{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Mort à vif

le livre , l'auteur , le peintre , la critique

Collection "Méditerranées"

 

 

Livre typographié au plomb (composition lino)
au format 17 x 11,8 cm,
sur Bouffant édition
et Vélin d'Arches 250 gr. pour le tirage de tête.

Dessins de Mahi Binebine.

 

20 exemplaires de tête, sous couverture ivoire ;
4 exemplaires de chapelle,
tous numérotés, rehaussés de dessins originaux
de Mahi Binebine et signés
par l'auteur et par l'artiste.

1.000 ex. typographiés sur Bouffant édition.

ISBN 978-2-913896-81-9 ; DL avril 2010.

Le livre

Trois ans après la mort de son compagnon, Siham Bouhlal replonge dans les souvenirs qui ont tissé leur vie commune et voit présente la mort personnifliée qui se barricadait dans leurs moments, alors qu'ils étaient occupés à aller vers la vie. Elle entame avec elle un dialogue violent et révolté...

L'un des frontispices : dessin original de Mahi Binebine

L'une des illustrations originales de Mhi Binebine


Ex. n° 1, colophon

L'auteur


S. Bouhlal,Festival international de poésie de Berlin, juin 2010.

Siham Bouhlal est née en 1966 à Casablanca dans une famille originaire de Fès. Titulaire d'un doctorat en littérature de l'Université Paris-Sorbonne et médiéviste, elle se consacre à la traduction de textes médiévaux (Le livre de brocart ou la société raffinée de Bagdad au Xè siècle, Connaissance de l'Orient, Gallimard 2004 ; Le livre de l'échanson, Actes Sud, 2009), et de poésies arabes classiques et modernes. Son premier recueil, Poèmes bleus, est paru aux éditions Tarabuste en février 2005 ; le second, Songes d'une nuit berbère ou la Tombe d'épines, et le troisième, Corps lumière, sont parus en 2007 et 2008 chez Al Manar.Un récit, Princesse Amazigh, est paru chez le même éditeur en octobre 2009.

Elle a par ailleurs publié plusieurs livres de dialogue chez Al Manar :Le sel de l'amour, avec Julius Baltazar ; Tombeau, avec Klaus Zylla ; Etreintes, avec Albert Woda.

peintre Le peintre

On ne présente plus Mahi Binebine, qui s'est imposé au Maroc, depuis le début des années 2000, comme l'un des plasticiens les plus talentueux de sa génération ; il est aussi l'un des artistes marocains les plus recherchés par les collectionneurs, au Maroc comme à l'étranger. Il est également romancier, et a publié à ce jour huit romans.

 

Mahi Binebine has created a unique body of work that reflects upon his Moroccan heritage. His brown, oblong masks derive from traditional African ones, but Mahi's are not ceremonial. They signify oppression, a theme the artist is continually drawn to in both his artwork and writing. In many instances, his masks are eyeless, without sockets, devoid of individual identity, while other faces suggest the idea of oppression more strongly, as they are literally bound by twine or partially hidden within layers of fabric. Although Mahi Binebine's work adresses issues outside the mainstream of United States and Europe, the simplicity of his forme and their strong emotional content speaks to all cultures.

