{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Bakofè

le livre , l'auteur , le peintre, la critique

Collection "Poésie"

Joël Bastard au bord du fleuve Niger

Accompagnement plastique : Amina Benbouchta

 

 

 

 


20 exemplaires tirés à part sur vélin d'Arches
au format 22 x 16 cm, rehaussés de dessins originaux
par Amina Benbouchta, sous couverture Arches ivoire 300 g.

600 ex. sur Bouffant édition.

ISBN 978-2-913896- 75-8 ; DL septembre 2009

 

Le livrenÕy a plus de paroles.

  Bakofè (qui signifie "derrière le fleuve" en bambara) est un poème écrit durant l'hivernage de 2005 à Ségou Koura au Mali (près de Ségou). L'auteur a vécu deux mois dans ce village au bord fu fleuve Niger, principalement parmi les Bambaras. Porté par la chaleur, des images inédites et par l'humanité paisible de ce peuple il écrit cette suite. Tentant en cela d'être au plus proche de ce qu'il voyait, vivait et ressentait. Au plus proche de la pauvreté, du simple et de la beauté des êtres et des lieux.  

 

 

Les couleuvrées rôdent d'arbre en arbre mélangeant les essences.
Maillant le fleuve au ciel.

 

 

L'auteur

Joël Bastard est né en 1955 à Versailles et vit aujourd'hui dans les Monts Jura. Poète. Auteur de théâtre, de nouvelles et de chanson :.

 

Manière, Gallimard, Blanche, 2009. La Compagnie des eaux, Le Trident Neuf, 2009. All is one, Éditions Le Miel de l'Ours, 2009.

Papillotes sans chocolats II, avec Jean Chollet, Ficelle, 2008. Casaluna, Gallimard, 2007.

Papillotes sans chocolats, avec Luce Guilbaud, Ficelle, 2006. Le Sentiment du lièvre, Gallimard, 2005. Au dire des pas, L'Idée bleue, Le Dé bleu, 2004.

Se dessine déjà, Gallimard, 2002. Les Chinchards de Douarn, Passage d'encres, 2002. Le Terme du roc, Ficelle, 2000.

Beule, Gallimard, 2000. Mémorandum de porcelaine, Éditions Jacques Brémond, 1992.


Le peintre

Amina Benbouchta, née en décembre 1963, vit et travaille au Maroc.

Son travail a pris une densité nouvelle, dans des teintes sombres conférant davantage de profondeur à sa peinture. Elle continue de privilégier l'empreinte, la trace de ce qui demeure invisible au regard pressé (mais parle à qui sait prendre le temps de voir).

Benbouchta a également mis en place diverses installations ; elles suggèrent, dans leur épure, un univers touffu de liens et de lianes qui occupent l'espace - en le laissant encore respirer.
Elle poursuit en fait le cheminement d'une création en phase avec la recherche contemporaine. La perfection du trait, l'élégance de la ligne ou l'illusion figurative et réaliste ne sont plus de mise. La spontanéité, l'urgence du geste qui cherche et souvent trouve s'imposent.

Pour accéder à la page Al Manar d'Amina Benbouchta , CLIQUEZ ICI

La critique

Bakofè

Voyages. Joël Bastard nous rapporte des berges du fleuve Niger un très beau texte plein d’humanité et d’images magiques du Mali où il a séjourné pendant deux mois en 2005. Ces courtes proses poétiques nous entraînent sur une terre où le soleil arbitre tout spectacle. Comme à son habitude le poète saisit l’esprit de ce qui l’entoure, écrit a minima mais quelle résonnance à la lecture : « Aussi, la poussière se tient debout par cet homme qui marche dans son ombre ». Nous suivons les Bambaras dans leur quotidien et partageons avec eux le mystère du fleuve, ses sirènes « aux yeux indigo »  et ses rives fantasmagoriques.
Pour « All is one », c’est retour dans les pays sans couleur, instantanés de villes européenne, Vienne, Genève, le Danube, les textes paraissent froids par rapport à l’Afrique. Ici les gens nous ressemblent et la magie n’opère plus « Une jeune femme s’arrange les cheveux dans le reflet d’une publicité pour les biscuits apéritifs ». Joêl Bastard nous dit que « La frontière, c’est revenir » et nous n’avons envie que d’espaces vierges.

