{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

L'encens

le livre , l'auteur, le peintre

Collection "Méditerranées"

20 ex dont 4 ex de chapelle,
l'ensemble typographié sur vélin d'Arches
par François Huin,
rehaussé d'un fragment inédit manuscrit par Vénus Khoury-Ghata
et de trois peintures de la main de Guy Calamusa.

 





20 pp. au format 18 x 12 cm. Paris, janvier 2009.

 

300 ex. courants, imprimés en fac simile (quadrichromie pigmentaire). 30 €.


Le livre

   
 

A quoi sert le diable ?

A souffler sur les braises
quand les bûches sont mouillées...

V. K-G

 
   


 

L'encens, ex. 16/16
(les trois cents exemplaires du tirage courant sont fac simile)



L'encens, ex. 4/16

L'auteur

Vénus Khoury-Ghata née au Liban, vivant en France depuis vingt-cinq ans, est partagée entre deux pays, deux langues : l'arabe maternel et le français acquis.

Le français est la langue du père, interprète auprès du Haut Commissariat français du temps du Mandat. Cette langue, il l'a ouverte à ses quatre enfants. Les deux aînés s'en sont servis pour écrire des poèmes : Vénus et, avant elle, son frère Victor, qui, malade, n'a pas publié.

Elle est mère de quatre enfants : trois Libanais et une Française. Poète, nouvelliste et romancière, ardente porte-parole de la francophonie, collaborant à divers journaux, revues et émissions littéraires, elle est membre de plusieurs jurys : Mallarmé, Max Jacob, France-Québec, Max-Pol Fouchet, Cinq Continents…

Son œuvre romanesque, riche de seize titres, est traduite en plusieurs langues, dont l'allemand, l'espagnol, le grec, le flamand, le suédois et le coréen. Son œuvre poétique compte seize titres également.


Bibliographie

Romans

• Les Fugues d’Olympia. Éd. Ramsay, 1989.
• La Maîtresse du notable. Éd. Seghers 1992.
• Bayarmine. Éd. Flammarion 1992.
• Les Fiancées du Cap Thénès. Éd. originale J.C. Lattès 1995/ Livre de poche 2002.
• Les Morts n’avaient pas d’ombre. Éd. 1992 / Flammarion 2001.
• Le Fils empaillé. Éd. Belfond 1998.
• Une maison au bord des larmes. Éd. Balland, 1998.
• La Maestra. Éd. originale Actes Sud, 1999 / Babel, 2001.
• Mortemaison. Éd. originale Flammarion, 1992 / 2001.
• Vacarme pour une lune morte. Éd. originale Flammarion, 1992 / 2001.
• Privilège des morts. Éd. Balland, 2001.
• Le Moine, l’Ottoman et la Femme du grand argentier. Éd. Actes Sud, 2003 / Babel 2004.
• La Maison des orties, Ed. Actes Sud, 2006
• Sept pierres pour la femme adultère, Mercure de France, 2007

Nouvelles

• Zarifé la folle et autres nouvelles. Éd. François Janaud, 2001.

Poésie

• Un faux pas au soleil. Éd. Belfond 1998.
• Monologue du mort. Éd. Belfond 1998.
• Fables pour un peuple d’argile. Éd. Belfond 1998.
• Elle dit / Les Sept Brins de chèvrefeuille de la sagesse. Éd. originale Balland, 1999 / 2001.
• Anthologie personnelle. Éd. Actes Sud, 1999.
• Compassion des pierres. Éd. La Différence, 2001.
• La Voix des arbres. Éd. Le Cherche - Midi, 2002.
• Quelle est la nuit parmi les nuits. Éd. Mercure de France, 2004.



Vénus Khoury-Ghata
Le peintre

Né au Maroc, Guy Calamusa a longtemps vécu à Casablanca ; il s'est fixé, par la suite, en Provence. Une partie de son travail met en scène des cartes imaginaires à travers lesquelles abondent des symboles récurrents : oiseaux, échelles, barques. Ces différents signes conduisent vers une traversée cachée du monde. Le peintre semble accomplir d'une toile à l'autre un travail de tisserand, comme si à chaque coup de crayon, de pinceau, il fallait démasquer, démarquer ces "voyageurs invisibles". Il expose régulièrement, en France et également au Maroc (Galerie Ardital, Aix-en-Provence, 2008, Galerie Nelly l'Eplattenier, Genève, 2006 ; Cartographies imaginaires, IF Casablanca, 2003 ; galerie Nadar, Casablanca, 2009).

Une dramaturgie entre enchantement et désenchantement

Les racines de Guy Calamusa se ramifient à travers la Méditerranée. Cet enchevêtrement de frontières et de territoires, ce mélange diffus de souvenirs est symbolisé à travers une narration picturale à la fois forte et fragile. C'est un peintre de grande sensibilité, et chacune de ses formes les plus minimales, chacune des ses images, traces est un signe, ou plutôt un « signal » de sensations profondes, de perceptions difficiles , de souvenirs qui émergent entre zone d'ombre et de lumière .

