{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Le paysage est sans légende

le livre , l'auteur ,le peintre, la critique

Collection "Méditerranées"

Vingt exemplaires de tête sur Vergé
rehaussés d'un dessin original de Guy Calamusa ;

600 ex. illustrés par Calamusa (quadrichromie)

 

 

16 €

 

ISBN 979-10-90836-10-5

Le livre

Le Paysage est sans légende existe en trois états : l'édition courante, illustrée par G. Calamusa et tirée en quadrichromie à 600 ex ; le tirage de tête, 20 ex sur Vergé, tous rehaussés d'un dessin original de Calamusa ; et un tirage à part, sous forme de leporello au format 32 x 91 cm, typographié au plomb par François Huin et peint au recto par Calamusa.

 

 

 

 

On nomme des endroits de ce monde
L’oued Bouskoura, la rivière Vendée
Un nom de village ou celui de plusieurs choses
Une échelle un puits des noms des mots
Comme pour mieux se tenir au monde
Avec un dessin c’est pas mieux, tout s’éboule
Et pas grand-chose
Qui reste dans les mains. Quand même
On est bien.


Le Paysage est sans légende, texte de James Sacré typographié au plomb sur Arches 250 gr.


Le Paysage est sans légende, peinture originale de Guy Calamusa au recto du leporello.

L'auteur

James Sacré est né en 1939. Il passe son enfance et son adolescence à la ferme de ses parents, en Vendée. D’abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux Etats-Unis où il poursuit des études de lettres (thèse sur la poésie de la fin du XVIe siècle français). Il y enseigne dans une université du Massachusetts (Smith College) tout en faisant de nombreux séjours en France et des voyages en Europe (l'Italie surtout) en Tunisie et au Maroc, où il se lie d'aémitié avec le peintre Mohamed Kacimi. Il a publié des livres de poèmes au Seuil (Cœur élégie rouge, 1972), chez Gallimard (Figures qui bougent un peu, 1978) et aux éditions André dimanche, ainsi que des livres d'artiste, ou de dialogue, chez de nombreux « petits éditeurs ». Il vit de nouveau en France, à Montpellier, depuis 2001.

Chez Al Manar : Le désir échappe à mon poème (dessins : Mohamed Kacimi)


James Sacré en signature, Marché de la poésie 2012, stand Al Manar

 

Le peintre

Né au Maroc, Guy Calamusa a longtemps vécu à Casablanca ; il s'est fixé, par la suite, en Provence. Une partie de son travail met en scène des cartes imaginaires à travers lesquelles abondent des symboles récurrents : oiseaux, échelles, barques. Ces différents signes conduisent vers une traversée cachée du monde. Le peintre semble accomplir d'une toile à l'autre un travail de tisserand, comme si à chaque coup de crayon, de pinceau, il fallait démasquer, démarquer ces "voyageurs invisibles". Il expose régulièrement, en France et également au Maroc (Galerie Ardital, Aix-en-Provence, 2008, Galerie Nelly l'Eplattenier, Genève, 2006 ; Cartographies imaginaires, IF Casablanca, 2003 ; galerie Nadar, Casablanca, 2009 ; galerie Chantal Mélenson, Annecy, 2012).

