{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

L'homme descend du silence

le livre , l'auteur , l'illustrateur, la critique

Collection "Romans & Nouvelles du Maghreb"

Trente exemplaires de tête sur Rives d’Arches
rehaussés d'interventions originales
par
Simohammed Fettaka

 

2.000 exemplaires sur Arcoprint Edizioni.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'exemplaire courant : 16 € / 120 DH

 

ISBN 978-2-36426-041
février 2015

Le livre

 

Recherche le livre encore à écrire
Invente ton k’tab au rythme des vagues en face
Du flux secret de ta vie.

"En refaisant le trajet derrière les murs, j’ai fini par entendre l’écho lointain de cette voix discrète, à peine audible. Par croire à cette vague promesse, qu’une fiction née face à la mer pouvait redonner vie à celui qui l’enfante." D. K.

L'auteur

Né à Casablanca en 1968, Driss Ksikes est écrivain, dramaturge, professeur de média et de culture et directeur de recherche à HEM. Il vit et travaille à Rabat.

 

Le peintre


Simohammed Fettaka, artiste pluridisciplinaire, vit entre Paris et Tanger. Egalement musicien et compositeur, il utilise la vidéo, mais aussi la photographie et le collage, en élargissant sa pratique à d'autres formes d'art, le rap, la poésie et la performance.

 

e

La critique

 

 


Diptyk, 24/02/15

 

Au commencement….

 

Beaucoup d’écrivains ont quitté le port et la patrie. Driss Ksikes a fait le choix contraire. Il est courageusement resté et son récit est un essai de réinvention

Je croyais qu’au commencement était le Verbe. Avec le récit qu’il vient de publier, Driss Ksikes m’apprend qu’au commencement fut le silence. C’est ce que suggère le titre choisi pour son nouvel ouvrage « L’Homme descend du silence », sorte de « table philosophique » (l’expression est semble-t-il de l’auteur) qu’on pourrait aussi bien intituler « La fin de l’Utopie », « Le renoncement », « Le scribe désabusé » ou « Le désenchantement » tant tous ces thèmes s’enchevêtrent dans une succession de fragments puissants dans leur concision et intenses dans leur simplicité. Ce titre reste pourtant énigmatique, le récit présentant plutôt une parole d’une limpidité réconfortante, coulant de source, et offrant une clarté qui dévoile témérairement nos infirmités. « La langue du poète est limpide », écrit Driss Ksikes. C’est bien à cause de cette limpidité et de cette clarté que je me suis demandé pourquoi l’on présente ce récit comme un « texte à clés ». Driss Ksikes est un habile touche à tout. Il fut un journaliste courageux mais a renoncé à juste titre à cette activité souvent périlleuse qui fait souffrir la vérité d’instabilité et de manque d’authenticité. L’a-t-il quittée ? Dans deux fragments de ce récit « Un dîner providentiel « et Vies sans mode d’emploi », le lecteur retrouve avec bonheur le meilleur de son inspiration journalistique. Il est « homme de théâtre », imaginatif et talentueux. Sa pièce « Il » en est un exemple séduisant. Il est penseur, et chercheur exigeant avec les rencontres d’Ibn Rochd et Economia qui questionnent le monde et nos consciences. Il est poète et surtout romancier avec « Ma boîte noire », une autobiographie d’apprentissage qu’il a publiée, il ya quelques années comme si, à l’instar de ses prédécesseurs il fallait qu’il sacrifiât absolument, au début de son aventure d’écrivain, à ce rite et à ce rituel obligés. L’écriture du moi, bien que tenace, n’est fort heureusement pas la raison d’être de ce récit. L’auteur affirme que c’est « le roman d’une génération ». C’est plutôt « Le roman d’un enfant du siècle », qui « face aux inventaires » se demande s’il faut partir ou rester et inventer l’écriture qui redonne vie, reconstituer « ce livre unique de la vie ou prendre l’habitude de se taire ». Il a refusé l’exil surtout l’exil intérieur, choisi de rester au pays, de croire à « la vague promesse que la fiction pouvait redonner vie à celui qui l’enfante » et comme les enfants handicapés qui l’ont ému, a choisi de défier le silence par un désir ardent de vie, d’écouter « le vieux silence qui nous a bercé avant la parole », «un silence virginal », et a choisi de chanter pour nous la flamboyante virginité de mots jusque là inconnus. D’où vient que malgré ce choix courageux, cette écriture soit une écriture désabusée, désenchantée, et qu’une tristesse indéfinie irradie l’ensemble du récit ? Il y a dans ce texte trois phrases qui éclairent le lecteur et justifient ce désenchantement. La première est « Mais les mots se sont épuisés », la deuxième est « Mais alors… à quoi cela sert d’écrire finalement ? » et la troisième, conséquence de cette interrogation : « En repartant, résonnait dans ma tête cette ancienne phrase que répétait Ali, des jours où face à l’injustice, il s’abstenait d’écrire. Je ne l’ai jamais autant comprise ». Ce désenchantement vient-il de la défaite de l’intellectuel face aux injustices et face à l’oppression ? Ou parce que les mots se seraient épuisés, à les dénoncer ? Ou parce que pendant quinze années le « Je » du récit « a traqué les moments de silence » et « a agencé des mots pour remplir … le vide ? ».

