{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Ivresse

le livre , l'auteur , le peintre, la critique

Collection "Poésie"

 

 

 

 

 

 


20 exemplaires tirés à part sur BFK Rives
au format
2 cm, chacun rehaussé de deux interventions en technique mixte de Rachel Klapîsch-Moses, sous couverture rempliée.

600 ex. typographiés sur Bouffant.

ISBN 978-2-36426-068-9
mai 2016

Le livre

 

(...)
Où vont-ils, vers quel là-bas ?
Mon cœur égaré se le demande avec chagrin
J’ai déchiqueté l’amour et lui non plus, je ne sais où il va
Il a étendu ses ailes pour s’envoler au loin
Je sens comme un étau chauffé à blanc dans ma poitrine
Les rails se moquent bien de ma trahison
Amis, n’ayez pitié de moi malgré mon spleen
Je verse mes larmes trop tard pour que naisse la compassion
(...)


Deux interventions originales (technique mixte) rehaussant chaque exemplaire du tirage de luxe de Ivresse. © Rachel Klapisch-Moses.

L'auteur


Emmanuel Moses, Espace de l'autre Livre, février 2017

Emmanuel Moses est né à Casablanca en 1959. Il a passé ses premières années à Cachan (Val-de-Marne) et Paris. Sa famille quitte la France pour Jérusalem en 1969. Depuis 1986 il vit et travaille à Paris.

    Bibliographie  

Poésie

Le repas du soir,  éditions du Titre, Paris, 1988
Métiers, éditions Obsidiane, Paris, 1989  (Prix de la Vocation)
Les bâtiments de la Compagnie Asiatique, éditions Obsidiane, Paris, 1993 (Prix Max-Jacob)
Opus 100, Flammarion, Paris, 1996
Le présent, Flammarion, 1999
Dernières nouvelles de monsieur Néant, éditions Obsidiane, 2003
Figure rose, Flammarion, 2006 (Prix Ploquin-Caunan de l’Académie Française)
D’un perpétuel hiver, Gallimard, La blanche, 2009
L’animal,  Flammarion, 2010
Préludes et fugues, Belin, 2011
Ce qu’il y a à vivre, Atelier La Feugraie, 2012
Comment trouver comment chercher, Obsidiane, 2012
Sombre comme le temps, Gallimard, La blanche 2104
Le voyageur amoureux, Al Manar 2015

Fiction

Un homme est parti, nouvelles, Gallimard, Paris, 1989
Papernik, roman, Grasset, Paris, 1992 (Folio n°3451)
La danse de la poussière dans les rayons du soleil, roman, Grasset, 1999
Valse noire, roman, Denoël, 2000 (Folio n°3721)
Adieu Lewinter, nouvelles, Denoël, 2000
La vie rêvée de Paul Averroès, roman, Denoël, 2001
Les Tabor, roman, Stock, 2006
Martebelle, roman, Le seuil, 2008
Le rêve passe, roman, Gallimard, 2010
Le théâtre juif et autres textes, nouvelles, Gallimard, 2012
Ce jour-là, roman, Gallimard, 2013

Le peintre


    Rachel Moses-Klapisch est peintre et vidéaste ; elle collabore notamment avec la chaîne de télévision Arte.

    Rachel Moses Klapisch née en 1963 à Boulogne- Billancourt. Vit et travaille à Paris.

    1985-90, Bezalel Academy of Arts and Design, Jérusalem, Bachelor of Fine Arts

    1991-1992, École nationale supérieure des Beaux- Arts, Paris. Atelier Krzszytof Wodiczko

    2005-2006, École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, (La fémis) Paris. Archidoc – formation documentaires et archives.

    Expositions (sélection)

    2015
    ARTE Vidéo Night 7, une nuit de l’art vidéo sur Arte : première à la Maison Européenne de la Photographie (MEP), Paris. Commissaires : Dominique Goutard et Jean-Luc Monterosso.

    2014
    ARTE Video Night 6, première au Palais de Tokyo (Paris). Commissaires: Dominique Goutard et Jean-Luc Monterosso.

    2009 - 2010
    Reinventing Ritual, The Jewish Museum, New York, Contemporary Jewish Museum, San Francisco.  Commissaire : Daniel Belasco.

    2003
    CONCERTons-nous Pour La Paix,  projection d’art vidéo, Parc des Expositions, Paris.

    1999
    Exposition personnelle, News Art – Political Cubism collag’es, The Artist’s Studios, Jérusalem.

    1996
     ArtFocus 2, International Biennial of Contemporary Art, Portraits, Tel-Aviv Museum, Tel-Aviv. Commissaire : Moti Omer.

    1992
    Portes Ouvertes, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris. Commissaire : Krzszytof Wodiczko

    1991
    Exposition personnelle, Portraits, The School of Visual Theatre, Jérusalem.



photo : David Jousselin, DR

Quelques œuvres de Rachel Klapisch-Moses :

 


Rachel Klapisch-Moses, dessin

 

La critique

 

Emmanuel Moses, Ivresse

par Gérard Cartier

Emmanuel Moses, Ivresse, 
éditions Al Manar, Collection Poésie, 2016.
Dessins de Rachel Moses-Klapisch.



