Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

L'été

le livre , l'auteur , le peintre, la critique

Collection "Poésie"

 

 

Poèmes de Cécile Holdban
accompagnés de dessins par Bobi+Bobi

 

 

 

 

 

 

 


 

 

ISBN 978-2-36426-085-6

 

Le livre

 

 

L’été, les rêves agitent les voilages
mieux que la brise
et parlent de disparition.

Les roses suspendent un drap bleu aux fenêtres
je reste derrière
ce monde soluble dans la lumière
où les pierres brûlent et renaissent sans qu’on les voie.

 
 
+Les 20 exemplaires de tête, imprimés sur BFK Rives, sont rehaussés de plusieurs dessins originaux de Bobi+Bobi

L'auteur


C. François-Rubino, Cécile Holdban, Bobi+Bobi et leur éditeur au salon Pages, novembre 2017

 

Cécile A. Holdban est poète et peintre. Elle a publié plusieurs recueils, accompagné de ses dessins une trentaine de livres d'artiste et traduit différents poètes
du hongrois et de l’anglais. Certains de ses poèmes ont été traduits en hongrois et en italien.

Dans L'été, c'est une moisson d'orages et de rêves que l'on déchiffre, le temps d'une saison, pour célébrer les noces
de l'ombre et de la lumière.

 

 

Le peintre

Bobi+Bobi expose régulièrement en France, en Belgique, en Italie. Elle illustre de nombreux albums pour la jeunesse, mais aime aussi accompagner des poètes et des écritures plus secrètes.

Bobi+Bobi et son éditeur au salon Pages, nov 2017

La critique

Cécile A. Holdban, L’été. Al Manar, 2017

L’été de Cécile A. Holdban n’est pas le livre d’une saison. Il est une invitation à l’harmonie, une harmonie trouvée au contact de la nature. Celle-ci englobe tant le végétal que le minéral et l’animal ; elle est proche de l’homme, va au plus simple, ainsi les fleurs de pissenlit, les abeilles à la ruche, les truites à la source. Ainsi les pâquerettes de l’illustration de couverture, signée bobi + bobi.
L’été, c’est cela, un univers préservé dans un écrin de nature, la beauté, la pureté, qui forment un halo protecteur.
Les roses suspendent un drap bleu aux fenêtres je reste derrière ce monde soluble dans la lumière où les pierres brûlent et renaissent sans qu’on les voie.
Il n’y a pas de séparation avec le végétal, les pommes rouges sont de petites joues à la peau ridée, il n’y a pas de séparation entre soi et le monde.
on sent l’eau du dedans et le sucre à la bouche mais seul le rouge reste.
L’été, ce sont aussi les souvenirs de l’enfance. La fillette à la robe de coton dans les senteurs des pins coupés de la veille, dans le parfum de mûres, de résine, de sarriette. Le recueil contient tous les souvenirs des senteurs du végétal, venus de l’enfance.
La nature de Cécile A. Holdban est une forêt de symboles où se nichent des présences invisibles. En elle se trouvent des esprits, comme ce grand orme rouge abattu par l’orage, qui se fond avec le visage d’une personne chère. La poète convoque le spirituel, le divin. Les oracles, les dieux, ne sont pas loin.
L’été est la part lumineuse du monde, et la poète voudrait l’étendre le plus possible en célébrant la vie, une vie vibrante et solaire, même si celle-ci coexiste avec l’autre versant du monde, celui de la mort et du sang. Quand la mort rode, la beauté, l’harmonie disparaissent : les régions de nos morts son privées de signes.

Valérie Canat de Chizy, in Terre à ciel

 

L’ÉTÉ de Cécile A. Holdban par Jean-François Mathé

Cécile A. Holdban nous ouvre l’été et nous ouvre à lui à travers des poèmes généreux en images qui sont toutes en rapport vivant et vibrant avec la nature.
Et de cette nature, peu de composantes manquent à l’appel, qu’elles soient d’ordre végétal, animal, qu’il s’agisse des éléments, terre, air, eau, feu. Leur présence dans les poèmes n’est nullement prétexte à descriptions : le monde naturel est agissant et ce qui se voit, s’entend, se touche ou se reçoit insensiblement de lui, devient une part de nous-même avec laquelle nous avons à dialoguer, à nous chercher jusqu’à nous perdre ou nous trouver :

on a marché longtemps parmi les vignes
sans bruit
jusqu’à naître.