Cet enfant du siècle, toutefois, juste et pertinent dans son appréciation du siècle reste « optimiste », convaincu que le présent de notre siècle n’est qu’un perpétuel équilibre entre une « dette » et un « horizon ». Une dette qui fait que l’on ne fuit pas la patrie, « parce que l’on sent que l’on n’a pas encore assez rendu à cette terre pour la quitter » et un horizon parce que l’on reste malgré tout un peu « optimiste », quant « aux petits faits qui pourraient dévier le parcours incertain de la vie ».

Beaucoup d’écrivains ont quitté le port et la patrie, se sont exilés, et ont cru dans cet exil, au-delà de l’océan, faire renaître le langage et les mots épuisés. Driss Ksikes a fait le choix contraire. Il est courageusement resté et son récit est un essai de réinvention, de la parole littéraire ici et maintenant quelles que soient les injustices. Ce récit est promesse d’une écriture nouvelle, de nouvelles pages qu’un « Je », qui n’est plus thérapeutique, construit pour créer une nouvelle esthétique. Driss Kiskes admire la concision du poète portugais Fernando Pessoa dans son œuvre « Le livre de l’intranquilité ». Il vient de réussir dans « L’homme descend du silence » le renouvellement du discours littéraire par la mise en œuvre d’une simplicité langagière remarquablement maitrisée. Rupture avec une expression qui n’en finit pas de devenir stérile et promesse d’un renouveau fictionnel qui tardait à surgir pour rafraichir notre horizon créateur, et notre manière de vivre la beauté en ce monde.

Driss Ksikes montre aussi avec « L’homme descend du silence » aux apprentis écrivains, de langue française, et pourquoi pas aussi de langue arabe, comment écrire leur « Kitab » au rythme d’une parole qui transcenderait et vaincrait le désenchantement infécond qui guette nos incertitudes.

Abdejlil Lahjomri
03/04/2015

 

L'homme descend du silence sur le site de Limag : http://limag.refer.org/new/index.php?inc=dspliv&liv=00028386

 

“L'homme qui descend du silence”. Une quête poétique du réel...

Voilà un texte “à mille lieues de la biographie traditionnelle”. Avec cette référence à J-B Pontalis en exergue de son récit, Driss Ksikès pose d'emblée l'horizon d'attente d'un texte singulier, au sens propre et figuré, qui remonte aux sources d'une enfance, et s'achève sur ce besoin utopique, mais viscéral, de continuer à pouvoir rêver innocemment le monde... Une biographie patchwork éclatée entre différents fragments, tenus ensemble par l'unité d'une narration à la première personne. Pris entre les limbes, dans les replis du silence originel, le narrateur rencontre les mots et raconte son histoire, percute les silences de la mémoire, et fracture la parole pour l'ouvrir aux horizons d'une vie qui se confond dans l'imaginaire du roman en arabesques subtiles, et en motifs ciselés, avec les dessins de Simohammed Fettaka qui officient comme les subtils contrepoints de cette quête symbolique, dont les errances demeurent, en dépit de tout, promesses d'humanisme...
Face à la mer, comme le sac et ressac de l'océan qui bat aux pieds du phare d'El Hank de Casa, s'élève, dès l'ouverture du texte, l'éternelle question qui tourmentera le narrateur tout le long de sa quête, sommé de choisir s'il lui faut partir ou rester, de savoir comment rester quand l'on se sent vivre ailleurs, mais de savoir aussi comment partir sans avoir à fuir... tout en réalisant qu'“une fiction née face à la mer” peut “redonner vie à celui qui l'enfante...”

Quête en enquête : le poète-journaliste...
Le récit de Driss Ksikès est en réalité un récit où les territoires se forment comme des continents qui peu à peu apparaissent en creux sur le tracé silencieux du temps. Chaque territoire ouvre sur la nécessité du choix, car chaque fragment de vie redéfinit la position du sujet face à sa vie : acteur ou spectateur, passif ou actif, inclus ou exclu. Quelle place tenir, et quelle place tenable, pour le journaliste que le narrateur est, sinon celle d'avoir à choisir entre devoir se construire “une bulle”, ou être debout “face au vacarme” ? La quête autour de ce fil rouge obsessionnel du lieu à habiter éclaire le sens même du texte qui devient “ce lieu-refuge, cette contrée à part, où l'on rapièce l'humanité, faute de pouvoir raccommoder celle des autres”. Jusqu'aux marges qui retrouvent un sens, fragments et notes disséminées que le héros se met à rassembler, dès le jour où il entend un auteur auteur déclarer, par-delà la rumeur vrombissante du monde, “qu'écrire, c'est croire en la possibilité d'une île”.

De ce récit émerge ainsi l'idée centrale d'un voyage à lire sous le double sceau de la quête et de l'enquête. Poète et journaliste, “les deux figures de l'homme qui parle” se trouvent associés à la figure protéiforme d'un narrateur obsédé par le devoir de trouver une place où exister à juste distance face au réel. Soucieux de tenir l'équilibre, et de savoir devant quoi se tenir pour que l'insondable mystère de la vie se transforme en vérité à déchiffrer, dans un sens de lecture plausible. Les dessins de Simohammed Fettaka font subtilement écho au texte en en prolongeant les résonances dans un trait épuré où les symboles construisent un langage parallèle, aux accents ésotériques. La narration, elle, zigzague, d'une ellipse à l'autre, dans un va-t-et-vient incessant de l'imaginaire au réel, et de l'utopie à la lucidité. Un fil d'histoires emboitées dans l'histoire comme des poupées russes, et qui se déroule lentement en cercles concentriques pour retrouver à la fin ce “lieu de retour éternel” qu'est le cœur affectif de la médina de Casa...

Lamia Berca-Berrada