Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Le livre de l'amour

le livre , l'auteur , la critique

Collection "Poésie du Maghreb"

 

 

Vingt-cinq exemplaires de tête sur Vélin d’Arches, dont 5 HC,
rehaussés d’un frontispice peint par Dhia Azzawi;

1000 ex. sur Bouffant édition.

 

 

 

ISBN 978-2-913896-56-3
janvier 2008


l'exemplaire courant : 17 €

Le livre

Ainsi s'achève Le livre de l'amour, recueil d'inspiration contemporaine en terre de poésie arabo-maghrébine. Mohammed Bennis, dans une langue très pure et en se référant aux grands classiques de l'Andalus, y célèbre l'amour dyonisaque d'une façon que n'auraient désavouée ni Artaud, ni Bataille...

"Le livre de l'amour, qui célèbre Ibn Hazm et son Collier, est fait d'un croisement de textes où nombre de matériaux sont mis en perspective pour nourrir une fiction poétique qui révèle au plus près la vérité de l'amour en tant qu'expérience personnelle nourrie de tant d'identificatrions. C'est la façon qu'a le poète de rappeler l'exigence et l'intensité de la liberté amoureuse vécue dans le labyrinthe de l'émotion, du sentiment, de la sensation, au risque de la folie ou de la mise à mort, de soi, comme de l'autre. Le retour à Cordoue, les identifications que révèle Ibn Hazm ne sont qu'un rappel de ce que le sens commun a oublié en ces temps de soupçon qui veulent imposer une moralité de convenance, inconnue de nos siècles antérieurs et contre laquelle nos corps et nos coeurs se rebellent tout entiers. Le poète reprend la tradition arabe de l'amour, non seulement pour en confirmer les possibles, mais aussi pour en dénoncer les limites, celles-là même dont les timorés continuent à être les gardiens. Car enfin, le poète affirme que le principe de prudence ne peut gouverner l'Amour. C'est à l'excès, à la démesure qu'Eros nous convie. Une écriture destinée à empêcher la défiguration des valeurs de notre temps et à projeter le corps hors toute forme d'économie vers cet épuisement où il se reconstitue. "


Frontispice peint par D. Azzawi pour Le livre de l'amour

L'auteur



Mohammed Bennis (au centre), en compagnie d'une amie et de Tibari Kantour, avril 2008, Marrakech

Mohammed BENNIS, poète, éditeur, universitaire, est l'un des plus en vue parmi les poètes marocains de langue arabe. Il a publié, en français, Le Don du vide (traduit par Bernard Noël, éd. L'Escampette) Désert au bord de la lumière , traduit par A. Meddeb (Al Manar,1999), Anti-journal de la métaphore (Jean-Michel Place), recueil de poèmes accompagnés de lavis de Colette Debré, et Funérailles entre deux fleuves (L'Escampette). En 2008 paraît chez Al Manar Le Livre de l'amour, traduit par Bernard Noël et l'auteur.

La fiche de Bibliomonde :

Poète et essayiste marocain de langue arabe

Né en 1948, à Fès où il a passé sa jeunesse, Mohamed Bennis a découvert la poésie arabe avec les vers que lui récitait sa grand-mère, puis chez les libraires, près de la Karaouine. Il enseigne aujourd’hui à l’université de Rabat. Mohamed Bennis a son actif en arabe une quinzaine de recueils. Il a cofondé les éditions Toubkal en 1985. C’est un des chefs de file de la modernité poétique au Maroc. Mohamed Bennis puise son inspiration à la fois dans la culture arabe et dans la fréquentation des poètes français. Il vit à Mohammedia

« Si ma langue sur la terre, se meurt, cela veut dire qu’elle reste l’unique legs qui m’interroge sur son devenir. L’enthousiasme qui guidait nos pas aux années 1970 en direction du choix entre Occident et Orient a perdu de sa vigueur. Être marocain, écrivant en arabe ne me sépare en rien des autres poètes. La poésie est seule, parce qu’elle ne cesse d’attirer les braises des langues. C’est ce que nous apprend la condition actuelle de la poésie. Sur le sol marocain, il n’y a pas que la poésie qui est écartée de son milieu vital, le poète d’expression arabe l’est aussi; il reste éternellement étranger ; nulle marque sur son chemin de l’hospitalité, aucun droit à la parole, pour faute d’aimer ma langue à la folie, et avec laquelle je ne cesse d’écrire le chant des funérailles » extrait d’un texte de Mohamed Bennis, traduit par Maati Kabbal (Le Magazine littéraire, avril 1999).