Guy Calamusa est d’origine sicilienne. Il est profondément attaché à la Méditerranée, à cette mer, carrefour des civilisations. Il est né au Maroc en 1965, a poursuivi ses études secondaires chez les pères de Foucauld.
Après des études universitaires achevées à Aix-en-Provence par une thèse en linguistique sur Le verbe et l’instant présent dans l’œuvre de Nathalie Sarraute, il part enseigner à l’étranger. Il partage son temps entre la peinture et l’enseignement.
Autodidacte, son travail met en scène un monde en devenir, en gestation où le peintre d’une toile à l’autre accomplit un travail de tisserand. A travers chaque tracé de crayons, de mots, de signes, de points qui se joignent et disjoignent, le peintre semble recoudre le tissu d’un déracinement intérieur. Par ailleurs, des symboles récurrents —oiseaux, échelles, barques— amènent vers un sens plus caché du monde. On y découvre des oiseaux aux regards interrogateurs, souvent figurés au bas du tableau. Ils semblent avoir perdu l’usage de leurs ailes et scrutent d’un air étonné le centre de la toile. Ou encore ces petits dessins, ces lignes griffées, ces points, ces numéros reconstituent peu à peu la carte d’un voyage imaginaire ou d’un paysage empli de broussaille. Parfois, des petites silhouettes noires stylisées tendent vers le ciel leurs bras trop courts et nous observent. Ailleurs, ce sont des signes posés au hasard de la surface de la toile - chiffres, lettres, enchevêtrements de tracés de crayons gras, secs - posent les jalons d’une écriture hiéroglyphique. A propos de ces signes, dans une lettre adressée au peintre, Jacques Dupin parle d’ « émantation énigmatique » et écrit qu’ils renvoient « à une poésie d’une errance laconique. »
En effet, l’espace dans les tableaux de Guy Calamusa est ouvert, la peinture est « en broussaille » comme si le souci majeur du peintre était de souligner l’aspect inachevé du tableau, l’aspect chaotique des couleurs et par là-même du monde. Un autre aspect de cette ouverture se retrouve dans les rencontres de poètes que le peintre a sollicités ñ échanges de courrier, de dessins, voyages - et qui ont donné lieu à des petits livres d’art. Plusieurs livres ont vu le jour avec Vénus Khoury-Ghata, James Sacré, Toni Maraini, Jeanne Hyvrard, Jean Gabriel Cosculluela, Sylvie Durbec.

Chantal Mélanson

 

Guy Calamusa et James Sacré aux Voix Vives de la Méditerranée,Sète 2012, stand Al Manar.


La critique

Provocation liminaire à son dernier ouvrage édité avec soin par Alain Gorius, James Sacré déroute d’emblée le lecteur par cette annonce énigmatique : Le vrai titre s’est effacé…
Avec sa manière abrupte de déhancher la syntaxe, de mêler une oralité rugueuse, le souffle court, à ses esquisses, de dénuder la réalité des lieux qu’il décrypte dans le poème, James Sacré surprend le lecteur, l’agace un peu parfois, mais si celui-ci se laisse emporter par ce rythme claudiquant, ce prosaïsme apparent, il se surprendra à co-habiter avec l’auteur au plus intime de ce Paysage sans légende né des peintures sur papier de Guy Calamusa…
Le poète, dans ses constructions / déconstructions de fresques langagières minimalistes, « dit du vivant », dévoile son espace mental calqué sur ses paysages de prédilection, ceux du Maroc notamment qu’il aime et parcourt depuis plusieurs années. Tout, dans cette écriture elliptique « fait signe » pour animer imperceptiblement « le tremblement des mots dans le dessin. »
La démarche de l’artiste est pour ainsi dire mimée dans l’écriture. Le poème de James Sacré recrée en effet le geste de la main du peintre, se fond dans le mouvement jaillissant des formes ébauchées ou ébréchées par Guy Calamusa :

Une grande nuée se donne
Comme un allusif fond mouillé qui a
Rendu vif un gribouillis de paysage
(Ou si ce qu’on a rêvé
S’est défait dans le geste de faire ?)
On y distingue un petit personnage :
Quelques traits d’encre qui sont
Gestes d’avoir vécu en ce qui n’est plus là
Et solitude d’un graffiti, comme un essai raté
D’affirmer de la vie

Lyrisme aride, sans afféteries. La main touche et retouche, griffe et caresse la page. « La petite herbe des mots » pousse dru dans le champ de l’éphémère…

