{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Approchant du seuil ils dirent

le livre , l'auteur , le peintre, la critique

Collection "Poésie du Maghreb"

Le nouvel opus du poète algérien Malek Alloula

Couverture : Kamal Lahbabi

 


16 exemplaires tirés à part sur vélin d'Arches
au format
22 x 16 cm, rehaussés de peintures originales
par
Kamal Lahbabi, sous couverture Arches ivoire 300 gr.et emboitage.

1.000 ex. tirés sur Bouffant édition. 16 €.

ISBN 978-2-913896- 71-0
DL juin 2009

Ouvrage publié avec le soutien du Centre National des Lettres

 

Le livre il nÕy a plus de paroles.

  L'auteur évoque ici l'une des principales pratiques rituelles propres à un islam populaire et liées au culte des saints.
Ces pratiques, encore aujourd'hui réprouvées et combattues comme blasphématoires par le fondamentalisme islamique et associées par lui à l'obscurantisme et au paganisme, demeurent cependant toujours vivaces et témoignent d'une foi populaire profondément enracinée, pleine de fraîcheur et d'innocence - foi qu'étaye la croyance aux vertus du saint, à son aura, à ses capacités d'intercession et à son inextinguible bienveillance.
Ainsi, en dehors des fêtes annuelles en l'honneur du saint - lesquelles peuvent durer plusieurs jours et donner lieu à des réjouissances profanes où se resserrent les liens sociaux et se réaffirment les généalogies orales -,se déroulent, tout au long de l'année, des pèlerinages individuels, familiaux ou collectifs.
Ce texte essaie de restituer un dialogue très particulier - celui nourri de méditation spirituelle mais aussi traversé d'une bouleversante émotion qui se noue entre le pélerin et le saint, là, autour du mausolée, justement sur ce seuil ouvrant sur l'inconnaissable absolu et la fusion mystique.
 

 

approchant du seuil ils dirent

comme incertains de l'accueil qui leur est réservé
assurés aussi de le trouver conforme prévu de tout temps
immuable pour les fils prodigues oublieux et de retour

voici qu'ils s'y rendent à leur moment
poussés se soutenant de ce qui les meut
sur ces sentiers de souvenirs excédant leur mémoire
souvenirs où ils sont déjà en marche
dans l'inéluctable succession des jours de leur histoire
de celle de leurs très lointaines ascendances et fratries

 

L'auteur

Poète algérien, Malek Alloula a vécu à Paris. Il a notamment publié :

Villes & Autres Lieux
Ch. Bourgois, Paris, 1979. Réédition, Barzakh, Alger, 2008

Rêveurs / Sépultures
Sindbad, Paris, 1981. Réédition, Barzakh, Alger, 2008

Mesures du vent
Sindbad, Paris, 1982. Réédition Barzakh, Alger, 2008

L'Accès au corps
Horlieu, Bourg-en-Bresse, 2005

Il s'est éteint à Berlin, où il se trouvait en résidence d'écriture, début 2015.

 

 


Malek Alloula à la librairie La lucarne des écrivains, septembre 2009

Le peintre

Kamal Lahbabi, artiste marocain vivant en France (à Paris, et dans le Perche), a réalisé des carreaux du 16è siècle (Masséo Abaquesne) pour les musées de France (participe à la restauration des céramiques du Château d’Ecouen, musée de la Renaissance), et créé des collections pour l’usine de céramique “Céramicor” (Oise). Fresques et pièces uniques de commande. Il vient de terminer (2006) de vastes fresques de céramique pour un palace à Marrakech, l'Hôtel Saâdi.

Avec Kamal Lahbabi, architecte devenu maître-céramiste par passion, la donne change : le céramiste n’est plus un artisan reproduisant des motifs quasi immuables, mais un artiste à part entière, qui peint en céramique et de qui chaque pièce est unique. Autant de compositions, autant de tableaux différents. Les créations de Kamal Lahbabi ont cet avantage, par rapport aux travaux sur toile des autres peintres, et aux siens propres, qu’ils dureront bien mille ans — à moins que la maison dans laquelle ils auront été intégrés ne s’écroûle prématurément, ou que des vandales ne les agressent à coup de marteau…

Voici un artiste dont les oeuvres, délicatement figuratives, enchantent le regard et l’esprit : chacune d’entre elles raconte une histoire ; quand elles sont rassemblées, c’est tout un roman qui se déploie sous nos yeux. Elles accompagnent aujourd'hui la poésie très spirituelle d'un Algérien qu se penche sur la pratique populaire, pleine d'innocence et de fraîcheur, de l'islam de son enfance...

Kamal Lahbabi a déjà accompagné, chez Al Manar, le Mani est vivant ! de Ödemir Ince.

La critique

Approchant du seuil ils dirent

Cette suite poétique de Malek Alloula s'appuie sur la sacralité traditionnelle du culte des saints dans l'islam maghrébin, un culte resté populaire bien qu'il ait été suspect aux yeux du nationalisme islamique et aussi, aujourd'hui, à ceux du radicalisme islamique. De poème en poème, avec la répétition incantatoire d'un vers liminaire qui donne son titre au livre, le lecteur accompagne les moments d'un pèlerinage, l'initiation à un mystère qui impose un respect et une bonté, plus qu'une vérité vengeresse. Le vers libre, qui s'appuie sur la structure de l'alexandrin, y possède une grande fermeté : "l'évocation de l'histoire et de la légende / celle de la foi et du charisme au sein des épreuves / d'où sourdent merveilles prodiges miracles concrets // ce sont aussi dons immatériels ramenés avec soi de la visite." Un certain archaïsme pourrait ainsi être prometteur, et ceci pas seulement pour la survie du poème.

Stéphane Baquey
ccp n° 20 (octobre 2010)