{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Une main cachée dans un tiroir

le livre , l'auteur , l'illustrateur, la critique

Collection "Poésie "

 

Un livre au format 15 x 21 cm tiré à 600 exemplaires sur Bouffant édition. Couverture calligraphiée par l'auteur.
25 ex tirés à part sur Arches, en partie calligraphiés par l'auteur et gravés par Christiane Vielle.

 

 

 

 

Etui réalisé par Laetitia Gorius

 

ISBN 979-10-90836-47-1
DL 2è trimestre 2015

Le livre

Poèmes inédits en français de Pilar Gonzalez España, dans une traduction de Cécile Galois. Les 25 exemplaires tirés à part sur Arches 250 gr sont pour moitié manuscrits par l'auteur (en français et en espagnol), et pour moitié imprimés. Les gravures de Christiane Vielle sont en résonance avec le texte. Les deux auteurs de ce livre, la poète et le graveur, dialoguent donc sur un pied d'égalité, chacun contribuant à la réussite plastique de l'ouvrage.

 

 

L'auteur

L'illustrateur

Pilar
Pilar González España au Marché de la poésie, stand Al Manar, Paris, juin 2015

Née en Espagne en 1960, Pilar González España publie en 1997 un premier recueil de poèmes, El Cielo y el Poder, qui reçoit un prix du ministère de la Culture espagnol. Suivent Una mano escondida en un cajón en 2004 ; Transmutaciones, 2005 (Prix international de poésie Carmen Conde) ; Retráctiles, publié en 2011. Depuis 1998 ele est professeur de civilisation chinoise à l'Université Autonome de Madrid et traduit en espagnol de nombreuses œuvres classiques chinoises.

Christiane Vielle. L'un des grands graveurs de notre temps. Née en 1950 à St Raphaël, Christiane Vielle a étudié à l'Ecole Normale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, de 1968 à 1974 (spécialisations : architecture intérieure et gravure).
En 1976, elle installe son atelier à la Villa Corot, dans le 14ème arrondissement de Paris.
Médaillée de la Ville de Paris en 1978, Ch. Vielle reçoit le Prix G. L. M. pour son livre "Pierres" en 1984. En 1985, elle est lauréate de la Casa de Velazquez à Madrid, où elle séjourne deux ans.

1976 : première exposition à Vichy dans le cadre d'une rétrospective de l'oeuvre de Roger Caillois, "L'univers de Roger Caillois". Depuis cette date, elle participe à de nombreuses expositions collectives, et est régulièrement présente dans les Salons (Salon Le Trait, Salon de Mai, Salon d'automne...) ; elle expose chaque année au SAGA et a été sélectionnée pour la Triennale de Crakow 97 ainsi que pour l'International Biennal of Graphic 97 de Ljubljana. Une vingtaine d'expositions personnelles lui ont été consacrées à Madrid, Paris, Bruxelles, Toulouse, Versailles, Bordeaux, Strasbourg, Venise, Saratosa (Floride)... Son oeuvre est présent dans de nombreux musées, bibliothèques, artothèques, collections publiques et privées (Musée de Mexico, Bodleian Library, Oxford, Musée S. Mallarmé, Ville de Paris, Musée de Belfort, Bibliothèques de St Quentin, de Vichy, de Marseille, de Lille, de Lausanne...).


Christiane Vielle dans son atelier, villa Corot, à Paris

 

Christiane Vielle a notamment travaillé à partir de textes de Roger Caillois, Serge Sautreau, Mallarmé, Antonio Porcia, Th. Laget, Christian Bobin, Charles Juliet, Salah Stétié...
Chez Al Manar elle a publié Vers le Soir, poèmes d'Alain Gorius qu'elle a accompagnés de monotypes (collection "Corps écrit"), Les Quais minéraliers, long poème en prose de Thierry Laget, Les rivières du ciel, de Valère-Marie Marchand et Deux jardins et le même, de Salah Stétié (collection Bibliophilie).

La critique

Pilar González España : Une main cachée dans un tiroir

PAR CHRISTIAN TRAVAUX

D’Une Main cachée dans un tiroir, il faut retenir la date. 1999. Une fin de siècle. La fin d’un monde. Quelque chose qui disparaît, dont on n’eut pas conscience sans doute, tout de suite, mais qu’on voit maintenant perdu, et pour toujours. L’impression d’un temps achevé, d’une porte à jamais refermée, et de morts qu’on a dû laisser sur le chemin d’un autre siècle.

Ainsi Pilar González España, qui, dans ce livre seulement traduit aujourd’hui, dit la peine de vivre, la sensation crépusculaire d’exister, la solitude d’être, et le sentiment obsédant que quelque chose s’est écroulé, comme un mur, à ce moment-là, dans nos vies, de notre existence, qu’il nous faut essayer d’écrire. Un bilan. Le constat d’une vie qui s’avance déjà vers sa fin, mais qui a laissé, en passant, se déroulant, un tas de morts, un tas d’ombres, comme des fantômes, qui ne nous laissent pas tranquilles. Une petite fille, toute seule, toujours toute seule, dont les mots sont seuls compagnons, pour leur bruit, pour les voix qu’ils disent. Une voix, ou des voix, ou des mots, tant de voix, de choses dans l’air, et tant d’yeux, tant de mains tendues, qu’on voudrait rassurer un peu, qu’on ne peut pas. Et une femme, qui regarde, assise, qui elle fut, qui elle a été, et qui elle est dorénavant que les ans tournent sur leur socle, et quels êtres la hantent encore.

Dans une alternance prose / vers, ce recueil évoque la douleur – le goutte à goutte de la douleur, écrit l’auteur –, la terreur ou la solitude comme unique terre où creuser, et les larmes comme source obscure. Ni air. Ni lumière. Et pas plus d’oxygène, dans cet espace, où tout le corps devient espace : des fenêtres, les trous du corps ; un plafond, la tête ; et les yeux, de la pluie, de la nuit qui vient ; un sol, des pieds. Tout est nuit, et tout est obscur. Et c’est dans cette obscurité qu’on doit vivre, qu’on doit durer. On va à l’aveugle, incertain, en tâtonnant, dans notre vie, et frappant contre des parois comme autant de portes fermées. On dit qu’on va. Mais on ne va pas. On cherche encore, incapable de sortir de soi, de tout l’intérieur de notre être, quand notre être est murs, est fenêtres, est jardin, est chambre, est étoiles. Que l’univers s’écoule en nous. Et que notre unique désir est de comprendre, dans tout cela, ce qui aide, ce qui peut sauver.

Les mots seuls, en fait, peuvent sauver – dit Pilar González España – de ce qui nous porte, malgré nous, et nous emporte. Seuls les mots peuvent dire ce qui parle à l’intérieur de nous, en nous, malgré nous, presque contre nous. Dire ce que disent ces voix internes (nos fantômes, nos lâchetés, ou nos erreurs laissées en route). Toutes ces choses que l’on entend, que l’on pressent, que l’on ressent, et qui dialoguent quand on est seul. Et seuls les mots, déclare l’auteur, ont ce pouvoir de dire « pluie », et qu’il pleuve, de dire « nuage », et qu’un nuage passe soudain, de dire « autre » et que l’autre naisse. Seuls les mots ont pouvoir de vie, dans cette noirceur où nous sommes. Ainsi nous faut-il désécrire, dé-penser, dé-dire, et encore dé-respirer, comme dit l’auteur, pour que, sortie du tiroir qui est nous, où elle fut cachée, paraisse et se tende une main, une main, une main vivante comme chez Rilke dans Malte Laurids Brigge1, à qui, enfin, tendre la main.

Et nous sauver.