Europe, Michel Ménaché

"Le paysage est sans légende " de James Sacré, par Antoine Emaz


Entre Sacré et le paysage, l’histoire est sans doute aussi longue que celle de sa relation à la peinture. Dans ce livre, les deux lignes se rejoignent à travers les dessins à l’encre de chine rehaussés d’aquarelle de Guy Calamusa. Ils sont sans titres, donc « sans légendes », mais ils renvoient assez clairement à des paysages marocains, même si Sacré insiste sur le fait qu’il s’agit plus pour lui d’une rêverie que d’une localisation nette : « Quoi de précis verrait-on dans le mot « Maroc » ? / Sinon d’autres mots ; dessiner, peindre : » (p.22).
Et le poète rappelle à plusieurs reprises cette situation d’écriture particulière : il ne travaille pas sur le motif ou à partir de ses carnets ou de ses photos, il écrit à partir des dessins : « le dessin d’un paysage » (p.9), « un ensemble de dessins » (p.12), « le pinceau » (p.16), « en peinturant » (p.18), « en regardant ces dessins » (p.22)… Mais cela va donner lieu à un rapprochement entre « écrire et peindre » (p.12), d’autant plus évident que le style de Calamusa se rapproche d’une forme d’écriture : « griffonnages » (p.12), « gribouillis » (p.36), « graffiti » (p.42)…
A partir de là s’établit une relation profonde entre peintre et poète. Sacré souligne tout l’aspect buissonneux, broussailleux du tracé (pp.21, 39…) ; il note le brouillé (p.9), le tremblé (p.11) du rendu. Le paysage se défait (pp.15, 18, 26), s’éboule (p.32), se déchire (pp.13, 21, 28, 30)
… Dans son travail, Calamusa rejoint une instabilité foncière chez Sacré : même si le dessin, ou le poème, croit fixer le paysage, c’est un leurre, il fuit : « Depuis toujours, / Et malgré l’art et la science / Le monde nous échappe. » (p.25) « Et quand le paysage est là : / On reconnaît, / Mais on ne sait plus rien. » (p.22) « Si jamais rien, écriture ou dessin / Fut solide un jour ? Et demain ? » (p.17)
On retrouve ici deux angoisses aussi tenaces que motrices d’écriture chez Sacré : le temps, et l’impossibilité de fixer vraiment par l’art ce qu’on voudrait éterniser. Sur ces deux points, il semble qu’il n’y ait aucune victoire possible. Par contre, et c’est heureux, l’artiste et le poète ne sont pas totalement voués à l’échec. Ils peuvent opérer « une sorte de raccommodage » (p.18). Si « Tout le solide s’émiette : un
sentiment que donne la couleur / Va peut-être retenir / Le monde et ses mots. » (p.13) L’oeuvre reste fragile, mais possible : « De minuscules signes tentent d’orienter le désordre, / Comme ferait un poème devant n’importe quoi. »(p.31)
Au bout, le créateur ne triomphe pas avec gloire et fanfare mais il est rescapé, sauf, et capable encore d’un « geste vivant » (p.39) Et dans les limites imposées par la simple existence, c’est bien ce qui importe :
« Tout s’écroule, peut-être pas tant : / La finesse d’un trait longuement tiré t’emporte. / Un mot venu s’en va dans un autre. / Le sable fin du papier pour finir, un léger / Bruit de stylo Bic ou de pinceau:/ Le bruit ténu duvivant. » (p.37)



Antoine Emaz
James Sacré – Le paysage est sans légende
Dessins de Guy Calamusa
Ed. Al Manar – Alain Gorius
45 pages – 16 €

In Le paysage est sans légende, James Sacré responds to lines, people, and space in the accompanying drawings by Guy Calamusa, asking “[s]i on arrive, ou si tout s’en va?” (33) and avowing that the poet and the painter merely trace “[l]e bruit ténu du vivant” (37) in its transitions.

Prof Aaron Prevots, The French Review, Southwestern University, Georgetown, USA


Remise, le 21 février 2013, du Prix Max Jacob à James Sacré dans les salons du CNL, pour Le paysage est sans légende.


Discours de remise du Prix. De gauche à droite : Jean Orizet, le représentant du Président du CNL, J-F. Colossimo, et Vénus Khoury-Ghata

Après les discours de J-F. Colosimmo, de Vénus Khoury-Ghata et de Lionel Ray (qui présente avec sa clarté coutumière le travail du poète et celui du peintre), James Sacré lit quelques pages du Paysage est sans légende.


Lionel Ray et James Sacré, au CNL.