Lecture de Gérard Cartier

EN BOTTES DE SEPT LIEUES

Il y a des livres qui s’emparent d’un thème, la mort d’un être cher, la descente d’un fleuve, la célébration d’un amour, et qui, jouant sur cette corde unique, nous saisissent : la grâce efficace. D’autres qui sont des recueils d’instants disparates, qui embrassent tout ce qui fait l’existence, indistinctement, et dont la cohérence tient à l’organisation d’ensemble ou à la forme d’écriture, nous comblant par leur liberté : la grâce suffisante. Ivresse est de ceux-ci.

Le recueil s’ouvre avec un beau poème sur l’enterrement d’un oncle dans la boue du cimetière hébraïque de Chevilly-Larue, dont le ton rappelle certaines pages élégiaques des Bâtiments de la Compagnie asiatique (Obsidiane, collection Les Solitudes, 1993) ; il se clôt sur la vision de défunts sortant d’un bois pour jouir de la lumière ; en chemin, notre auteur s’est souvenu de son père à la vue d’un hôpital, a regretté sa bien-aimée, s’est indigné que d’anciens nazis meurent dans leur lit, a voyagé en train et déambulé en ville, a écrit un poème d’anniversaire où il est question de Janus et du Psalmiste, s’est désolé de ce qu’il est, a renouvelé le carpe diem et s’est piqué à la « guêpe des adieux », explorant à peu près toutes les émotions humaines, joie, mélancolie, colère, folie, chagrin, méchanceté : rien de ce qui est humain n’est à Moses étranger. 

Tout en parcourant la mappemonde des sentiments, il rappelle à lui la poésie du passé, dont on entend ici et là un écho discret, principalement de cette galaxie de poètes que l’on dit (souvent injustement) mineurs : car c’est l’ironie qui domine ces pages, et une désinvolture (témoin cette exergue empruntée à Tchékhov : « vaut mieux être poète que rien du tout ») qui prend racine chez certains poètes du Moyen Âge et de l’âge baroque, Villon, Saint-Amant (« J’écris ce poème du fond de mon lit… »), Mathurin Régnier. Mais Moses est la liberté même, d’un bond de ses bottes de sept lieues le voilà à la fin du XIXe siècle, saluant fraternellement Laforgue, le voilà au XXe, s’abouchant avec Max Jacob (« Dans l’ascenseur de mes rêves il y aurait un garçon en livrée bleue et ganses dorées… »), avec Francis Carco (« Odeur nocturne / Odeur de seringat… »), le voilà chez lui, dans ce siècle, retrouvant une « réalité qui fait grise mine et interdit de rêver ».

S’il s’abandonne parfois à la gravité, pour se souvenir (ainsi, à propos de l’étoile jaune : « …je suis un fils de cette faune / Promise à l’infini chagrin ») ou s’indigner – l’Histoire, comme on le sait, assez souvent bégaye –, si l’âge qui s’insinue donne à certains vers une tonalité mélancolique, très vite sa fantaisie le reprend et, avec elle, le désir du monde. La plupart de ces pages semblent écrites dans la vitesse et la jubilation (l’ivresse ?), sans trop s’embarrasser de perfection formelle, tablant plutôt sur la liberté, l’imagination ou la spontanéité de l’enfance (« Groseilles, l’enfance n’a fui qu’en apparence… »), dans un jeu permanent entre feinte et vérité qui redouble le jeu des rimes.


[…]
Mauvais père et mauvais fils au dernier automne
Ci-devant mauvais mari, que Dieu me pardonne
Poète perdu au décours de l’âge
À qui ne reste que le privilège de la rage
Frère absent, employé peu fiable
Neveu sans cœur, débiteur insolvable
Enthousiaste et velléitaire
Faux polyglotte et vrai suicidaire

Fumeur sans suite dans les idées
Ermite reclus entre les murs de tous les cabinets
Ennemi du bruit dont retentissent les lieux publics
Rêvant de finir ma vie d’hôtel chic en hôtel chic
La tête à demi-morte
Tant l’oubli s’y déchaîne d’une main forte
Le cœur en capilotade
Collectionneur de rebuffades, dégringolades et débandades.



Ce livre, tout de nerfs et d’humeur, dépourvu de la moindre lourdeur, on s’en veut d’en parler en faisant jouer les ressorts de la machine pensante. Il le faut pourtant, car s’il y a une unité dans ce livre, ce n’est pas la figure de Protée de l’auteur qui la lui donne, mais la forme des poèmes : des vers non mesurés mais rimés ou assonancés. On y retrouve un plaisir qu’on avait presque oublié, celui d’entendre la rime commander au sens (« Je fais un pas puis je m’arrête / Un nuage m’accable, une pétarade m’étête » ; ou bien : « Tu brûlerais ta bibliothèque / Tu pousserais des cris aztèques »), parfois à trois ou quatre vers d’écart. Quant au schéma formel, après une série de poèmes de cinq quintils, il devient plus mobile : quatrains, strophes libres, distiques (« chacun possède son rythme caractéristique / Le mien est peut-être le distique »).

On se demande parfois comment l’on peut encore, aujourd’hui, se plier à la rime sans étouffer le poème sous la cendre des âges. Eh bien, lisez Ivresse.



Gérard Cartier
D.R. Gérard Cartier 
pour Terres de femmes