Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Manada

le livre , le peintre , l'illustrateur, la critique

Collection "Ultramarines"

 

 

Poèmes de Leopoldo Castilla

Edition bilingue espagnol (Argentine) - français ; traduction Stéphane Chaumet et Cristina Madeiro.

 

 

 

 

500 exemplaires sur Bouffant édition

ISBN 978-2-36426-046-7

 

 

Le livre

 

Quand il ne restera plus rien
la création s’accomplira vide
accumulant
une intense odeur humaine.
Une odeur carnivore.

 

 

Manada est un chant au troupeau humain, d’avant sa naissance jusqu’à anticiper sa disparition et sa possible résurrection, une célébration inquiète de notre planète et de toute forme de vie.

L'auteur

Leopoldo Castilla est né en 1947 à Salta (Argentine) et vit à Buenos Aires. En 1976, poursuivi par la dictature militaire, il est contraint à l’exil et s’installe en Espagne où il devient marionnettiste. Poète majeur de sa génération, il a publié une quinzaine de livres de poésie, offrant une autre vision du monde et de la nature, dans une sorte de géographie poétique autant intérieure qu’extérieure. Il est aussi l’auteur de plusieurs récits dont El Arcángel et La redada, adapté au cinéma par Rolando Pardo. En français est parue une anthologie de ses poèmes, Le voleur de tombes / El ladrón de tumbas (L’oreille du Loup, 2009). Il a obtenu en 2014 le prestigieux prix Víctor Valera Mora pour son livre Gong (chant à l’Asie), continent qu’il a parcouru avec ses marionnettes.

 


Leopoldo Castilla et son traducteur, Stéphane Chaumet, à la Maison de l'Amérique latine, Paris, juin 2015

La critique

 

 


Leopoldo Castilla : Manada

PAR SÉBASTIEN HOËT

Leopoldo Castilla est un poète argentin, marionnettiste de son état, qui vit aujourd’hui en Espagne après avoir fui la dictature militaire en 1976. La lecture de ce recueil laisse pantois : pourquoi Castilla n’est-il pas connu, à l’instar d’un Gamoneda, comme une des très grandes autorités de la poésie européenne ? Manada est écrasant par l’ampleur de la voix qui y tonne, la puissance incantatoire du verbe qui y embrasse le monde – du plasma primitif au dernier homme, au dernier être, à la première rosée qui tombe à la Fin, où se signe l’éternelle renaissance du Tout. On ne sait pas toujours qui parle dans le recueil : « Je survole la terre / la frissonne / comme une pluie qui n’est pas encore tombée / je flaire le monde comme une proie (…) Je suis un signe / je dois allaiter ma mère / puis retourner au soleil » (Poème IV) mais l’égarement est obligé au sein du Tout, de la Nature, qui parle et nous inscrit, nous les hommes, comme de misérables points où ce Tout, cette Nature, se concentre pourtant, où Il / Elle meurt avec chaque mourant : « La mort est une seconde / qui n’a pas de lieu // Il ne saura pas qu’il fut ici. Que le temps s’est tué pour le tuer » (XLV). Il faut saluer le travail des traducteurs qui restituent fidèlement cette voix dont on trouverait difficilement l’équivalent en France aujourd’hui.

ccpM, 31-3, janvier 2016