{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen
Max Jacob au Grand Quartier Général Nollet

le livre , l'auteur , l'illustrateur , la critique

Collection "Approches et Rencontres"




Un portrait de Max Jacob à partir de sa correspondance
en une période décisive de la vie du poète.

Dessins de Judith Rothchild.



(Le tirage de tête, sur vélin d'Arches, est truffé d'une gravure originale en manière noire de la même artiste.)
  

ISBN 978-2-913896-55-0 , 110 p, 18 €.
Parution novembre 2007

Le livre

Un essai très documenté, fondé sur la correspondance de Max Jacob, sur une période décisive de la vie du poète, à l'hôtel de la rue Nollet qui devient, dans le Paris des années 1929 - 1934, une ruche bourdonnant de mille conversations - l'un des lieux où se retrouve la fine fleur de l'intelligentzia parisienne, devant laquelle se donne en représentation le poète mondain et famélique, adulé et partagé entre tant de passions contradictoires.

L'auteur

Philippe Schmitt-Kummerlee est historien et journaliste. Il a travaillé pour les Musées Nationaux, notamment au musée national du Château de Versailles où il a découvert les secrets des tables royales de Louis XIV à Louis XVI, puis au Louvre où il a, en suivant le thème de la Gastronomie dans l'Art, créé des cycles de conférences et de voyages qu'il conduit lui-même de par le monde. Aujourd'hui, il agit pour rendre l'art accessible aux personnes handicapées, se consacrant par ailleurs à des œuvres de Mémoire et d'Histoire.

. L'illustrateur

Judith Rothchild est née à Boston en 1950. Bachelière ès - arts, elle étudie ensuite à l’Akademie für Angewandte Kunst, à Vienne en Autriche. Elle vit et travaille dans le Sud de la France depuis 1974.

Avant tout pastelliste, Judith Rothchild a découvert la manière noire depuis quelques années, prenant plaisir à chercher dans le noir toutes les nuances du gris et réalisant de superbes natures mortes à partir de la profondeur de la plaque. Ses livres d’artiste qui marient manières noires et typographie, sont publiés par Verdigris. Judith Rothchild expose depuis les années 70.


Gravure en manière noire rehaussant les exemplaires de tête de Max Jacob au GQG Nollet.

La critique

Philippe SCHMITT-KUMMERLEE, Max Jacob au Grand Quartier Général Nollet. Un nouveau Bateau Lavoir, Neuilly-sur-Seine, Éditions Al Manar, 2007.

C’est à un espace circonscrit et à une période précise de la vie de Max Jacob que cet essai de Philippe Schmitt-Kummerlee se consacre : l’hôtel Nollet, « hôtel interlope, à la réputation discutable » situé dans le quartier des Batignolles, accueille le poète à une époque délicate de sa vie, de 1928 à 1934, années où les difficultés financières s’accumulent au point que Jacob doit finalement quitter les lieux, être recueilli, un temps, par Pierre Colle (futur exécuteur testamentaire de l’œuvre), avant de laisser Paris derrière lui pour un repli définitif à Saint-Benoît-sur-Loire. Cet hôtel, que Max Jacob aurait d’abord considéré comme un lieu de résidence provisoire, Philippe Schmitt-Kummerlee vise à en restituer toute l’importance : s’ouvrant sur une présentation de la rue Nollet aujourd’hui, l’ouvrage décrit ensuite avec une précision sensible le décor humble de la chambre, pour mieux marquer enfin l’entrée en scène de ses personnages.

Car ce décor modeste devient paradoxalement un lieu d’effervescence artistique et littéraire en ce début des années 30, un « nouveau Bateau-Lavoir » – selon l’expression affectueuse de Jacques Bonjean reprise en sous-titre à l’ouvrage –, qui le disputerait en importance au célèbre atelier de Montmartre. Et de fait, on croise dans cet ouvrage un ensemble foisonnant et très hétéroclite d’artistes, de poètes et d’écrivains (Follain, Artaud, Schéhadé, Andreu), et une multitude de figures hautes en couleur issues de tous les milieux, où se côtoient en toute fantaisie délicates marquises et représentants de la bohème littéraire. Les musiciens y dominent, témoignant en cela d’une nette évolution de Max Jacob, distant désormais de Picasso : le compositeur Henri Sauguet, les membres du groupe des Six, mais aussi Charles Trenet se croisent à la « cour du prince de la rue Nollet », « Offenbach et les chansons de sa jeunesse, le moderne et le classique » se mêlent en toute liberté. La démonstration pourrait être convaincante ; pour autant, on est en mesure de se demander si une telle effervescence suffit à faire de ce lieu un « nouveau Bateau-Lavoir » : en quoi les jeunes gens qui s’y réunissaient avaient-ils conscience d’inventer quelque chose de l’art moderne ? À quelle avant-garde cela renvoie-t-il ?

L’ouvrage suit le déroulement de ces six années saison après saison, ce qui n’est pas, paradoxalement, sans introduire une forme de décousu dans l’enchaînement des faits – écho à la vie kaléidoscopique de Max Jacob ? De manière analogue, les effets de listes qui dominent certains passages ne seraient sans doute pas pour déplaire au poète lui-même, qui affectionnait ce procédé. Si l’on regrette l’absence de citations des grands textes sur la période – pourquoi le témoignage fondamental Quand j’écrivais une opérette avec Max Jacob d’Henri Sauguet n’apparaît-il pas ? –, on notera le travail de documentation auquel se livre l’auteur, et le choix des lettres qu’il nous donne à lire. On suit ainsi, avec intérêt, la traversée des événements politiques de février 1934 à travers les pages distanciées du poète, et c’est aussitôt toutes les contradictions du personnage qui s’en trouvent mises en évidence.
L’édition de l’ouvrage fait toutefois naître des réserves : l’appareil de notes, en particulier, manque d’harmonisation et d’exactitude, de sorte que le lecteur se trouve plus souvent égaré que guidé. Les renvois bibliographiques sont parfois lacunaires. L’ouvrage aurait gagné, enfin, à être découpé en chapitres. Une édition plus rigoureuse aurait, ainsi, servi bien davantage le projet de Philippe Schmitt-Kummerlee.

Anne Gourio