{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Les cimetières engloutis

le livre , l'auteur, le peintre, la critique


Collection "Poésie "

 

500 exemplaires imprimés sur Bouffant édtion, sous couverture illustrée par Jimena González Restrepo

 

20 exemplaires tirés à part en forme de leporello

tous numérotés, rehaussés d'une peinture originale
de Jimena Gonzalez Restrepo

signés par l'auteur et par l'artiste.

Parution juin 2013
ISBN 979-10-90836-25-9

 

Le livre

 

je parcours les cimetières engloutis et pagaie seul sur cette eau morte
entre des fleurs décomposées où la nuit réverbère son huile
entre les grands ifs faisant fi des vanités
entre l’amnésie flottante et les mousses éclipsant les pierres

entre l’âme moisie des lieux de piété et d’abus
entre la puanteur des joies défuntes qui déguisaient vos jours
entre les bijoux de l’infamie arrachés des corps sans nom
entre l’os prostitué et les images du règne qui s’émiettent
je parcours les cimetières engloutis et cherche les yeux d’une femme

 


L'auteur

Stéphane Chaumet : poète, romancier, éditeur.

A fondé les éditions L'oreille du loup, qui ont - notamment - publié nombre de poètes sud-américains. S'est retiré de ces éditions pour se consacrer pleinement à la littérature. Vit et travaille aujourd'hui en Espagne.

A publié de la poésie, un roman, "Même pour ne pas vaincre", Le Seuil, 2011, et un récit de voyage évoquant un séjour d'un an en Syrie, avant la guerre, "Au bonheur des voiles", Le Seuil, 2013.

Al Manar publiera en 2014 un second recueil de S. Chaumet : "Fentes".

Le peintre

 

 

Deux des 20 exemplaires de tête uniques en forme de leporello des Cimetières engloutis, rehaussés de peintures originales de Jimena González Restrepo





Trois dessins de Jimena Gonzalez Restrepo pour l'édition courante des Cimetières engloutis

La critique

Recueil | Stéphane Chaumet | Les cimetières engloutis


Stéphane Chaumet, né en 1971, s'est fait connaître du public avec la parution au Seuil du roman Même pour ne pas vaincre en 2012 et des chroniques Au bonheur des voiles en 2013. Mais son intérêt pour la poésie remonte est bien antérieur et chacun peut découvrir son travail d'auteur et de traducteur dans le catalogue de L'Oreille du loup, la maison d'édition qu'il fonda en 2008 avec Myriam Montoya et dont cette dernière s'occupe toujours activement. Stéphane est par ailleurs un grand voyageur, de ceux qui ne font pas de tourisme, mais entrent dans le sein d'un pays jusqu'à s'y oublier, s'y perdre pour mieux s'y fondre.

Mais, c'est une vision noire du monde qu'il nous offre dans Les cimetières engloutis, recueil paru au printemps 2013 chez Al Manar sous la gouverne de Alain Gorius qui ne cesse de faire des choix de qualité.

Vision noire accompagnée de dessins de l'artiste Jimena González Restrepo. Entre dénonciation et ironie grinçante, Stéphane Chaumet décrit dès l'abord une terre dévorée :

tandis que la terre tourne à la broche sous les pipelines en feu (tour complet 24h cuisson lente) laissez rôtir laissez les graisses végétales animales s'égoutter laissez calciner boule noire et chantez les douces apocalypses digestives geignez les cantiques en deuil des écologies bien-pensantes et torchez-vous le bec avec
extrait p.11


Il s'attaque aux puissants :

Temps de famine dieu rat crevé que des chiens flairent


Plus loin :

Vous avez crevé les yeux de l'avenir pour mieux gaver votre confort
le foie gras de vos rêves pourrit au balcon.


Jusqu'à perdre l'espoir :

L'espoir est cette tartine de pain rance
trempez-la dans votre tasse d'huile du matin
attention ! - quel dommage vous avez encore taché votre journée
trop tard pour se changer de vie,
mais les rouages sont graissés
- ce qui s'oxyde c'est la respiration la langue
sucez-vous les doigts avant d'aller uriner
les muqueuses de la caméra du patron vous reniflent
vous lui caressez les poils avant d'entrer dans le temple du service
la tiédeur du travail emmitonne vos nerfs et rassure vos neurones

Mourir de n'avoir qu'à moitié vécu ne vous fait ni chaud ni froid
p.16


Dénonciation de la misère des continents :

Vieille Europe au cul défoncé tu racles tes fonds de tiroirs
brandissant tes valeurs aux confins des frontières,
mais avec quoi t'essuies-tu au secret quand clignotent les besoins ?


****

Afrique fausse vierge des féeries
tes pouvoirs taillent ton pal
vendent tes entrailles au plus offrant


Mais peut-être au bout de ce sombre tableau reste-t-il une chance d'échapper à une fin inéluctable :

j'ai bu le vide au goulot
tant ma soif était noire

et je nage
pour échapper aux fourches
pour chercher les failles
pour saper les racines de vieux réflexes mentaux
j'articule ma lenteur défie ma blessure
efface au noir mes traces

et j'ai tant nagé
qu'à la pointe de l'épuisement
là où se fend l'insomnie
là où se tend le nerf caché
où le masque se casse
où l'os brise le verre
où le sang récupère sa source
je rencontre une femme
belle comme une forêt en feu


p.52

Les cimetières engloutis, © Al Manar Alain Gorius, 2013


La Pierre et le Sel, Contribution de Pierre Kobel

LES CIMETIERES ENGLOUTIS

"Les cimetières engloutis" décrit la lente désagrégation des cœurs, des corps, des paysages, des sociétés sous la domination de "quelques voraces hypertrophiés" qui assoient leur pouvoir sur "ceux qui préfèrent se construire un avenir au lieu de modeler un visage à leur vie". Les images quasi photographqiues de "dévastation inachevée" et l'usage du vers libre donnent au texte une allure de reportage apocalyptique dont le flux imprécatoire laisse surgir des instantanés d'émotion intense comme celui de cette "vieille femme... assise penchée sur son bol" dans une maison effondrée.

"Mer interdite" peut être lu comme une odyssée intérieure prolongeant la marche hallucinée du poète au milieu des cimetières engloutis : d'abord submergé par une songerie mortifère, il parvient dans un sursaut de vie à apprivoiser "l'insecte qui ronge sous la tempe" et "rencontre une femme belle comme une forêt en feu".

Daniel Lequette, Cahier Critique de Poésie (cipM), n° 27, p. 165 (mars 2014)