Son travail exprime un « déracinement intérieur » qui semble envahir chaque chose, jusqu'au désordre graphique qui renvoie à une errance dans des territoires inconnus. Cependant, à y bien regarder, on pourrait affirmer qu'en réalité c'est le monde extérieur – tour à tour capté comme fabuleux et grotesque- qui est déraciné et désorienté, alors que sa nature intime possède une liberté primordiale et s'adresse aux choses avec un dénuement ingénu .

Dans cette dramaturgie tendue entre enchantement et désenchantement, entre espace intérieur et extérieur, on peut deviner une dramatis persona qui habite le peintre, le traverse et qui est « signifiée» dans les représentations de quelques petites créatures - la plupart du temps des oiseaux mais pas seulement - qui semblent migrer, aborder, observer, voleter entre des images de pesanteur profonde et des symboles d'élévation esquissés à travers des échelles, tours, arbres, plantes et coins de ciel. Parfois, en un dévidement de lignes , de teintes délicates , un sautillement maladroit d'oiseaux aux pattes filiformes introduisent des touches de tendre ironie et de légèreté. Nous pensons ici aux séries de peintures avec des oiseaux en équilibre incertain sur des barques en forme de demi- lune qui naviguent le long des rives d'un non-lieu.

Le peintre, qui sait saisir le tragique et et l'absurde - et ici nous pouvons évoquer un pathos artistique bien sicilien – exprime également des parodies minimales et des enchantements légers. Ses narrations semblent en perpétuelle recherche de points de repère et d'appui, de lieux de fuite, de halte et de refuge à un voyage incertain et surréel qui, en définitive, est celui de l'existence. A ce propos, on a parlé de cartographies imaginaires et de « topographies de l'ailleurs. » En effet, les espaces sont souvent organisés comme des cartes d'orientation... Etranges cartes cependant! Semblables à des cartes au trésor de notre enfance constellées d'énigmes avec des flèches qui vont dans des directions opposées, des indices ténus et sibyllins, et un tournoiement de références où le mot récurrent « eau » désigne la métaphore d'un trésor plus précieux.

La narration picturale de Calamusa possède une parfaite cohérence. Le trait et le dessin, les mots tracés à la main, la composition « libre » et plane sans perspective, évoquent le dessin de l'enfance, de même certaines images décharnées et stylisées, signes archétypiques des origines de la pictographie. Ces caractéristiques formelles sont résolues dans un style personnel d'où il n'émerge aucun artifice mais du naturel. C'est là que réside l'originalité de son art .

***

Dans certaines œuvres plus récentes, nous assistons à un développement de sa force poétique et narrative. La scène est devenue plus complexe, la dramaturgie plus grave, l'histoire plus précise et la matière picturale – formes, signes, structures et surtout les couleurs - plus élaborées. Cela ne nous surprend pas. Le peintre ne pouvait qu'enregistrer les événements actuels qui secouent la Méditerranée et se reflètent jusqu'au cœur de son univers intérieur. Dans sa Méditerranée du voyage et du retour, de la mémoire et des sentiments, des lieux et des gens, le monde de l'enchantement est en émoi. Le désenchantement progresse, lumières et ombres se polarisent. Calamusa réussit à exprimer cet effarement, cette tension.

Dans le tableau  Le chaos , l'oiseau, en fuite, ne sait plus éviter le chaos imminent et (ré)apparaît en une petite silhouette humaine stylisée. Un avatar de l'oiseau ? Peut-être, mais un personnage plus grave, désarmé et solitaire, qui cependant résiste, « debout », surplombant de haut les silences et les clameurs. Encore une fois, la perception oscille entre enchantement et désenchantement. Dans le retour aux lieux de l'enfance, la silhouette se trouve associée aux teintes sombres de la guerre. Par contre dans les dessins sur papier Casablanca, Boulevard de la mer,  Le départ, elle se réfugie au contraire dans des souvenirs, mémoires et lieux envahis de très beaux coloris bleus. Et si dans les derniers travaux, on n'entrevoit plus l'innocent sautillement des oiseaux c'est que, comme l'écrit le peintre de retour du  Maroc, «  derrière un monde apparemment tranquille couvent le chaos et la décomposition . » L'univers du peintre renvoie à cette Méditerranée faite de crises et de déchirements, de conflits amers et de rêves de traversée. Les compositions du peintre traduisent la souffrance d' « un voyageur invisible » confronté à un climat d'intensité dramatique palpable. Le cordon ombilical qui le lie au Maroc est profond; s'il n'existait pas, il serait un énième touriste qui peint et voyage en Méditerranée, alors qu'au contraire Guy Calamusa est un artiste de grande sensibilité qui en capte les songes et les douleurs sur la scène du véritable voyage de l'existence.

Article de Toni MARAINI
Roma, juillet 2011

(Pour l'exposition à Querceto (Toscana, Provincia di Volterra) 17 juillet-7 août 2011

Diptyque : Entre la vie et la mort
   

Diptyque Entre la vie et la mort (détail)
technique mixte sur carton entoilé, 120 x 80 cm