{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Jacques Derrida, en effet

le livre , l'auteur , l'illustrateur, la critique

Collection "Approches et Rencontres "

 

 

Trois essais sur Derrida, par A. Khatibi

Dessins de Valerio Adami

 

 


20 exemplaires tirés à part sur vélin d'Arches
au format 22 x 16 cm.

ISBN 2-913896-53-6

18 €.

parution décembre 2007.

Le livre

Poète, romancier, essayiste... A. Khatibi est un écrivain-penseur. Il poursuit ici le dialogue engagé avec J. Derrida, du vivant de celui-ci.

L'auteur
Abdelkébir KHATIBI, sociologue et philosophe de formation, est un écrivain protéiforme. Romancier, poète, essayiste, dramaturge, critique d'art, philosophe du langage et de la politique… A. Khatibi a exploré avec un égal bonheur toutes les voies de la création littéraire.
Plus de vingt-cinq titres jalonnent son itinéraire d'écrivain, parmi lesquels on retiendra La mémoire tatouée, Denoël, 1971, Le livre du sang, Gallimard 1979 et 1986, Amour bilingue, Fata Morgana, 1983, Dédicace à l'année qui vient, Fata Morgana, 1986, Un été à Stockholm, Flammarion, 1990, L'art calligraphique de l'Islam (avec M. Sijelmassi), Gallimard, 1994, Le roman maghrébin, SMER, Rabat, 1980, Par-dessus l'épaule, Aubier, 1988, Paradoxes du sionisme, Al Kalam, Rabat, 1989, Penser le Maghreb, SMER, Rabat, 1993, La civilisation marocaine (sous sa direction et celle de M. Sijelmassi), Actes Sud et Editions Oum, Casablanca, 1996, La langue de l'autre, éditions Les mains secrètes, New York, 1999… et bien sûr Voeu de silence (épuisé, repris dans Quatuor poétique), L'Art contemporain arabe (Al Manar, 2001), Le Corps oriental (Hazan, 2002), Aimance (Al Manar, 2004), Pélerinage d'un artiste amoureux, Le Rocher, 2004...

Il décède à Rabat le 16 mars 2009. Patrick Chamoiseau lui rend immédiatement hommage :

POUR ABDELKEBIR KHATIBI

Frère, tu savais les abîmes de la langue, ce qu'elle dérobe et qu'elle offre aux déroutes des langages, ce qu'elle nourrit de vertiges dans le désir des autres langues, tu savais aussi que raconter c'était saisir l'obscur, fréquenter l'indicible, la difficulté d'être avec tous mais au plus singulier, dans le partage sans concessions mais au plus différent, et trouver dans les tumultes du monde l'effervescence secrète, essentielle, où l'esprit vit le monde, en Guerrier, invente des peuples et des manières, va le mystère de la chose tissée et des calligraphies, et nous invente des horizons encore vifs d'être tatoués, portés haut à même la poussière du Maroc... Tu savais aussi l'amour, qui ouvre tant, toujours, et dont sait se nourrir cette orchidée à qui je donne ton nom...

Patrick Chamoiseau

 

L'illustrateur
Valerio Adami, le plus français des peintres italiens, est surtout connu pour ses célèbres aplats aux couleurs acidulées et ses formes cernées par un contour noir qui font penser à la ligne clair de la bande dessinée mais aussi aux vitraux des églises. Les principaux thèmes de ses peintures sont la littérature, les voyages, ainsi que les relations entre poésie, musique et peinture. Il a aussi entretenu dès ses débuts des rapports étroits avec les écrivains et les artistes de l'avant-garde internationale parisienne.

Adami se forme à travers l'atelier de Felice Carena et rencontre à Venise Oskar Kokoschka. Après avoir étudié la peinture à l’Académie de Brera, à Milan, dans l’atelier d’Achille Funi, entre 1951 et 1954, Valerio Adami donne de premières toiles qui se rattachent à l’expressionnisme mais, très rapidement, il trouve un style propre, fait de formes cernées fortement par une ligne épaisse et traitées en aplats de couleurs pures ( influence surréaliste qui demeure sous-jacente dans son œuvre ) et sans ombres.

Lors de son premier voyage à Paris (1955), il rencontre Wilfredo Lam et Roberto Matta. Il obtient sa première exposition personnelle à Milan en 1957 et y expose ses premières œuvres influencées par Matta. À partir de cette date, il partage sa vie entre l’Italie et Paris tout en effectuant de nombreux voyages à travers le monde : Amérique du Sud, Inde (1957), Cuba (1967), Mexique (1970), etc. En 1968, il expose ses travaux au Jewish Museum de New York, en 1970 à Mexico City et à Jérusalem.