Lisa DENNISSON
Curator Guggenheim Museum, New York

Pour accéder à la page Al Manar de Mahi Binebine, CLIQUEZ ICI

Mahi Binebine, Paris, printemps 2010, signe les 20 ex de tête de Mort à vif

La critique

Quand le langage déshabille le cœur

La poésie peut-elle quelque chose contre le chagrin ? Ou bien peut-elle quelque chose pour lui, comme si le chagrin était une personne au secours de laquelle se porterait l’écriture ? Siham Bouhlal ne savait sans doute pas ce qu’elle réclamait au langage lorsqu’elle écrivit «Mort à vif» , le recueil qui vient de paraître chez Al Manar avec des dessins de Mahi Binebine. Elle ne savait que le chagrin, la douleur. Son compagnon disparu, il lui restait étrangement les mots pour le dire. Le texte poétique naît de cette détresse. C’est un acte de protestation, une revendication de rémanence, le récit d’un combat contre la perte de sens.
Il y a l’avant de la mort du bien-aimé, mais comment
le dire ? Il y a le temps impossible à compter de la disparition, comme si c’était la disparition de tout, la suspension voire l’abolition du sens du monde. Y a-t-il encore quelqu’un ? A qui faire confiance ? A qui faire confidence ?
Siham Bouhlal ne nous donne pas à lire avec «Mort à vif» un recueil qui ressemble aux autres. Il est passible de l’accusation d’expression impudique. Or, nous lisons l’expression vitale de l’amour éprouvé, reçu et donné, perdu et imperdable.
Le lecteur n’est pas tenu à l’écart du dilemme. Le texte plonge dans le dilemme. Ce qui est avoué, chuchoté, chanté, cela ne pouvait tenir dans des phrases toutes faites comme dans des sachets destinés à n’importe quoi et à son contraire.
La radicalité de l’amour se mélange de musique intérieure et de conflit avec l’extérieur. L’amante de Driss se décrit devenue la femme à abattre, du fait des hypocrisies, des haines même.
C’est un combat qui nous est raconté, mot après mot, comme une marche pour retrouver l’Autre en ne cachant rien des tourments et des rêves. Pour dire l’exceptionnalité de la fusion connue avec l’aimé : «Je suis la femme/ Sans papiers/ Je ne me froisse/ Pas/ J’ai juste dormi/ Dans ton être/ Ainsi/ Sans façon».
L’identité de la personne se trouve comme réorientée par l’amour ressenti, brûlant sous la menace. C’est de mort que parle le poème, comme si le deuil avait une voix et qu’on entendait cette voix, qu’elle venait se poser sur la page et n’en plus partir. Les silhouettes dessinées par Mahi Binebine ont une étonnante proximité avec l’intention de Siham Bouhlal qui est de restituer la fragilité physique du malade en instituant sa force mentale comme une évidence, deux forces alors convergeant, s’alliant, chacun se dédoublant.
Que peut-on encore partager avec qui n’est plus là pour recevoir sa part ? La poésie est sûrement ce qui reste alors, sinon d’échangeable, du moins de communicable à soi-même et le langage invite à réanimer l’alliance en apparence seulement interrompue. Cela permet à Siham Bouhlal d’écrire : «Ton rire/ Pur/ Suspend/ L’éternité/ Au-dessus/ De moi».
Ce qui semblait rompu ne se rompt pas. Ce qui semblait éteint continue de luire et l’inimaginable est vérifié : «Je mentirais/ Ma foi/ Si je n’avouais/ Que ton amour/ Court encore en moi/ Me parcourt/ Que cette mort/ Noue encore/ Ma gorge/ Explose en moi/ Que ton visage/ Absorbe mon regard/ Où qu’il soit/ Je mentirais/ Ma foi/ Si je n’avouais/ Que tu dors en moi/ Encore/ Que cette mort/ N’a rien pris de toi».
Ainsi s’exprime une forme de victoire commune à laquelle le lecteur est invité à participer. En se demandant qui il aime et comment mieux aimer qui il aime.
Si commun que ce soit de proclamer sa méfiance à l’égard de l’exhibition des sentiments, on reconnaîtra l’art de Siham Bouhlal qui consiste à se libérer des convenances, lesquelles conviennent si peu à la poésie. Mort à vif est un titre à peu près inconvenant qui dit absolument l’insupportable de la disparition de l’aimé et le refus de considérer l’histoire amoureuse comme achevée, achevable.
Il faut du courage pour se donner à lire comme on déshabillerait son cœur.

Salim Jay
Le Soir, 14/06/2010

Ecoutez la chronique consacrée à Mort à vif sur Radio-Orient par Djilali Benchikh