{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

L'orpailleur

le livre , l'auteur , l'illustrateur, la critique

Collection "Erotica"

Trente exemplaires typographiés au plomb sur Vélin d’Arches en forme de leporello en trois volets (vertical), 91 x 30 cm
rehaussés de dessins
par Albert Wodat;

 

1.000 exemplaires sur Bouffanti.

 

 

 

 

 

 

 

L'exemplaire courant : 16 €

 

ISBN 979-10-90836-16-7
février 2013

Le livre

J’ai tressé l’haïkaï
déroulant son corps ta soie
Kakemono d’or

Impudique fleur
lèvre ouverte humide offrande
Toi mon orchidée

L’espoir luit vers l’aine
le brin de paille en étable
Je bois ton haleine

La nuit s’ouvre au jour
Je suis cendres de phénix
Mon nom est Amour

Au fond du grand lit
l’eau bouscule la rivière
Temps hâte ton cours

Le mont est sur moi
le fleuve qui le contourne
Gronde d’impatience


L'un des ex. tirés à part, peints par A. Woda

Albert Bensoussan est né en Algérie, en 1935. Agrégé d'espagnol, il a enseigné à Alger, puis en France, à la Sorbonne, et à l'université de Rennes. Il est aujourd'hui Professeur émérite de l'université de Haute Bretagne.
Traducteur de divers auteurs espagnols et sud-américains, dont Mario Vargas Llosa, A. Bensoussan est également l'auteur d'une oeuvre protéiforme. Citons notamment, dans sa bibliographie, Les Bagnoulis, Mercure de France, 1965 (Repris dans Algérie, les romans de la guerre, Omnibus, 2002), Isbilia, Oswald, 1970, La Bréhaign, Denoël, 1974, Frimaldjezar, Calmann-Lévy, 1976 (prix de l’Afrique méditerranéenne), Au nadir, Flammarion, 1978, L’Échelle de Mesrod, L’Harmattan, 1984, Le dernier devoir, L’Harmattan, 1988, Mirage à trois, L’Harmattan, 1989, Visage de ton absence, L’Harmattan, 1990, Le marrane, L’Harmattan, 1991, La ville sur les eaux, L’Harmattan, 1992, Djebel-Amour ou l’arche naufragère, L’Harmattan, 1992, L’Échelle séfarade, L’Harmattan, 1993, Une saison à Aigues-les-Bains, Maurice Nadeau, 1994, Le Félipou (contes de la 6ème heure), L’Harmattan, 1994, Confessions d’un traître, Presses Universitaires de Rennes, 1995, L’śil de la sultane, L’Harmattan, 1996, Les eaux d’arrière-saison, L’Harmattan, 1996, Les anges de Sodome, Maurice Nadeau, 1996, Une enfance algérienne (collectif), Gallimard, 1997 (repris en Folio), Le chant silencieux des chouettes, L’Harmattan, 1997 , Le chemin des aqueducs, L'Harmattan, 1998, Retour des caravelles, Presses Universitaires de Rennes, 1999, L’échelle algérienne, L’Harmattan, 2001, Pour une poignée de dattes, Maurice Nadeau, 2001, Les Algériens au café (collectif), Editions Al Manar, 2003, Aldjezar, Editions Al Manar, 2003, Mes Algériennes, Editions Al Manar, 2004, Dans la véranda, Editions Al Manar, 2007.



A. Bensoussan lisant L'orpailleur à la librairie "Mille feuilles" à Bièvres, février 2013

L'illustrateur

D'origine polonaise, Woda est un peintre et graveur méditerranéen. Il apprend le dessin et la gravure à l'école municipale puis à l'École nationale des arts décoratifs de Nice.

Selon Gilbert Lascault1, « Woda peint des paysages fluides, mouvants, simples, fluctuants, flottants, presque insaisissables, à peine entrevus. L'immense ciel et ses nuages longs, les lueurs secrètes, les feuillages énigmatiques des arbres voilés, les montagnes et les coteaux incertains inspirent une nostalgie imprécise. (...) Cet homme est le pur produit de cette migration des signes qui fait de beaucoup d’artistes méditerranéens par adoption des sortes de naufragés amoureux de leur naufrage. »

Au début des années 1980, il crée les Éditions de l’Eau. Cette maison d'édition se spécialise dans les livres d’artistes, mêlant l’écriture à la gravure, la photographie ou la peinture. Il a ainsi illustré avec des gravures à la manière noire ou à la pointe sèche, des textes d'Edgar Allan Poe, Federico Garcia Lorca, Lao Tseu.
En 2004, il publie L’étreinte de nuages, aux Éditions Galerie Visconti (textes de Jacques Lacarrière, Gilbert Lascault et Joël-Claude Meffre).

source : Wikipedia

 


