, n'est pas carpe face à ce qui, dans le réel, lui semble inhabitable ? La force de ces poèmes tient peut-être à ce qu'ils ramènent chacun à ses propres silences, à ses façons de "garantir sa coquille". Fragilité d'exister, fragilité de la relation à autrui, fragilité du langage... La poésie ne dit sans doute pas autre chose, mais celle d'Amandine Marembert a ici le grand mérite d'être immédiatement lisible, donc partagée, même lorsque "la conversation se montre véritablement accessoire" (p. 24).

Antoine Emaz
Poezibao

Etrange petit garçon, fait de nous

Une nouvelle fois la joie de retrouver Amandine Marembert et sa délicatesse, sa sensibilité et cette beauté qu'elle glisse au creux des mots.
Dans une édition de qualité, illustrée par Diane de Bournazel dont la finesse du trait épouse avec justesse le drame qui se noue entre les lignes, Amandine Marembert nous entraîne sur les traces d'un petit garçon.

"il y a en lui des mots qui arrivent déformés à sa bouche qui se transforment en simples sons entrecoupant celui des grillons dans l'herbe le soir épaississant un peu la grille de lecture des jours". (page 12)

Les silences pèsent, il ramasse des coquillages et remplace les mots par des mouvements de bras.

"une balance à se taire n'existe qu'à l'intérieur de nous quand on abandonne les mots qui n'ont plus de poids" (page 18, superbe !)

Ce petit garçon a ses chagrins, observe le paysage et mâche des pétales de géranium. On le devine fort et nen même temps sur la corde raide. Il a des sourires et aussi des secrets, secrets que l'on ne percera pas tant il est mystérieux, tant il est malaisé de pénétrer sa carapace, parce qu'on a peur, parce qu'il a peur. Parce que c'est ainsi, il y aura toujours le regard gêné se battant contre l'affection ressentie.

La justesse des sensations et des émotions ressenties, telles que décrites par l'auteur, me laisse admirative. Songeuse aussi car ce texte fait naître, au-delà d'un sentiment agréable face à la beauté des lignes, un malaise, léger ou non, car que ferions nous en face et avec ce petit garçon.
Magnifique recueil !

Marielle Lefébure
www.critiqueslibres.com


Christian Degoutte, revue Verso 143


Gérard Paris, revue Pages Insulaires n° 17, février 2011


Cahiers Critiques de Poésie (Marseille), 2011

 

Amandine Marembert, Un petit garçon un peu silencieux

Jasmin est « un petit garçon un peu silencieux ». Mais, dans une voix de voix, Amandine Marembert parle pour la parole inouïe de Jasmin. Poème d’une longue écoute, constante, patiente, acérée, parfois hésitante, aimante toujours, ce livre nous force aussi à une attention à tout ce qu’on n’entend pas, mais qui dit plus dans ce qu’on dit que tout ce qui s’affirme avec l’assurance et la satisfaction béates du savoir et de la maîtrise : un état naissant du sens dont de livre en livre l’auteur fait en sourdine une définition du poème, ensemble une idée de ce que c’est que le langage et de ce que c’est que la vie. Où les corps se parlent par gestes tendres :

il prend ma main penche la tête vers le sol pour que je lui caresse les cheveux
mes doigts sont les dents d’un peigne démêlant l’écheveau des phrases tues
(11, c’est le premier poème)

Où les mots écrits répondent leur continu corps-langage à l’énigme du langage-corps :

est-ce que des mouvements de bras de mains d’épaules suffisent à remplacer certaines paroles
les peaux savent-elles vraiment parler un tissu ponctué par les seuls grains de beauté (14)

Ici la prosodie lie autour de « remplacer » et « ponctué » les mots du corps (« épaules », « peaux ») et ceux du langage (« paroles », « parler »). Les pluriels font la relation et l’ouvrent comme ils nous invitent à chercher notre sens du sensible. Les conjonctions et disjonctions rythmiques font des bouchées de sens dans la question. Les interrogations font la tonalité du livre, outre celle citée, toutes participent d’un double mouvement : inquiétude et surprise devant « la grille de lecture des jours » (12), « ses errances » (16), « ses silences » (18), « son silence » (24), « le mystère des questions laissées sans réponse » (30), l’« énigme posée aux quatre coins du jour » (33), les « secrets attachés à sa silhouette » (34), les « règles inconnues » (39) de ses jeux. Elles témoignent aussi d’un apprentissage, lui-même double, quand « il » (un « tu » plus la distance de l’énigme) invente un langage de tout ce qui l’entoure, des passages entre dehors et dedans, qui mettent le dedans dehors et le dehors dedans : les mots « déformés » « qui se transforment en simples sons entrecoupant celui des grillons dans l’herbe le soir » (12 - et la chaîne allitérative des [s] répond ce langage débutant, minimal, rejoignant la profusion de la sonorité générale du monde extérieur), le corps « traversé d’air », engagé « dans un couloir de vent qui le remplira de bruits supplémentaires » (15), « des regards qui en disent long sur les mots enfouis » (16), « ses silences » qui « pèsent » et « les mots qui n’ont plus de poids » posés dans « une balance à se taire » (18). Le langage se fait sensorialité du psychologique : « les mots cachés deviennent des songes palpables » (24). Il prend ses moyens dans le vivant : « le clapotis du ruisseau s’échappant de ses lèvres » (25), « l’inclinaison de ses sourires qui suivent l’orientation du tournesol vers le soleil » (32).
Je parlais d’un apprentissage double, c’est que le presque silence plein de langage de Jasmin invente aussi l’écoute qui en fait un langage plein de silence : « il m’apprend à déchiffrer les interlignes / à soupeser un regard » (29). C’est cette réciprocité de l’étonnement continu, qui fait de l’adulte une débutante, que dit le plus justement le dernier poème, une béance dans la boucle créée depuis l’exergue, en tout début de livre, de Vénus Khoury-Ghata : « Qui peut parler au nom du jasmin ? » Ce n’est pas parler à la place de, mais « au nom de », quand le nom de Jasmin fait entendre son mouvement, le langage et la vie ensemble, vers le « jardin » grand ouvert, dans la bouche et devant l’enfant :