On a souvent l’impression que l’intériorité du poète et la peau de son corps lui-même ne font qu’un pour mieux vibrer aux mouvements du monde extérieur et s’en imprégner. Vibration et imprégnation que seule une attention parfois douce, parfois exacerbée permet :

Tout est là pour qui sait le voir
le soir pas encore vaincu,
l’écorce, les herbes hautes
froissées comme nos mains
on rassemble les graines dans le bleu de nos robes


En de nombreux poèmes, on voit combien cette adhésion au concret du monde n’est qu’une étape vers la recherche spirituelle d’un au-delà, d’un absolu :
Il y a des matins où le soleil
franchit la brume blanche pour se percher plus haut
et les bandes d’oiseaux fusant des haies
inscrivent au ciel
ce que nous seuls savons lire.


L’univers est à étreindre pour mieux être traversé, comme savent le faire les vagues malgré un poids « d’immensité fragile », ainsi

Les montagnes d’eau galopent dans la transparence
sans faire barrage à l’horizon
elles rejoignent le ciel.


Néanmoins, Cécile A. Holdban ne manque pas de nuancer l’espoir d’être baignée dans l’absolu :

Pauvres sont les mains, et les doigts
qui ne savent rendre le silence à la nuit
qui cherchent les paroles, le bruit même à l’heure où l’insecte se tait,
qui creusent sans relâche l’obscurité et se heurtent
aveugles, abandonnant leur chant.


Oui, on reste parfois en-deçà de la plénitude que promet l’espérance, car il y a l’évidence d’absences, de la mort qui pèsent et appellent parfois à des révoltes :

L’oiseau à tête rouge se retire dans le bois,
son chant a dispersé les flèches.
Mon souffle est animal rampant entre les pierres
il n’y a plus d’oracle.
Sans toi, je pétris des mots d’argile
que je lance, constellations de boue
dans la bouche du soleil.


Mais plus largement, le titre du livre, L’été, semble avoir été choisi pour la transparence qu’il suppose. Celle qui permet de se projeter vers la profusion révélée de la nature, celle qui permet aussi de se projeter vers l’autre dans une marche à l’amour. Amour présent ici en images incandescentes. Et la sensualité amoureuse n’est jamais séparée de la nature : celle-ci semble y gagner le pouvoir de se répandre par une brûlure transcendante qui éparpille le corps de l’amante jusqu’aux hauteurs, à l’immensité d’ordinaire inaccessibles de l’univers :

Tu me caresses sous la peau
et je n’ai plus de nom […]
Je suis en morceaux
libre, puisque je chante
éparpillée dans le cosmos
fragments de miroir plantés au ciel
les étoiles nous regardent enfin.


La transparence de l’été permet aussi à des lieux dont le temps, la géographie ou l’exil nous séparent, à des êtres lointains de nous toucher à nouveau par la parole et la présence.
Ainsi sont nombreuses, dans les deuxième et troisième parties du livre, les évocations toujours vivantes, de villes, de pays, de l’enfance, ressurgies des profondeurs de la mémoire :

à mesure que j’avance et m’éloigne de la source
et que je bois ma vie, le fardeau s’allège ou s’alourdit
et dans mes paumes je garde
un peu d’eau et quelques étoiles.


L’été n’est pas l’occasion d’un repos, mais une nouvelle incitation à cheminer vers le monde, vers l’histoire, vers l’identité, vers la guérison de blessures.
Avoir lu ce livre, c’est avoir accepté de suivre dans un labyrinthe un poète qui s’y débat et en sort comme un Icare qui volerait plus haut grâce au feu qui a pris dans ses ailes.

Jean-François Mathé