J.Essirard, octobre 2009


***

Autant ne pas le cacher d’entrée de jeu : j’aime bien les poèmes de Joël Bastard. Et depuis longtemps. Les premiers que j’aie lus (« La Beule ») m’avaient été envoyés  pour publication éventuelle en revue : j’ai été instantanément conquis, et tout le monde avec moi. Ils ont paru. Cela lui a permis très vite de publier plusieurs recueils chez Gallimard et ailleurs. Je lui ai écrit pour savoir qui était ce garçon singulier, né en 1955 à Versailles, et qui s’était retrait dans les monts du Jura, apparemment dans une ferme. J’en ai retiré, sans l’avoir jamais rencontré, l’impression d’une personnalité de vrai poète, attachante, proche des choses qu’il a sa façon de recréer dans un langage de courtes proses, nerveuses et pleines de points. J’en donnerai des exemples. Ce récent recueil, « Bakofé » résulte d’un séjour au Mali, à Ségou Koura (pays Bambara), réalisé grâce à une bourse qu’il reçut en 2005 comme lauréat des « Missions Stendhal ». Il y passa l’hiver « au plus proche de la pauvreté, du simple et de la beauté des êtres et des lieux », comme il l’explique, en nous apprenant que le mot Bakofé signifie en Bambara « derrière le fleuve ». Ecoutons cette voix de l’autre rive :

La voix se donne comme une main. Sans retenue. Longtemps demeure dans la seule pauvreté d’elle-même. Suspendue au front nocturne. Son chant conduit les caresses à l’abreuvoir dans le visage troublé d’une lune nouvelle.

Puis le décours. Serpe de lune en équilibre dans le noir. Nous nous croisons dans les ruelles. Seulement le bruit de nos claquettes. Dans les patios délabrés quelques braises et le murmure paisible des pauvres.

(Bakofé, p. 21)

Tout le livre est fait de cet enchantement ramassé, parfois cruel comme la vie africaine, mais rempli de méditation et de la chaleur spontanée des vivants. Il y a là tout un art de camper en quelques croquis colorés l’appréhension d’un monde, exactement comme une série de photos que nous offrirait le langage à force d’imagination, et dans laquelle surgissent les gestes d’un peuple, le décor où il vit, avec une distance de langage qui n’exclut en rien une sensation de fraternité humaine profonde :

Il marche vers nous. Sa langue s’étire en terre dans l’hémorragie des mangues qui se pressent à l’horizon. Sur l’arête rosée d’un mur, le voici, doigts coupés, paumes blanches. Il nous regarde passer dans le tain vif-argent des ruelles. Se voit aussi dans cette poussière chauffée à blanc, pour un instant.

Aussi, la poussière se tient debout par cet homme qui marche dans son ombre.

(Bakofé, p.40)

 
Ainsi parle Joël Bastard, non pas au-dessus, mais à côté des hommes et des choses. Pour moi sa voix demeure inoubliable.

Xavier BORDES
Francopolis, novembre 2009

Bakofè

Lauréat d'une mission Stendhal, l'auteur séjourna deux mois au Mali, au bord du fleuve Niger, dans un village nommé Ségou Koura, où il observa la vie, se laissa pénétrer par un temps rythmé par ce fleuve ("bakofè" signifie derrière le fleuve en bambara), semblant immobile et long, et par le soleil frappant, y guettant quelque chose à travailler en mots pour dire dans des poèmes en prose courte ou mi-courte ce qu'il entend par beauté, si tant est qu'elle existe, la beauté. Mais le poète veut croire en son existence, qu'elle est en amont du poème, du fleuve, qui la charrierait, et veut la glisser en ses poèmes, avec la ténuité humble, vagues pensées qui filent ("au plus proche [...] de la beauté des êtres et des lieux", est-il précisé à l'entrée du livre), la beauté semblerait être contenue dans la fragilité des choses, leur possible évaporation dans l'espace, leur possible disparition.

Jean-Pascal DUBOST
ccp n° 20, octobre 2010