il m’annonce jardin
j’ouvre grand les battants de la porte-fenêtre sur le dehors
ses lèvres poussent l’intérieur vers du vert infini
sachant comment modeler l’air en syllabes non vitrées
(44)

Les dessins de Diane de Bournazel font une lecture sensible du vivre-dire-Jasmin et de l’écrire-vivre-Amandine. Chacun saisit en son économie de moyen, en son imaginarité quasi-fantastique, la spécificité de cette relation pleine d’un amour pudique, dont la pudeur suggère au mieux l’immensité et l’intensité.

Amandine Marambert, Un petit garçon un peu silencieux, édition Al Manar, 44 pages, 14 euros.

Bientôt dans le numéro 4 de Résonance générale, d’autres poèmes d’Amandine.

Serge Ritman, Résonance générale
SAMEDI 29 OCTOBRE 2011

 

Cueillette en silence

Au cœur de la longue nuit de l’hiver, quelques variations qui nous rappellent à l’importance d’apprivoiser le silence…

Dans ce texte très poétique et étonnant, Amandine Marembert nous entraîne avec délicatesse, simplicité et fraîcheur à apprivoiser les errances de son petit garçon muré dans le silence. Comme en résonance avec la thématique qu’elle aborde, son langage est tout en finesse et en décalage. Peu à peu, avec elle, nous pénétrons sur la pointe des pieds au cœur de cette étroite relation qui se tisse lentement, pleine d’un amour dont la pudeur suggère au plus près l’immensité et l’intensité.

Cet étrange petit garçon « muet comme une carpe », comme le suggère avec autant de finesse l’illustration de Diane de Bournazel, incite à se tenir à l’écoute : percevoir ce que signifie un geste, un regard, un fou-rire sous la couette ou un murmure et profiter d’un vent favorable pour tenter la naissance d’une belle complicité.

Ce magnifique petit livre poétique est rempli de scènes qui évoquent la tendresse née du contact physique. « Il a des sourires très blancs… cherche le contact des peaux… frotte sa tête contre la mienne…fait un feu de nos cheveux qui s’emmêlent en tas d’herbes séchées… » Quant aux scènes, à l’extérieur, elles s’attachent à exprimer la fragilité, la patience, l’acceptation et le partage des moments rares et secrets de ces deux êtres en quête d’un autre langage. « Il est souvent une énigme posée aux quatre /coins du jour/La percer serait le blesser d’une lumière trop crue… »

Merci Amandine de nous apprendre l’apprivoisement du silence avec autant de justesse. Votre poésie, que vous glissez si subtilement au creux des mots et des maux, nous touche par ses émotions vraies, à fleur de peau…

Françoise Vanesse, FIBBC, 4000 Liège

Amandine MAREMBERT

Un petit garçon un peu silencieux

Amandine Marembert a une écriture sensible, à fleur de peau, qui vient nous dire ce silence bavard, mais silence d'un petit garçon dans ce recueil. Le recueil s'ouvre sur une citation de Vénus Khoury-Ghata extraite de Qui parle au nom du jasmin paru dans la collection "Petite sirène" des Éditeurs Français Réunis, en 1980 qui offre une vraie tonalité à ce recueil :
Qui peut parler au nom du jasmin ? Quand le tonnerre fait éclater le tympan des vieilles herbes et que la pluie, plus basse que la plus basse des luzernes, lotit la terre en d'infinis étangs ?
Quand le soleil, les doigts aux grilles, se contente d'assister en spectateur ?

Dès le premier poème, le ton est donné et la situation est campée :
Il prend ma main penche la tête vers le sol pour
que je lui caresse les cheveux
mes doigts sont les dents d'un peigne démêlant
l'écheveau des phrases tues

Nous sommes en présence d'un amour filial qui cherche à décrypter le silence du petit garçon. Cet amour tente au fil du recueil de dire ce qu'il comprend du comportement de ce garçon.
Ainsi, un peu plus loin :
quand il murmure chut c'est lui qui m'invite à
me taire
à amadouer le silence contenu dans les fentes
du parquet qui craque

Ou encore :
il a des secrets attachés à sa silhouette qui ne
le quitte pas d'une semelle

J'aimerais vous dire l'ensemble du recueil, mais il vaut beaucoup mieux que vous vous procureriez l'ouvrage car il peut être lu plusieurs fois avec autant de plaisir. Ne vous en privez pas.

Gilbert Desmée
Encres vagabondes, 18/05/13