{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Le général

le livre , l'auteur , la critique

Collection "Bibliophilie"

 

 

Edition bilingue français / allemand.

20 exemplaires sur Vélin d’Arches
rehaussés de quatre dessins originaux de Klaus Zylla

 

 

L’exemplaire : 450 Euros

 

 

 

Le livre

Avec le Marocain Hmoudane, Al Manar s'ouvre plus largement sur la jeune poésie du Maghreb, répondant ainsi à sa vocation naturelle : rassembler les poètes francophones de cette région et diffuser leur poésie sur les rives nord et sud de la Méditerranée.

 

Une première rafale puis une seconde – des salves, canon tourné vers le firmament. Le général riait. Il était un peu ivre.
Trouer le ciel, disait-il à ses hommes. Le sertir d’étoiles.
Oui, mon général, vous êtes un grand poète, le plus grand que cette terre ait jamais connu…
Il tirait, riait, criait au moment même où une salve touchait de plein fouet la lune :
Du Mozart ! Du Mozart ! Un piano dans le désert et Madame. Le chaos…
Et il rengainait. La dernière balle, il la réservait à un face à face qu’il planifiait depuis longtemps. Pour une cérémonie de roulette russe dans une datcha, cédée par le Kremlin selon les termes d’un vieux traité d’amitié. La tempe du monarque ou la sienne, on verrait laquelle des deux serait fracassée. Peu importait en vérité. L’immortalité passerait par le cadavre de l’un ou de l’autre. Il suffit d’un petit frémissement. Regardez le Führer des Allemands.

 

Du reste, le général aurait pu gagner ses galons en servant dans la Wehrmacht si on ne l’avait pas jugé, selon ses propres aveux, d’une race bien inférieure : il était berbère. Il s’en fichait. Il se faisait une haute idée de sa lignée, une si haute idée que, explorant sa généalogie, il se coulait dans la magnificence : un jour, il assurait à ses hôtes qu’il descendait des rois de Numidie en passant en revue les portraits de Jugurtha, de Juba et de Massinissa qui émaillaient les murs du grand séjour. Il évoqua même sa filiation avec le « sublime pharaon Sheshonq Ier ».
Conquérir Rome ? Trop réaliste pour paraître vraisemblable, pensait-il. Il se tut alors. Il était debout, face au peuplier millénaire qu’il fixait à travers la baie vitrée, le dos tourné à ses hôtes. Tout à coup, il déclarait sur un ton solennel, en les dévisageant : la langue est l’instrument parfait du crime. Il leur parlait en français. Où voulait-il en venir ? Personne n’osait lui poser la question. On se contentait de lever un toast en son honneur. Il venait de réussir un coup de maître. Un coup fulgurant. Une transaction qui requérait de longs mois de rudes négociations : la vente à l’Agence de quelque cent mille sujets de Sa Majesté, des israélites – deux mille dollars la tête.

 

(...)

L'auteur

Mohamed Hmoudane est né en 1968 à El Maâzize, village du Maroc. Ses poèmes ont paru dans diverses revues ( Bleue, Marginales, Po&sie, Présages...) et anthologies, ou en livres : Ascension d'un fragment nu en chute-Morsure des mots, l'Harmattan 1992, Poème d'au-delà de la saison du silence, l'Harmattan 1994, Attentat, la Différence 2003, Blanche mécanique, 2005, La Diféfrence. Traducteur également, Hmoudane a récemment consacré un dossier à la poésie marocaine contemporaine ( Po&sie, n°104, juin 2003).

Son premier roman, French dream, est paru en 2005.


Hmoudane, Galerie - librairie L'autre rive, Bourges, 20109

La critique


Le Soir, 03/03/2010