Au cours des années 1970, Adami s’affirme comme un des représentants notables de la Nouvelle figuration. Il développe un style pictural psychologique caractérisé par le dessin élaboré, que la couleur a pour fonction de détourner, modifier ou amplifier. Ses œuvres se singularisent par la saturation des surfaces coloriées où ne subsiste aucun blanc, aucune trace de doute ou d’inachèvement.

Il définit le tableau comme « une proposition complexe, où des expériences visuelles antérieures forment des combinaisons imprévisibles »[1]. Le caractère figuratif de ses œuvres, minutieusement élaboré par de nombreux dessins préparatoires, ne doit pas faire illusion : il s’agit d’une reconstruction de la perception visant à l’appropriation d’images et non une référence directe à la réalité vue (« le tableau n’est pas fait de la même substance que la vision »[2]). Les personnages, objets, paysages s’articulent en des compositions complexes où les rapports classiques d’espace et de profondeur sont entièrement bouleversés. Mais Adami a souvent été traité de "peintre classique" à cause de son travail sur la ligne. Cependant, il n'est jamais tombé dans "la redondance néo-classique des postmodernes".

En 1970, Adami s’installe à Paris où l’ARC — au musée d'art moderne de la Ville de Paris — lui consacre une exposition. En 1985, son œuvre fait l’objet d’une importante rétrospective au Centre Georges-Pompidou, et est exposé ensuite à Tel Aviv et à Buenos Aires. De 1970 à 1994, il expose à la Galerie Maeght qui deviendra la Galerie Lelong à Paris.

Son travail sur la mémoire, individuelle puis collective, le conduit à aborder dans les années 1970 des portraits de célébrités – James Joyce, Freud, Walter Benjamin – puis des paysages et des événements historiques – la Révolution française – intégrant des mots-titres peints avec soin qui font référence à la peinture ancienne. L’importance attachée par Adami au dessin, la manière dont il rapproche des éléments culturels, a été commentée par des philosophes comme Jacques Derrida ou Gilles Deleuze. Jean-François Lyotard lui a aussi consacré plusieurs études notamment sur son évolution. Il résume son travail par époque : les années 1960 correspondant au dénombrement des objets « que la consommation taille dans l'âme et le corps » ; les années 1970 marquant une série de portraits de penseurs, d'écrivains, de politiques de la « renaissance moderniste » et les années 1980 qui correspondent aux « Mémoires de l'amour, offrandes à l'impossible union, ex-voto aux métamorphoses du désir, monuments à la séparation et à la mort ».

Depuis la fin des années 1980, Adami a exécuté des peintures murales à grande échelle pour divers bâtiments publics : notamment en 1973-1974 pour la First National City Bank de Madison et en 1989 pour le foyer-bar du Théâtre du Châtelet à Paris. En 1985 il participe à la Biennale de Paris. Il réalise également huit vitraux pour l’hôtel de ville de Vitry-sur-Seine (1985) et des tableaux monumentaux pour la salle des Pas perdus de la gare d'Austerlitz à Paris (1992). En 1993-1994, il a aussi réalisé quatre peintures monumentales pour le Park Tower Hotel à Tokyo, œuvre de l'architecte japonais Kenzo Tange.

Depuis 2004, une importante rétrospective lui a été consacré au Musée Frissiras d'Athènes, et Adami a ensuite enchaîné plusieurs expositions personnelles en Italie, Finlande et Espagne. Actuellement, il travaille à la création d'une fondation consacrée au dessin à Meina en Italie. En 2008, une rétrospective lui sera consacré à la fondation Pomodoro de Milan. Et enfin depuis 2004, il est représenté par la galerie Daniel Templon à Paris.

Enfin on peut dire d'Adami que "Derrière sa froideur apparente, on pourrait dire l'élégance un peu dandy de la forme, Adami cache inquiétude, nervosité, impatience, et cela se déchiffre encore mieux dans ses dessins, qui procèdent aussi à une sorte d'introspection permanente de son travail, comme une sorte de journal intime." Alain JOUFFROY

La critique

(...) Il se trouve que la pensée de Khatibi a rencontré très tôt celle de Roland Barthes et celle de Jacques Derrida, auquel il rend dans un livre d'essais un hommage posthume, poursuivant un dialogue ininterrompu. Il s'agit ainsi d'inventorier une sorte de cérémonie parmi les signes, un style qui soit, dans la disparition de la sacralité qui resterait attachée au poème, une prose singulière qui enchante la mélancolie de l'"artiste amoureux".

Stéphane Baquey, Cahiers du cipM