{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Le creux du corps

le livre , l'auteur , la critique

Collection "Poesie du Maghreb"

 

Soixante exemplaires sur Vélin d’Arches ; quinze exemplaires de tête rehaussés d’une peinture de Kacimi ; les quarante-cinq suivants, d’une gravure originale.

Epuisé.

 

Le livre

 

...

Je se souvient

de sa tombée

du ventre de l’Atlas

La nuit spirale

pourpre

bleue

noué à la crinière sombre

Je lèche la lumière

 

le coït entre nous

comme une adéquation

entre

la nuit et

la voie lactée

 

le cèdre émerge

de mon corps

l’eau de tes yeux


L'un des exemplaires de tête


Un autre...

 


La gravure originale rehaussant les 45 suivants

L'auteur

Mohammed KACIMI, peintre, poète, créateur d'images et d'événements, est né à Meknès en 1942. Entre deux expositions aux quatre coins du monde il vit et travaille à Temara (près de Rabat) et à Paris. Il a collaboré avec différents poètes (A. Laâbi, J. Sacré, H. Nejmi, A. Gorius) et publié, avant Le creux du corps (Al Manar, 1997), un autre recueil de poèmes et de dessins, L'Eté blanc.

Fin 1999 est paru aux éditions Al Manar Parole nomade, qui rassemble l'essentiel des textes publiés par Kacimi depuis une vingtaine d'années dans différents journaux, revues et catalogues, et plusieurs textes poétiques inédits.

La critique

à propos de la collection "la parole peinte"

Ces livres où peintres et poètes font bon ménage

(…) Mais avant d’en arriver à la réception de l’œuvre, voyons sa production intellectuelle. Retournons en amont. Nous retrouvons des complicités aux regards croisés. Entre Kacimi et son bonhomme gai, amer, dans Le Creux du corps. Le peintre y illustre sa vision poétique de la déchéance humaine. Entre les textes du critique d’art Nicole de Pontcharra et les dessins de Mohamed Abouelouakar, écrits et peints dans le livre intitulé Dans le silence, c’est bel et bien une étreinte d’amitié qui se dégage. L’écrivain est allé jusqu’à Moscou rencontrer cet artiste singulier, solitaire. Ils se disent tous deux "de la même tribu". Ceci n’est pas complètement métaphorique, puisque Nicole, d’origine russe, a vécu durant son enfance à Marrakech, ville natale du peintre. Ceci dit, son rapport à la ville ocre, et avec la Koutoubia qu’elle a pu gravir dans les années 50, alors jeune chrétienne interdite d’accès, est davantage perceptible à travers Marrakech Lumière sur lumière, livre dans lequel Farid Belkahia s’abandonne, par souci de dialogue sans doute, à des variations de formes et de couleurs qui rendent bien le tourbillon de l’escalade à laquelle s’était livrée la poétesse.

Entre Alain Gorius, poète et responsable de la galerie Al Manar, et Mohamed Kacimi, le rapport est étroit également. Ces poèmes dépouillés, écrits de Rabat à Marrakech, ont été accompagnés, dans Ombre portée, par des silhouettes et des symboles signifiant le parcours, sans lyrisme, avec détachement. Ce même Alain Gorius se retrouve en échange esthétique avec le jeune peintre Yamou dans Stellaires dans la nuit des rêves. Enfin, Approche du désertique permet aux poèmes de Mostafa Nissabouri de donner du volume au vide que créent les sérigraphies de Miloudi. D’une rencontre à l’autre, le credo est clair : "parallélisme du langage plastique et du langage poétique".Aucun des deux n’est au service de l’autre.Les deux se tiennent par la main et nous invitent au voyage.Le temps d’un livre.

Driss Ksikès, Le Journal, 20-2-1999

une heureuse cohabitation entre peintres et poètes

(…) Les années 50 et 60, les peintres et les écrivains se sont regardés de loin, pour ne pas trop confirmer l’absurdité du monde. L’abstraction des deux côtés a été cette sorte de repli sur les ustensiles des arts : les mots et les couleurs.

Ce sont les éditeurs qui viendront ranimer la flamme de cette ancienne amitié et trouveront les complicités entre des individualités, dans une sorte d’intimité, sans prétention, pour que des livres-images, dans toutes sortes de formats, puissent voir le jour.

(…) Le travail d’Alain Gorius, éditeur d’art, s’inscrit dans cette logique, même si la cohabitation entre nos poètes et nos peintres a été dès le début le stimulant nécessaire, pour les uns et les autres, pour que naisse chez nous le projet d’une création contemporaine. Il est bien vrai que depuis quelques années les porte-folios se font très rares, et cette nouvelle entreprise de la Galerie Al Manar vient redonner un nouveau souffle à cette collaboration des sensibilités. Les titres proposés sont : Dans le silence, qui réunit les poèmes de Nicole de Pontcharra et les dessins de Mohamed Abouelouakar ; Marrakech Lumière sur lumière, poème de Nicole de Pontcharra et peintures de Farid Belkahia ; Ismaël et le chien noir, nouvelle de Jean-Pierre Millecam et peintures de Mohamed Azouzi ; Le creux du corps, un ensemble de poèmes de Kacimi et de ses propres gravures ; La malle de Sidi Maâchou, texte d’Edmond Amran El Maleh et gravures de Tibari Kantour ; Approche du désertique, huit chants de Mostafa Nissabouri et peintures de Houssein Miloudi ; Stellaires dans la nuit des rêves, poème d’Alain Gorius et gravure d’Abderrahim Yamou ; Ombre portée, enfin, poèmes d’Alain Gorius et gravure de Kacimi.

Deux raisons nous semblent motiver la production de ces œuvres à deux mains, l’une économique, et l’autre esthétique. En effet, les tableaux de nos peintres sont devenus de plus en plus chers, et les acquérir est devenu l’affaire de quelques riches collectionneurs ou d’institutions ; les intellectuels et les amateurs d’art se retrouvent spectateurs frustrés de cette aventure de notre art, de laquelle ils se sentent rejetés pour raison économique. Un livre fait de poèmes et de peintures est un substitut convenable pour élargir le cercle des gens concernés par notre art contemporain. La deuxième raison est dans un sens parallèle à la première, purement matérielle. Notrepeinture, comme notre poésie, dans le sillage des grands courants des créations contemporaines, sont difficiles d’accès et résistent à l’œil qui voudrait les absorber instantanément. Trop de références derrière chaque tableau et chaque poème, et ceux qui s’y aventurent ensemble sont, peut-être, capables d’imposer une attention plus grande à leur assimilation, et pour que le monde qu’ils reflètent soit plus dense émotionnellement à tous.

Azzouz TNIFASS, Le Temps du Maroc n° 174, 26-2-1999

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