Le peintre

C’est d’abord l’archéologie qui a attiré cet Irakien, né à Bagdad en 1939. Aussitôt diplômé dans cette discipline (1962), il s’inscrit à l’Ecole des Beaux-arts. En 1965, ont lieu à Bagdad ses premières expositions et, dès lors, il participe à de nombreuses manifestations artistiques dans le monde. En 1976, il s’installe à Londres où il vit et travaille jusqu'à ce jour.
Son parcours artistique se caractérise par un mouvement permanent entre l’unité et la multiplicité.
Unité des références artistiques : le patrimoine de la Mésopotamie, le legs de la civilisation arabo-islamique, et l’art moderne universel.
Multiplicité des voies et supports : peinture, tapisserie, céramique, volumes, affiches, lithographies, oeuvres de bibliophilie… La profusion n’est pas toujours signe de dispersion. Dhia Azzawi a su ainsi forger son style, reconnaissable à travers une reformulation du cubisme, un talent chromatique élevé et une audace dynamique des formes qui le positionnent pleinement dans la peinture contemporaine.
Son travail de gravure sur les Mille et Une Nuits, refusant l’illustration anecdotique des contes, a constitué une nouvelle expérience de cet artiste ouvert à toutes les aventures créatives.

(notice publiée par le ministère algérien de la Culture à l'occasion d'ne exposition
organisée en 2007 par le Musée national d’art moderne et contemporain d’Alger,
l’Institutdu monde arabe (IMA, Paris) et l’Office national des droits d’auteurs (ONDA, Alger).

Quelques-uns des vingt-cinq frontispices peints par Dhia Azzawi, qui font de cet ouvrage l'un des plus attachants - ne serait-ce que du point de vue plastique - qu'ait publiés Al Manar :


Couverture d'un exemplaire de tête, imprimée sur velin d'Arches, sous papier cristal...

Jean-Paul Michel, poète et éditeur, à l'auteur

Depuis sa réception, c'est la troisième fois que je lis Le Livre de l'Amour, et c'est à chaque fois avec un immense sentiment de reconnaissance et d'admiration. Quelle bonne idée que d'avoir voulu donner écho par delà le temps au Collier de la Colombe et à Ibn Hazm, d'entrer ainsi avec lui en dialogue en visant la réactualisation active de cette tradition de la poésie arabe andalouse, profuse, généreuse, débordante d'élans sensuels. Evidemment tout cela est très au-dessus des ressentiments étriqués, nourris par le doute quant à soi et la crainte panique de l'autre. La poésie du présent ne te rendra jamais assez grâce pour la hauteur de ta visée comme pour la netteté de sa mise en oeuvre. Tu donnes là avec courage la preuve de ce qu'il est encore possible de ne pas renoncer. Sache, cher Mohammed Bennis, que je suis fier d'avoir pour ami l'auteur du Livre de l'Amour.
Tous mes compliments aussi à Alain Gorius pour la qualité matérielle de l'ouvrage. Elle est le gage du sérieux de son entreprise d'édition.
Ma toute meilleure amitié,
Jean-Paul

 

Le livre de l'amour

Mohammed Bennis a élaboré, avec ce livre, un dispositif concerté qui manifeste tout à la fois les contradictions du poème arabe moderne et l'intacte révolte du lyrisme amoureux. Il réécrit pour cela le traité d'Ibn Hazm (1), le théologien cordouan du XIè siècle qui, pour définir l'amour, avait associé l'exposition systématique des aspects de la passion, des récits de témoignages et des vers de sa composition. Ainsi Bennis mêle-t-il chant et récit, vers et prose, relisant une œuvre de la tradition pour interroger l'avenir du poème. Il s'identifie pour une part à son modèle : comme Ibn Hazm après la fin du califat omeyyade, il est exilé d'une Andalousie désormais "hors temps et hors lieu" qu'il lance en défi à la violence et aux conventions de son temps. Cependant, plus proche de la mystique de Hallâj et de Rûmi ou, on l'imagine, de l'érotisme de Georges Bataille, son défi va au-delà de la mesure gardée par celui qui était un musulman au littéralisme radical.

Stéphane Baquey
Cahier critique de poésie Marseille

(1). Le collier de la colombe. Voir la traduction de Gabriel Martin-Gros : De l'amour et des amants, Paris, Sindbad, "La bibliothèque arabe", 1992.