Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Je n'ai d'autre désir

le livre , l'auteur , le peintre, la critique

Collection "Poésie"

 

 

Recueil de poèmes de Bernard Perroy,
accompagnés de dessins par Rachid Koraïchi.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

ISBN 978-2-36426-086-3

 

Le livre

 

 

Et va,

laisse ta voix
surprendre le silence,
rouler ses mots
comme une bouche s’ouvre
pour un baiser.

 

 

Nuit d’arômes
remplissant le vide

et cette attente de Toi
dont mon cœur m’avertit…

?Le jour épais
d’embruns et de prière,
d’inquiétudes secrètes
et de désir,

le jour se laisse prendre
dans les mailles de nos larmes
perlées de bonheur
ou de suie.

?Mon amour a soudain
grandi, le jour

où j’ai rencontré d’un autre
le geste tendre

et le sourire
si juste

malgré leur apparente
insignifiance...

?Le jour se vrille
et s’esquinte dans la rue
contre la multitude des joues
et des regards et des silences
des passants anonymes.

Le tumulte des heures
se cogne aux parois des vitrines,
aux pas pressés,
aux solitudes qui se frottent
les unes contre les autres…

Ton cœur mendiant
pourrait chanter pourtant,
donner au temps tout son déploiement,
cette heure lente apprise
dans le toucher d’un geste ami.

 

L'auteur

Bernard Perroy, né en 1960 à Nantes, vit actuellement en Sologne et poursuit depuis plus de vingt ans sa double vocation de frère consacré et de poète. Il a déjà publié, chez Al Manar, Cœur à cœur et Une gorgée d'azur, avec Rachid Koraïchi également.

Le peintre

Rachid Koraïchi est né en 1947 à Aïn Beida (Algérie) ; il vit actuellement à Paris, tout en intervenant dans de nombreux pays du pourtour méditerranéen. Il expose depuis 1970 dans différents musées et fondations à travers le monde, et travaille sans jamais se laisser décourager par les aleas de l'actualité au rapprochement des trois religions du Livre. Il a notamment illustré pour les éditions Al Manar des auteurs chrétiens (Sylvie Germain, Georgia Makhlouf, Jaume Pont, frère Bernard Perroy), juifs (Anne Rothschild), musulmans (Etel Adnan, Salah Stétié). Il a été l'invité d'honneur de la vingtième édition du salon de bibliophilie contemporaine "Page(s), fin novembre 2017 au Palais de la femme à Paris.

 


Rachid Koraïchi au salon Page(s) 2017. On aperçoit sur la droite, la grande installation réalisée par l'artiste pour rehausser l'éclat de cette vingtième édition du salon.

La critique

Bernard Perroy : « Je n’ai d’autre désir »

« Tout vrai regard / est une parole sûre », cette merveilleuse affirmation, on la trouve dans « Je n’ai d’autre désir », recueil illustré d’encres de Rachid Koraïchi paru chez Al Manar en mars 2017 (62 pages. 16 euros).
Le titre inspiré de Thérèse de Lisieux fait référence au divin partout présent dans ces pages. J’avoue ne pas être concerné par cette dimension religieuse, mais au-delà de cet aspect, on rencontre dans ces poèmes « ce besoin d’autre chose qui suinte par tous les pores de notre vie », cette « main tendue » qui est aussi celle de la fraternité et de l’amour.
La « boussole / d’une espérance au-delà / de toute espérance » parlera au croyant, mais l’agnostique ou l’athée trouvera tout autant sa pâture dans la poésie lumineuse de Bernard Perroy, qui affirme de son dieu qu’il le « trouve / toujours par surprise / dans la rencontre des / êtres et des choses / les plus familiers ».
Pour ma part, j’aime « ce cœur mendiant » jamais rassasié, qui s’invente ces beaux sentiers poétiques vers l’autre, les autres, « vers le feu du dedans / vers le lieu imprévisible de l’amour ».

Michel Bagin, in Texture

 

Je n’ai d’autre désir, Bernard Perroy, par Marie-Hélène Prouteau


D’où vient que ce recueil Je n’ai d’autre désir du poète Bernard Perroy et du peintre algérien Rachid Koraïchi me donne l’impression de me trouver sous la voûte de plein cintre d’une église romane ? Tout y est simple et épuré comme l’arc de pierre qui s’élève à la verticale au-dessus des turbulences et des tollés du monde.
Ces vers et ces encres de Chine, on les goûte non comme de la pâte de papier noircie de mots et de dessins mais comme un choral de Jean-Sébastien Bach qui s’élève sous cette voûte à travers les épaisseurs du temps. Plénitude et lumière de ces mots. Simplicité des motifs géométriques, en particulier les palmes et les croissants. « Nuit de palmes, encore ».
Il y a celui qui dessine, il y a celui qui écrit. À chaque page, un double chemin de signes. Pour une même expérience spirituelle, mystique peut-être. Trois parties, qu’accompagnent sur le seuil les citations de Salah Stétié, André Chédid, Thérèse de Lisieux. En ces poèmes de deux à quatre vers, nous cheminons depuis la nuit vers le jour. Dans la nuit où se joue « un besoin d’autre chose », ce sera le sentiment d’une présence, divine peut-être, comme le laisse à penser la majuscule parfois de mise.
Il est question ici de larmes, de soupirs, de drames, de décombres, de monde en bataille. L’ambivalence, l’incomplétude de toute vie sont là, le monde n’est pas effacé, ni ses douleurs. Mais le bruit discontinu de la vie nous arrive, feutré dans une grande resserre de silence. La rencontre de l’autre, geste, regard, sourire a été décisive. Au terme du recueil, l’espace se dilate, s’élargissant :

« aux exilés de tous les bords Une mer pour des pays en guerre »

La lucidité est de mise :

« Je sais comment le vertige
paralyse et nous plonge
en abyme de nuit ».

Mais, malgré tout ce qui entrave, une force intérieure est à l’œuvre. Le moment se fait revigorant, tourné vers un élan qui nous dépasse.

« quelque part, on ne sait trop comment, une lampe ne peut mourir, ce quelque chose en nous »

Il importe que « ce quelque chose en nous » reste innommé – est-ce Dieu, est-ce le sentiment océanique ou le principe espérance ? C’est peut-être dans ce qui reste en creux, en absence que chaque lecteur peut lui donner sens. Comme sous une antique voûte où vibre infiniment la voix de Jean-Sébastien Bach.

Marie-Hélène Prouteau
(Terre à ciel)