La critique

Albert BENSOUSSAN : L’Orpailleur, dessins d’Albert Woda, éditions Al Manar Alain Gorius, 16 €

De la comédie aux déserts de l’amour en trois temps : Insolence, Efflorescence, Désolance. L’orpailleur cherche l’or du corps de l’aimée. Il célèbre Kumiko, la déguste, en deux actes à la fois torrides et facétieux.  Le troisième acte, celui de l’amère répudiation de la « geisha », s’achève sur la défaite de l’alchimiste-orpailleur se représentant lui-même en gisant : « L’or a tourné plomb / au retrait de l’alchimiste / Ci-gît l’orpailleur ». Poème érotique tressé de haïkaï en un « fil processionnaire » traversé de courtes proses, en fin d’ouvrage. La disgrâce, alors, y est énoncée avec la totale mauvaise foi que génère l’amour déçu. Le fol amant déniant sa douleur en l’attisant malgré lui : « mon échec m’indiffère », ose-t-il !
La forme du haïku est scrupuleusement respectée par l’auteur : 17 syllabes (5-7-5). La règle est implacable comme entre roi ou fou et reine au jeu d’échecs, à une nuance près : « Je joue sur tes cases / et sans connaître l’échec / je suis toujours mat ». L’humour est omniprésent dans ce jeu de l’amour et du poème : « L’attente apaisée / dormir rêver rester comme / L’oiseau sur la hanche » L’érotisme ici ne se contente pas de faux semblants. La chair comme la parole est crue. Les métaphores ne tournent pas autour du sexe ; toutes de jouissance et de sensualité, baignées de miel et de sperme, elles suggèrent l’érection et l’orgasme : « Donc j’étais roseau / et toi joueuse de flûte / Pan nous réunit » ou encore : « Ma tête en ta motte / godemiche et se goberge / Tendresse gloutonne ». La langue joue de tous les registres : ici, interlope, « Je me shoote à toi », là, florale, « Ma langue au pistil / quand lèvre tète l’ergot... » Un soupçon d’autodérision modère parfois les élans virils : « Verge montre molle / du temps voleur de vigueur / Aiguille est mon cœur ».
L’esprit ludique, jubilatoire du poète plane sur l’ensemble de cette chaîne de métaphores filées des fantasmes où le lecteur reconnaît des citations détournées : de Mallarmé, « Chaque instant passé / abolit l’inanité / La conque est sonore », de Proust avec ce clin d’œil à Swann revenu de  l’« âpre cattleya ».
Mais quand ce « chien » d’amant a « mal à la laisse », quand « femme est destructrice / chaque mot est une pierre », les feux alors retombent et « l’enfer est de glace ». Dans l’athanor du sorcier d’amour, point de pierre philosophale, juste une boule d’amertume : « Forger l’œuvre au noir / plomber ton corps alchimique / Pour tout l’or de l’âme ». Mais mépris ou célébration, l’écriture garde la main sur tous les possibles, retournant d’un mot-valise le destin : « faudra-t-il réviser d’un geste vif de fossoyeur maniant son tournevie le capuchon de l’encrier allons si tout est dit rien n’est joué le coup de dé à tout moment peut relancer le hasard… » (Mallarmé se retournerait-il dans sa tombe ?)
En dépit du titre précieux, on fera parfois la fine bouche pour quelques calembours appuyés de l’orpailleur ; on relèvera aussi une certaine complaisance à la facilité dans un discours amoureux caricaturalement machiste mais le lecteur ne boudera pas son plaisir en déroulant « le fil processionnaire » de ce doux et cruel combat d’amour. Albert Bensoussan signe là un ardent et gourmand « pacte de chair et d’esprit », délicatement rehaussés de dessins érotiques d’Albert Woda.

Michel MÉNACHÉ

L'Orpailleur, Al Manar, 56 p., 16 €

"Chevalier de Manche" serviteur d'une Dulcinée de Shunga, le poète enfile les haikus avec frénésie, courant "par monts et par mots" à la recherche de la pierre philosophale. Pour épuiser la représentation de son désir, il mêle sans vergogne les isotopies conventionnelles (cynégétique, aquatique, textile, etc.) de la poésie érotique, les allusions mythologiques et bibliques, ne reculant devant aucune sorte de jeu de mot, usant de tous les registres depuis la verve égrillarde jusqu'aux accents élégiaques. On peut être irrité par ces assauts d'érudition et de virtuosité langagière, harassé par cette fureur d'aimer et d'écrire qui veut se dire littéralement et dans tous les sens ; on peut aussi être emporté par le tourbillon de cette poésie drue, en particulier dans la mélancolique troisième partie joliment intitulée "désolance" qui dit sans fard la frustration éprouvée jusqu'à la tentation du suicide.

Daniel Lequette, CCP 27 (mars 2014)